En 2013 et 2014 j’ai  eu la chance avec mon compagnon d’être accueillie pour quelques jours  dans la tribu Mentawaï, dites des « Hommes fleurs ». Avant de vous livrer le récit de la première aventure chez eux  (dans un prochain article) , voici quelques explications sur  ce peuple fascinant qui vit encore quasiment hors du temps.

Copyright Marion Staderoli - Flickr Mentawai way of life
Copyright Marion Staderoli – Flickr Mentawai way of life

Qui sont-ils ?

Les Mentawaï ou « Hommes-fleurs » sont  une population autochtone de l’archipel du même nom, au large de Sumatra en Indonésie. Ils se trouvent sur l’île de Siberut (4480 m² classée réserve protégée par l’UNESCO) au cœur de la forêt. Ce peuple est « animiste » c’est à dire qu’il considère que tout objet est animé par une âme, ce qui donne lieu à divers rituels. Leur langue est le Mentawaï, et ils vivent en harmonie avec la forêt qui leur fournit de quoi se nourrir.

Forêt nourricière

Leur garde-manger se trouve dans la forêt. Avant de partir à la chasse les hommes demandent aux esprits de la forêt de leur permettre de ramener des singes ou des sangliers. Ensuite le chaman prépare le poison pour enduire les flèches. Pour la pêche, ce sont les femmes qui vont à la rivière et tente de ramener quelques crevettes ou petits poissons. Le « sagou » et les fruits sont  des éléments importants de leur alimentation. Le sagou est une sorte de farine qui est extraite de la pulpe d ‘un arbre, le sagoutier. Ils élèvent parfois des porcs et des poulets qui peuvent servir de nourriture mais surtout de monnaie d’échange. 

 

Les Mentawaï partagent la nourriture (surtout la viande mangée lors des cérémonies), et ce, en part égale entre tous les individus, même les bébés, ceci car pour eux tout le monde a la même importance jeune, vieux, femme ou homme, chaman ou chasseur.

Aujourd’hui, les familles qui accueillent des touristes ont également un peu d’argent et l’utilise pour acheter des choses importantes à leur survie, mais très rarement de la nourriture. Ils reçoivent également de plus en plus des cadeaux, vêtements, montre, qu’ils sont fiers de porter et qui leur permet d’être en lien avec le monde extérieur.

Rituels et Traditions

Ils ne vivent pas dans un village, mais dans une immense maison commune sur pilotis : la « Uma » ; Il peut y vivre énormément de personnes  ayant le même ancêtre. Il n’y a pas de chef mais un « chaman » qui fait office de guide et tout le monde joue un rôle dans la communauté. Lorsqu’une décision est à prendre ce n’est pas à la majorité mais à l’unanimité : tout le monde doit être d’accord ce qui donne lieu, en général le soir, à de très longues discussions.

Le tatouage est une coutume importante. Une de ses fonctions est d’empêcher leur âme de quitter leur corps. Ils se parent de tatouages, de fleurs et de bijoux pour être beaux et que leur âme ait « envie » de rester dans leur corps. Une autre fonction est de marquer l’appartenance à un clan ou à une famille. Pour finir ils remplacent en quelque sorte les vêtements et ont un rôle de protection.

 

Un peuple en danger

Malheureusement ce peuple n’est pas totalement libre de vivre comme il l’entend… Le gouvernement veut le contraindre à quitter la jungle et à « rentrer dans le rang ». A vivre au village et à travailler, à avoir une religion reconnue par l’État (l’animisme n’est pas reconnu car ils n’ont pas de Dieu, ils croient aux esprits), à envoyer les enfants à l’école, bref à perdre le mode de vie qui fait leur identité. Tout ça sous prétexte que ce serait « meilleur pour eux ».

Copyright Marion Staderoli - Flickr Mentawai way of life
Copyright Marion Staderoli – Flickr Mentawai way of life

Nous avons appris avec Tuka, notre hôte que les Mentawai qui vivent encore dans la forêt (ils sont une centaine de famille seulement) sont obligé de résister aux pressions. Ils sont souvent contrôlés et obligés de mentir. Ils disent qu’ils ont choisi une religion, qu’ils vont déménager au village, etc. Sans cela ils pourraient avoir de sérieux problèmes… Tuka dit même que tant qu’il sera vivant il ne veut pas que ses fils quittent la jungle. Mais il est également conscient qu’il ne sait pas de quoi demain sera fait et qu’il ne pourra pas faire grand-chose de plus… Si ça se trouve ses fils en grandissant voudront d’eux même aller vers le monde « moderne » qui en attire tant d’autres.

Le gouvernement sait y faire pour les attirer. Il leur offre une maison gratuite, de l’électricité, bref des commodités qui leur donnent l’impression que leur vie va changer en bien. Ensuite, même si certains sont contents, la plupart se retrouvent vite désoeuvrés à devoir trouver de l’argent pour acheter de la nourriture, des vêtements, des biens de consommation, alors qu’en forêts ils avaient tout pour vivre heureux… Un autre problème est la déforestation. On fait miroiter de l’argent aux gens des villages qui s’empressent de vendre des terres (pour une bouchée de pain) qui sont ensuite dévastées afin de récupérer du bois. En plus d’un patrimoine naturel cest le garde-manger des Mentawai qui s’envole…

Les Mentawai « traditionnels » n’existeront plus bientôt. Peut-être dans 10 ans… mais peut-être dans 5. C’est vraiment très triste… J’ai vraiment pu partager leur peine en écoutant leur récits. Ce séjour parmi eux a été fascinant, encore plus que je ne l’avais imaginé…

Marion Staderoli

 

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Une étudiante va à la rencontre des Hommes-Fleurs d’Indon…

par contributeurs Temps de lecture : 4 min
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