La Fondation Findhorn, communauté spirituelle avant de devenir écovillage, m’a accueilli, une semaine durant, pour me permettre de comprendre quel place joue la spiritualité dans la construction d’une communauté. Retrouvez le début de mon aventure ici !

La Complétion : Jour 7 – vendredi 13 Novembre

            C’est déjà la dernière matinée de love in action. Après avoir cuisiné la soupe du jour, je profite du temps libre avant le repas pour aller me ballader dans la baie toute proche de l’éco-village. La marée est basse, et au-delà de la rive en tourbe s’étire une étendue de sable imbibée d’eau. Un groupe de mouettes s’occupe obstinément à dénicher les quelques crustacés isolés qui n’ont pas su battre en retraite avec les vagues. Je reste là à sentir le vent frais buter contre mes vêtements, et gribouille sur mon petit carnet quelques mots qui me viennent en tête.


 

            Durant le déjeuner, je rencontre quelques anciens du village qui me font part de leur expérience à Findhorn. L’un est un poète et journaliste, l’autre dirige une entreprise qui extrait dans le village même des essences à but homéopatique. Ce qui réunit probablement tous les habitants de ce lieu est leur liberté d’être. Tous très différents ils se retrouvent pourtant ici comme une grande famille, car leur diversité fait leur unité.

            Je passe l’après-midi restant à Cluny Hill, où mon groupe se réunit afin de partager sa dernière séance. Après l’attunement, chacun partage ce qu’il a pu tirer du séjour. Je commence pour m’éviter l’anticipation peu plaisante qui couple l’attente, et partage ma satisfaction quand à la semaine passée à Findhorn. J’y ai recueilli les informations que j’étais venu chercher, mais aussi bien plus qu’escompté. En effet, ayant pu me ressourcer dans la nature et m’ouvrir aux autres grâce au cadre bienveillant que la communauté a su construire, je me sens serein et confiant face à l’avenir.

Après avoir écouté les autres parler, il m’apparaît que malgré le lacher prise collectif qu’a permis le séjour, la plupart des participants restent un peu perdus face à leurs choix de vie à faire. Du silence criant qui s’en suit me vient alors une histoire que l’on m’avait racontée plus tôt dans l’année. Je propose donc de la rajouter au partage et me lance:

             Lors d’un cursus universitaire, des étudiants se voient rajouter une matière supplémentaire à leur programme. Ils constatent sur leur emploi du temps que sur une année, cette matière ne sera enseignée qu’en un seul et unique cours. Le jour du cours venu, l’amphi réuni attend avec impatience ce cours d’un genre particulier. Depuis les gradins, ils observent alors un homme entrer dans l’amphithéatre un bocal à la main. Ce dernier arrivé sur l’estrade marque un arrêt bref avant de déposer l’objet sur son bureau. Face à des spéctateurs intrigués, comme s’il n’en était rien il lance :

« Est-il plein? » « Non! » répondent ses spéctateurs en cœur.

Se penchant sur le coté, il extirpe du bureau un sac de cailloux qu’il entasse un par un avant d’atteindre le bord du récipient. Ceci fait, il répète :

« Est-il plein? » « Oui ! »

L’enseignant s’accroupit, remontant cette fois un sac de gravillons qu’il verse allègrement jusqu’à ce qu’ils atteignent le ras-bord.

« Est-il plein? » « … Non ! » « Je commençais à m’inquiéter» sourit-il.

Se baissant à nouveau, il remonte un sac de sable qu’il vide doucement dans le bocal.

Il regarde ensuite ses élèves sans mot dire.

« Non! » lui lancent-ils de suite, anticipant la question à venir.

Le professeur esquisse un autre sourire et remplit d’eau le peu de vide qu’il reste dans le bocal maintenant plein avant de quitter la salle.

Je conclus par partager le message que le récit convie : la vie, c’est comme ce bocal, on choisit de la remplir par ce qui nous est essentiel, pour ensuite y rajouter peu à peu le reste en partant du moins superflu pour compléter avec ce qui importe peu. Il suffit de savoir choisir ce qui nous importe le plus.

 

Le Retour: Jour 8 – Samedi 15 Novembre


Et voilà arrivé le matin du dernier jour.
Je suis un peu angoissé à l’idée de rentrer à Londres et à ma copine, mais immensément soulagé de pouvoir quitter cet endroit. Il m’a drainé en énergie autant qu’en émotions. Une partie de moi me dit que cet écovillage est une réponse improbable mais pertinente à bien des problèmes sociétaux actuels : composé de membres pro-actifs et désireux de mettre leur plus grand effort dans tout ce qu’ils font, la communauté résidant au Park accorde de l’importance à l’important. Du travail aux relations avec autrui, un très grand soin est dédié par tous à tisser et entretenir le lien social, tout en prenant soin de ne pas tomber dans les dérives communautaristes qui font tant peur en France.

En effet, malgré une vie collective animée d’une multitude d’évènements locaux, la majorité des logements sont privatifs et laissent donc place à chacun d’exister indépendamment du collectif. En voici quelques uns que j’ai pu prendre un photo avec un appareil jetable:


Après un détour en ville pour retirer de l’argent, je prends un taxi pour retourner au Park
, laissant derrière moi emprunt d’une teinte de nostalgie l’hotel de la communauté. Arrivé, j’abandonne valise et sac dans la salle communne, confiant que personne ne s’en saisira. Je me dirige ensuite au travers des bois vers les dunes de la plage que j’ai parcourue quelques jours auparavant.

Mon regard se perd dans l’immensité sableuse veinée de sentiers tortueux, et j’aperçois non-loin un pin isolé aux branches solides. Bravant les épineux qui recouvrent la butte, je trace ma voie et me retrouve à son seuil. Je m’aggrippe à une première branche, puis à une deuxième et me voilà déjà en haut. Tout content et un brin essouflé, j’essuie sans grand succès le lichen et la raisine qui s’installent déjà dans mes vêtements, pour ensuite redresser ma tête et faire face au panorama. Entre les branchages éparces, j’aperçois le soleil qui filtre au travers d’une toile d’araignée hexagonale encore toute perlée de la rosée matinale. Du cumulus voisin, recouvert comme tous les autres de ces buissons épineux, j’aperçois des émanances de vapeur s’échapper de la verdure au fur et à mesure que les rayons du soleil déposent partout leur chaleur réconfortante. S’envolant vers le ciel, elles se laissent porter par la petite brise matinale. Les éoliennes du Park, qui dépassent de la forêt que je viens de traverser, se dressent patientes et immobiles, avides d’un souffle plus vivant qui leur donnerait à nouveau vie.

 

Je redescends tranquillement, et me laisse tomber de la dernière branche, attérissant souplement sur l’herbe drue qui borde l’arbre. De retour sur le sentier, je me dirige en direction de la plage, attiré par le bruit amorti des vages. Une dune, éventrée, attire mon regard. Quittant le chemin, j’y marche d’un pas maladroit, admirant la beauté du lieu. Sans prendre garde où je place mes pieds je bute régulièrement sur les galets et buttes d’herbe qui recouvrent mon chemin avant d’arriver à l’endroit qui a attiré mon regard.

Une trainée orangée en descend de haut en bas, dispersant le long d’une unique ligne discontinue des débris rouillés de douilles et de fil barbelés. J’y trouve une première pointe de balle, puis une seconde, et finis par remplir mes poches de ces petits objets intacts ou déformés. C’est passionnant de me laisser guider par les courbes de sable que l’érosion a creusé dans la dune, et d’y trouver comme par coincidence ces résidus d’une époque lointaine.

Une heure et un bon kilo de plomb plus tard, je m’en lasse et me laisse porter à l’abri d’une seconde dune. J’y découvre un rassemblement de galets, disposés au sol en spirale par un promeneur inconnu. Le laissant derrière moi j’emprunte la pente adjacente et me retrouve en haut du promontoire, face à la mer et à son vent capricieux. A ma droite, les éoliennes du Park se sont réveillées, comme réanimées. Réveillé par l’air marin, je descends sur la plage et la remonte, rentrant au Park.

Le centre-ville de Forres, à quelques kilomètres de l'écovillage, où je prends le bus pour Inverness, puis Londres.
Le centre-ville de Forres, à quelques kilomètres de l’écovillage, où je prends le bus pour Inverness, puis Londres.

De retour au village, je me fais aborder par un couple qui fume, assis sur un banc. Ils me proposent une banane, car je cherche où manger. Il est quinze heures, et n’ayant pas vu le temps passer, j’ai raté le service du midi. Après avoir récupéré mes baggages dans le réfectoire, je croise quelqu’un qui vient spontanément me proposer son aide, voyant que je cherche un numéro de taxi sur le tableau d’information. Un de ses amis se propose de m’emmener au bus qui me ramènera à Inverness, puis Londres.

Mon billet Forres-Inverness en main, je quitte le petit village voisin de la Findhorn Foundation au coucher du soleil. Il fait déjà nuit ? Je pense, et regarde l’affichage au dessus du siège du conducteur qui affiche 15:32. Ah. Je suis bien content de ne pas habiter ici à l’année, je me dis. Le car longe un champ immense derrière lequel s’étend une forêt infinie, et je fixe la brume en suspens qui enveloppe les ballots de paille comme des miel-pops dans un bol de lait. Suivant l’étendue de brume qui avance sur la plaine, mon regard se pose sur une énorme masse grise qui avance sur les terres. En quelques secondes, le paysage entier fait place à un brouillard impénétrable, et je suis incapable de distinguer quoi que ce soit au travers de ma vitre. Cette vision étonnante de vacuum me procure alors un ressenti étonnant de toute pleinitude et je m’abandonne à un sommeil paisible, la joue posée sur la vitre froide.

Je me reveille à l’arrivée du bus et patiente à l’intérieur de la gare routière, échappant au froid humide décidé de défier ma bonne humeur. Je salue mon voisin en m’asseyant, lui offrant un sourire, et il me salue en retour, plaisamment surpris. Nous échangeons quelques banalités et il m’avoue articulant avec peine qu’il a descendu quelques pintes en attendant son bus. Il s’en va, aussitôt remplacé par un autre voyageur tout aussi chalereux mais à l’accent inintelligible. Il m’indique mon quai de départ qui n’est pas affiché sur les panneaux de la gare, et me quitte.

            Après m’etre fait arnaquer par une fille prétendant ne pas avoir assez d’argent pour acheter son billet, je monte enfin dans le bus qui me ramènera à Londres durant la nuit.

La baie de Findhorn, en Ω, offre une vue insaisissable au lever et coucher du soleil, étant donné le parcours très écrasé du soleil sou de telles latitudes.
La baie de Findhorn, en Ω, offre une vue insaisissable au lever et coucher du soleil, étant donné le parcours très écrasé du soleil sou de telles latitudes.

Le bilan de mon séjour 

Mes impressions

La philosophie de Findhorn demande à ce que l’on accorde une attention importante à notre comportement. Ceci permet de maintenir l’harmonie de la communauté. J’ai donc ressenti une pression importante car du haut de mes 22 ans, je ne prends pas les choses de la vie assez sérieusement pour vivre une expérience de vie collective plus résponsabilisante qu’une simple collocation étudiante. Il m’est donc nécessaire d’etre plus agé pour s’engager dans un tel projet de longue haleine.

Je suis maintenant convaincu que l’attractivité d’un lieu comme un éco-village passe inconditionnellement par sa localisation. Se voulant proche de la nature, il est primordial qu’il soit placé d’une manière partiellement isolée et entouré d’un panorama imprenable. Ce qui m’a le plus frappé lors des quelques premiers jours passés à Findhorn est que le spirituel me semblait trop présent. J’aime la nature, les beaux paysages, et l’écosse en comporte bien plus que je ne m’y serais attendu. Je n’ai en revanche pas envie de passer par un vecteur comme la méditation pour l’apprécier.

Il me vient l’idée d’aller vivre quelques mois dans un éco-village sans orientation particulière mis à part l’amour de la nature pour vérifier si un tel cadre me serait plus approprié… 

L’écovillage de Findhorn intègre dans son fonctionnement trois axes majeurs 

            -La spiritualité

            -L’écologie

            -L’humain

  • La spiritualité

A l’origine du lieu, un couple et une amie. Leur pratique spirituelle et leur activité maraichère d’un renom international est ce qui attire les visiteurs.

Le lieu central du village est le Sanctuary où se réunissent les membres pour la méditation matinale. C’est un lieu de rencontre ou chacun partage sa foi aussi différente puisse-t-elle etre. L’intention commune de vivre ensemble y trouve ici sa première application, c’est la première valeur partagée par tous.

  • L’humain

La prise en considération de l’humain découle directement d’une spiritualité appliquée qui se veut remettre l’homme à sa juste place. Le bien-être de la communauté passe donc en premier, et la gestion du lieu de fait pour les habitants et par les habitants.

Toute décision est pris soit par AG pour les plus importantes, soit par de plus petits comités par souci d’efficacité. Les réunions se font en cercle, et chacun se voit laissé l’opportunité de parler. On co-créé la mesure à prendre en fonction de la problématique à résoudre, chacun expose son avis, puis un vote s’en suit. Il est possible d’approuver, de s’y opposer, mais aussi de consentir (on n’est pas d’accord, mais on reconnaît que la décision va dans l’intérêt de la communauté ). Si aucune décision n’est trouvé, on réitère les procès jusqu’à ce que les modifications de la mesure aient été bonnifiées et que chacun les approuve.

  • L’écologie

L’écologie est une pratique issue de la spiritualité. L’idée partagée de vivre en harmonie avec son environnement part de l’aspect humain et prend au travers de l’écologie un visage holistique.

A l’origine un parc de mobile-homes, à ce lieu s’ajoutent maintenant une multitude de batiments passifs, tous différents les uns des autres et financés individuellement par leurs propriétaires.

Toutefois, l’énergie consommée par le village provient essentiellement d’une production d’éoliennes co-financée par la communauté. Les logements sont aussi chauffés par une chaudière mutualisée, alimentée aux copeaux de bois issus de l’élagage local.

Le réféctoire de la communauté est lui aussi fourni en nourriture par un espace de maréchage privé de plusieurs héctares où les volontaires et employés de la fondation travaillent. 

  • Les Communs

Après le Sanctuary, le deuxième lieu majeur est le réfectoire, où les repas partagés du midi permettent aux habitants travaillant sur place de se retrouver autour d’un repas localement produit, ayant pour effet d’asseoir le sentiment d’appartenance à la communauté.

Vient ensuite le Universal Hall, salle de théatre rattachée à un bar permettant aux villageois de partager des moments de détente, où de se réunir en comités autour de décisions prises en commun.

Le magasin du village permet à tout à chacun d’acheter les condiments de base ainsi que de vendre sa production artisanale.

 Paul Adrien Bonnet

 

Oh … C’est fini. 

Stay tuned : Bientôt une chronique sur Auroville?

 

Auroville.Findhorn
Auroville – Pondicherry, Inde

 

      A lire aussi : – #1 Findhorn, la découverte – #2 Findhorn, les premiers pas – #3 Findhorn, au coeur de l’humanisme

 

#4 Perché au bout du monde : l’écovillage de Findhorn

par contributeurs Temps de lecture : 11 min
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