Après The Walk, Robert Zemeckis revient, dans un tout autre registre avec un film qui se déroule en 1942 : Alliés. Marion Cotillard et Brad Pitt y jouent un couple d’espions.

Robert Zemeckis, l’esthète

Alliés est avant tout un film d’un esthétisme saisissant. Robert Zemeckis nous narre ici bien plus qu’une énième histoire sur la seconde guerre mondiale. L’hommage au film Casablanca de Michael Curtiz est évident. Depuis Retour vers le futur, Zemeckis travaille avec Don Burgess. Le directeur de la photographie et le réalisateur ont voulu que la caméra accompagne la narration. Pour cela : « Il fallait placer la caméra de telle sorte qu’elle filme exactement ce qu’ils voient, mais aussi leur perception des choses, tout en obtenant un résultat cinématographique. On a eu recours à de nombreuses techniques, comme l’utilisation d’accessoires et de fonds bleus pour créer des arrière-plans produisant le maximum d’effets ». La fameuse scène de sexe qui a fait tant parler est d’ailleurs un magnifique exemple du tour de force esthétique opéré par Robert Zemeckis. Au beau milieu d’une tempête de sable, Marion Cotillard et Brad Pitt font sauvagement l’amour, coupé du monde, dans une voiture. Pour en saisir la beauté graphique, les mots ne sont pas suffisants, il faut voir la scène. D’autres plans sont tout aussi saisissants comme celui sur les escaliers ou encore dans l’auto. Le réalisateur se fait maestro en alternant silence et grand bruit. Au début du film, on voit Brad Pitt atterrir dans le désert marocain puis être récupéré par un homme tout cela sans mots. L’absence de paroles ajoute à l’atmosphère dramatique. Le contraste est fort ensuite quand il rencontre sa femme pour la première fois. Cette alternance est présente dans plusieurs scènes. Le calme avant la tempête. À un moment Marianne et Max prennent un café puis d’un coup ce dernier va tuer un nazi. Pareil pour la fusillade et que dire de la scène d’accouchement en plein milieu des bombardements ennemis… Dans Alliés, Robert Zemeckis, ne fait pas que nous émouvoir, il nous fait rire aussi notamment avec la mention « cheers Adolf » peinte sur les bombes.

Marion et Brad, de vrais alliés

Alliés raconte l’histoire de deux espions qui tombent amoureux : Max Vatan (Brad Pitt) et Marianne Beauséjour (Marion Cotillard). Si la réalité ne dépasse pas la fiction, les deux acteurs ont tout de même une réelle alchimie face à la caméra. On assiste virtuellement à la naissance de l’amour et on y croit car toutes les étapes sont là. C’est Brad Pitt qui a suggéré l’idée de tourner les scènes de façon chronologique afin qu’il y ait une progression logique. Au début, Marianne est la moins farouche, mais petit à petit Max s’éprend totalement d’elle. Si Brad Pitt est plus coutumier des films de guerre, car il en est à son quatrième, Marion Cotillard lui vole un peu la vedette ne serait ce que par le scénario. D’ailleurs Robert Zemeckis le dit lui-même, il n’avait envisagé personne d’autre qu’elle pour jouer son héroïne. La môme semble dominer Hollywood avec un anglais convainquant à l’inverse de Brad Pitt et son français. On appréciera l’effort, même s’il faut être honnête, l’accent de Max n’est pas plus parisien qu’il n’est canadien !

Zemeckis Alliés
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Action, Passion et Trahison

Même si les événements se déroulent lors de la Seconde guerre mondiale, en 1942, il s’agit plus d’un film tragico-romantique que d’un film d’action. Alliés est à voir en trois parties où la dramaturgie n’est pas égale. Au début, tout est neuf, les deux espions se rencontrent et effectuent leur mission à Casablanca. Là, passion et action font bon ménage. Par la suite, une fois revenue à Londres, le film perd son rythme. Finalement, des suspicions pèsent sur Marianne et Max va tout faire pour savoir qui est réellement sa femme. Dans cette partie là, la passion est présente car Max ne peut pas croire que Marianne n’est qu’une espionne. Si le réalisateur avait laissé de côté l’action pure pour l’amour on aurait pu adhérer plus facilement. La scène où Max est parachuté en France et questionne un résistant en prison, tombe comme un cheveu sur la soupe en pleine histoire. Nul besoin de toujours se bagarrer pour captiver l’audience ! Le vrai intérêt du film réside dans la trahison de Marianne. Le regard de Max sur sa femme va changer dès qu’il va avoir vent des rumeurs. L’espionnage est comme une métaphore de leur relation amoureuse. Le spectateur est comme Max, il veut en même temps que lui démontrer l’innocence de Marianne.

Zemeckis a Marion Cotillard et Brad Pitt pour Alliés

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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