Booba, souvent décrié, reste l’un des rappeurs les plus influents de son époque. En préparation d’un nouvel album, je te propose de découvrir, en 5 points, son génie incontestable. Ou l’est-il ?

Booba est un génie. En 2016, il serait peut-être grand temps de s’en rendre compte et, par-dessus tout, de communément l’admettre. Je vais te démontrer la grandeur de celui qu’on appelle le D.U.C et te faire regretter d’avoir un jour dit du mal de ce poète du 21ème siècle. Et tout ça, en 5 points.

Note n°1 : Pour apprécier entièrement cet article, veuillez oublier ce featuring génial digne de la LoveRoulette de Deezer : le génie de Booba s’exprime mieux dans ses mauvais autres titres, là, il est clairement eclipsé par le génie de Christine and the Queens.

Note n°2 : Il est conseillé de ne pas avoir ce générique dans la tête quand on parle de Booba.

Ça devient vite pénible. Dès qu’on voit le nom « Booba », hop, la musique résonne. « Booba, booba, mon petit oursoooon ♪♫». Ça rentre dans la tête hein ? Alors ne cliquez surtout pas sur la vidéo. Trop tard ? Bon tant pis.

#1 – Booba exprime la rue mieux que personne

Toi : « Booba, c’est beaucoup trop vulgaire ! »

On va expliquer d’où vient la vulgarité de ses textes. Et non, ça n’a rien à voir avec le syndrome de la Tourette. Le D.U.C n’a pas toujours été le millionnaire qu’on connait aujourd’hui. Il le dit lui-même :

« Des vols et tout ça j’ai lâché
Préfère des tournées
Mais si t’achètes pas mes skeuds* frère
J’devrais y retourner »
*Skeuds = disques

– « Homme de l’ombre »

De ce fait, Booba exprime la rue de manière crue, sans filtre. Il nous la retransmet tel qu’elle est, avec son vocabulaire et sa façon de parler bien plus authentique de cette manière. Et si ça te choque, tant mieux, c’était le but. Le rap est avant tout là pour témoigner du mal-être d’une génération laissée à l’abandon et incomprise. Cette génération, elle déverse sa violence dans le rap. C’est bien connu que le mal-être se traduit forcément pas la vulgarité. On a jamais vu un rappeur rapper avec poésie, si ? Ah, si ? Ah. 

« Mon rap, un poème sans poésie »

– « Le Crime paie »

2 – Les paroles de Booba ont un sens profond

« Je ne fais la guerre qu’aux rappeurs, ne cautionne la mort d’aucun enfant
Je suis Lion de la Teranga : fuck la souris, fuck l’éléphant »

– « 3G »

Celui qui a compris le rapport entre les deux phrases et qui a compris le sens profond de la seconde a gagné un cookie.

C’est vrai : au premier abord, Booba a vraiment l’air de dire n’importe quoi (au deuxième aussi d’ailleurs). Dans un morceau s’appelant « 3G » il nous parle d’enfants morts, de lions, de souris et d’éléphants. Si vous êtes perdus, rien de plus normal. Comme pour toute grande œuvre littéraire, apprécier du Booba, ça requiert de lire entre les lignes. Parce que Booba, c’est clairement le Ronsard du 21ème siècle. 

Booba - Prof de français

« Retour en 1ère moray. »

La chanson « 3G » est en réalité une réponse aux détracteurs de Booba. Le 12 juillet 2014, Booba dénonce l’inutilité des posts sur les réseaux sociaux qui défendent la Palestine. Il invite plutôt les auteurs de ces posts à aller sur le terrain pour se rendre vraiment utile (comme lui le fait très régulièrement).

S’en suit alors des réactions de personnalités comme Tariq Ramadan qui, dans un post sur Facebook lui dit : « Quand un éléphant se dispute avec une souris, dire que l’on est neutre, c’est avoir pris le parti de l’éléphant ». Voilà pour le « Fuck la souris, fuck l’éléphant ». Pour ce qui est du « Lion de la Teranga », c’est tout bonnement l’animal fétiche du Sénégal, pays dont Booba est originaire. 

De par des paroles simples et énigmatiques (et vulgaires, comme nous l’avons expliqué si-desssus), Booba cherche juste à nous expliquer que la guerre ne se réglera pas via des réseaux sociaux (une pensée de génie). Qu’il prenne parti pour l’un ou pour l’autre, cela ne changera en rien l’issue de la guerre.

Toi : « Haaaaa ok ! Par contre 3G c’est nul comme nom. Il va faire quoi après ? 4G ? Hahahaha ! »

Oui.

Désespoir, je sais. Et attend, la 5G arrive bientôt. On espère que Booba ne la capte pas …

« On n’arrête pas les chars avec la 3G »

– Booba

3 – Booba est un homme de lettres

« J’ai déterré la hache, enterré la colombe »

 – « Le Crime paie »

Haaa ! Ce genre de punchline, c’est sûr que ça a plus de gueule que le poème que t’avais fait pour la fête des mères quand t’avais 5 ans. Booba remplit ses textes de figures de style. Vu que je suis pas tout à fait une raclure (note le « pas tout à fait »), on s’offre une leçon de rattrapage avec notre ami Booba. Parce qu’en termes d’écriture, Booba, ça va du simple jeu de mots :

« La race aryenne ne m’aime pas car je suis un bon à rien »

– « La Vie en rouge »

A l’anaphore :

« Sans diplôme sait dire que wesh wesh
Garde la pêche
T’as pas d’ mandat t’est au hebs
Garde la pêche
Tu veux monter sur le ring
Garde la pêche
Tu veux faire un featuring
Garde la pêche »

– « Garde la pêche »

Tout en passant par le parallélisme de construction couplé à deux antithèses.

« La vie d’un homme, la mort d’un enfant »

 – « Pitbull »

Booba, c’est pas que des « Quand je leur dis de niquer leur mère, négro crois-moi je suis poli » ou des « Fellation, bouche pleine de calomnies #TariqRaclaoui ». C’est aussi beaucoup de travail sur le texte. Beaucoup beaucoup, parce qu’honnêtement, trouver une anaphore, c’est vraiment pas facile. Booba, est de toute évidence un incroyable homme de lettres (Lesquelles ? « Les trois qui forment le mot sot », dirait Cyrano. Mais bon, Cyrano, c’était pas un génie, donc bon.)

4 – Booba est une personne cultivée

« Loup de la casse, j’suis un expert
T’as aimé sucer, j’ai aimé Césaire »

 – « OKLM »

Toi (si tu es particulièrement con et que tu aimes juger les gens sur des détails insignifiants) : « Tu parles d’un mec cultivé… »

Si telle a été ta réaction, c’est peut-être parce que la référence est dure à comprendre (Booba est un tel génie, c’est dur de se hisser à son niveau, alors on t’excuse). En effet, Booba vient de nous placer Aimé Césaire (POPOPOPOPO) dans ses paroles. Aimé Césaire, c’est un poète et un homme politique. Il est à l’origine du mouvement littéraire de la négritude (cette phrase est directement pompée de Wikipédia. Ne m’en voulez pas, je ne suis pas au niveau de Booba.) Un mouvement qui prônait la fierté du peuple noir.

Un autre exemple :

« Sur le plus haut trône du monde, on est jamais assis que sur son boule »

 – « Pitbull »

C’est une réappropriation de la fameuse phrase de Montaigne : « Sur le plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul. » Montaigne était un peu plus vulgaire que Booba : il était aussi classé un peu plus haut dans le Top des Génies. Ceci explique cela.

Alors la prochaine fois que tu voudras dire que Booba est un inculte, tu te rappelleras de ses sages paroles :

« Quand on n’sait pas on se tait » (ou visiblement on cherche sur Wikipédia)

– « Billets Verts »

5 – Booba a fait partie du groupe Lunatic

Un disque : « Mauvais œil ». Élu comme l’un des meilleurs albums de rap de tous les temps. Disque d’or en quelques mois. Considéré comme un classique du rap français. Bon, d’accord. Dans une société qui donne une Victoire de la Musique à Maître Gim’s, ça ne veut pas forcément dire grand chose. Mais le groupe Lunatic, c’est du génie en barre. Des instrumentales pesantes et une dualité affichée et réfléchie entre Ali le sage, qui pose ses textes, et Booba, plus violent et impulsif. A eux deux, ils représentent les différentes facettes de la rue. Tantôt emplie d’une haine intarissable, tantôt posée et pleine de réflexion. Lunatic, c’est les punchlines les plus percutantes du rap français. C’est des textes comme :

« La vie c’est dur, ça fait mal dès qu’ça commence.
Pour ça qu’on pleure tous à la naissance. »

– « Groupe Sanguin »

(Notez que Booba utilise ici encore une figure de style : c’est une lapalissade. AKA, il enfonce une porte vraiment très ouverte. Il avait pas vu qu’elle était fermée. C’est un génie, il est juste un peu aveugle.)

Alors oui, Booba c’est aussi un égocentrisme exagéré, c’est de la vulgarité gratuite et de la misogynie à ne plus savoir qu’en faire. Mais c’est pas grave, c’est aussi autre chose. J’espère t’avoir permis d’ouvrir un peu les yeux sur son œuvre et de t’avoir réconcilié avec le D.U.C.

Si ce n’est pas le cas, tant pis, je laisserai à Booba le mot de la fin :

« Et puis quoi, ça fait quoi, dis-moi toi qui sais tout
Si tu kiffes pas re-noi t’écoutes pas et puis c’est tout »

– « Le Crime paie »

 

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On a léché le cul de Booba : Comme sa musique, ça avait mauvai…

par La Rédaction Temps de lecture : 7 min
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