Ce 23 mars 2016 est sorti au cinéma Batman V Superman : L’Aube de la Justice. Un événement, l’un des plus gros budgets de la Warner de son histoire, l’une des campagnes marketing les plus agressives qui ait eu lieu en France, tous supports confondus. L’Étudiant Autonome a été le voir pour vous en faire un retour.

Ben Affleck et Zack Snyder sur le tournage du film.
Ben Affleck et Zack Snyder sur le tournage du film.

La même équipe, pour aller toujours plus loin

Batman VS Superman fait suite à Man of Steel, qui racontait les origines du super-héros venu de Krypton, de ses premiers pas en tant que Superman et de son premier combat contre le général Zod. La même équipe derrière ce film est reconduite, avec Zack Snyder à la réalisation, David S. Goyer / Chris Terrio au scénario et Deborah Snyder, Emma Thomas et Christopher Nolan (entre autres) à la production. Et ça se sent dès le générique, où les gimmicks du réalisateur (ralentis, slow-motion, inserts) sont présents pour raconter rapidement « l’origine » de Batman : la mort de ses parents et sa frayeur enfantine des chauves-souris. Dès les cinq premières minutes, l’équipe derrière le film nous balance déjà une info importante : vous connaissez ses héros, pas besoin de s’attarder sur leurs origines. Ainsi, on est replongé directement dans l’action de Man of Steel, lors du combat entre Zod et Superman. Mais du point de vue de Bruce Wayne, qui assiste à ce déferlement de pouvoirs, sans pouvoir réagir à la destruction partielle de Métropolis et des bureaux de Wayne Enterprise. Le conflit commence dès cet instant.

Batman et la batmobile du film.
Batman et la batmobile du film.

Un Batman désenchanté et ultra-violent

On savait de quoi avait l’air Superman, on a eu droit à un film centré sur lui. L’attente la plus grande était de savoir quel Batman nous avait concocté Ben Affleck et Zack Snyder. Et sur ce point, les fans pointilleux du comics vont avoir des hauts le cœur devant ce Batman qui ne suit plus du tout sa règle d’or. En totale roue libre, le justicier masqué tue sans remords et avec même une pointe de sadisme presque non dissimulée. C’est surprenant, voir un peu choquant, et cela explique peut-être pourquoi le film n’était pas loin d’être Rated-R [interdit aux moins de 17 ans non accompagnés] aux États-Unis (il le sera d’ailleurs dans la version longue en Blu-Ray). Ce Batman âgé de 40-50 ans tue, marque au fer rouge ses captures pour qu’ils se fassent tuer en prison et fait des cauchemars hallucinatoires. On adhère ou pas, mais on ne peut qu’avouer que ce personnage tranche complètement avec la trilogie de Nolan. Sauf que c’est le justicier masqué qu’on doit suivre principalement dans ce film et que c’est celui qui découvrira au fur et à mesure les manigances de Lex Luthor durant son enquête. L’attachement du public au personnage a donc du mal à se faire et pose un problème d’adhésion au récit pour le spectateur qui aime prendre parti pour un personnage afin de suivre des péripéties de ce genre.

Henry Cavill et un grand nombre de figurants sur le tournage.
Henry Cavill et un grand nombre de figurants sur le tournage.

La surpuissance de Superman, l’impuissance de l’humanité

Mais c’est sur un autre point que le film prend toute son ampleur : la peur ou admiration qu’insuffle Superman à cette humanité qui découvre qu’un être comparable à un dieu existe. Omnipotent pour sauver des personnes en danger, Clark Kent ne se rend pas compte des conséquences politiques et sociétales que ces interventions ont sur les humains. Leurs croyances sont bousculées et leur impuissance se manifeste par des actes désespérés face à un être qui peut les anéantir sur un simple coup de colère. Zack Snyder et l’équipe des effets spéciaux ont su, autant dans les scènes d’expositions que dans les scènes d’actions, retranscrire cette démesure des pouvoirs, cette emprise de (dés)espoir sur les esprits et cette vague de destruction absolument titanesque qui prend toute son ampleur dans le dernier acte du film. En parlant du dernier acte, on s’en doutait un peu mais le titre principal représente moins le film que son sous-titre « L’aube de la Justice ». Même si la confrontation a lieu, celle-ci n’est finalement pas la finalité du récit, intention trahie de toute façon par le projet déjà annoncé de la Justice League.

Gal Gadot interprète Diana Prince alias Wonder Woman.
Gal Gadot interprète Diana Prince alias Wonder Woman.

Un univers qui se construit

Le long-métrage n’est pas exempt de gros défauts. On peut mettre en avant des incohérences et des facilités scénaristiques assez grossières. De même, sur certains passages, le montage s’enchaîne de façon très bizarre, rendant confus la compréhension de certaines scènes qui surprennent complètement. On devine qu’elles sont présentes pour introduire et transiter sur la suite de l‘univers DC, mais autant les fans devineront sans trop de difficultés et seront donc conquis pour attendre la suite, autant ces éléments n’ont aucune résolution dans ce film et laisseront sur le carreau les spectateurs non avertis des comics. Marvel s’était contenté de mettre ce genre de scènes en post-générique de fin, pour justement ne pas alourdir le récit. DC et Warner décident de mettre tout le monde dans le même bateau et de traiter leurs films comme une vraie série au cinéma, où les événements des films précédents trouveront résolution dans la suite.

Batman V Superman était aussi attendu pour connaître le positionnement de DC, eux qui veulent créer leur univers alors que Marvel fonde le sien depuis dix ans et une quinzaine de films maintenant. C’est l’un des points réussis : l’univers DC Comics au cinéma a déjà une forme bien établie. Wonder Woman apparaît déjà dans ce film, et le peu qu’on voit d’elle nous donne des promesses très belles pour son aventure solo prévue en 2017. Plusieurs surprises, comme dit précédemment, par petites touches, construisent une globalité qui se ressent et qui forge une cohérence pour les films à venir, ce qui manque de temps en temps chez la concurrence. Le film satisfait autant qu’il frustre, et on attend donc impatiemment les suites des aventures de nos héros dans ce nouveau monde qui se forme, et où, comme dit par Batman / Bruce Wayne à l’adresse de Diana Prince / Wonder Woman : « Nous devrons rester unis et nous battre ». La Justice League est annoncée telle quelle.

Batman V Superman : Justicier vs divinité

par Christophe Lalevee Temps de lecture : 5 min
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