Ce dimanche 1er octobre 2017, les catalans sont appelés à voter lors d’un référendum considéré comme illégal par Madrid sur leur potentielle indépendance. La répression du pouvoir central et la détermination de la Catalogne interpellent : si l’escalade de la violence – physique et morale – prend place, c’est sans doute parce que les enjeux sont majeurs. Tour d’horizon des conséquences d’un CatExit.  

Aux sources de l’indépendantisme

Ce que démontrent les enquêtes d’opinion peut surprendre. Ce ne sont pas les catalans les plus âgés qui sont en faveur de l’indépendance ; mais bien les moins de 35 ans. L’esprit indépendantiste, nationaliste, n’est donc pas celui des générations passées mais bien des générations futures. Le sentiment catalan indépendantiste décroît avec l’âge, ce qui peut être surprenant au premier abord. Mais en réalité, il suffit de marcher dans les rues de Barcelone pour comprendre que cette ville est marquée par une jeunesse cosmopolite, incroyablement ouverte au monde, mais surtout ancrée et enracinée dans son histoire et dans la région catalane. Et bien sûr, ce sentiment se renforce en-dehors de la capitale. A noter d’ailleurs qu’entre 10 et 20 % de la population se dit indécise.

L’assemblée catalane est aussi marquée par l’indépendantisme. Junts pel Sí (Ensemble pour le Oui) et la CUP (l’extrême-droite catalane) mettent tout en oeuvre pour enclencher le processus d’indépendance. En face, Ciudadaos (centre-droit), CSQP (extrême-gauche) et le PPC (droite) font pâle figure et n’arrivent pas à faire entendre la voix du non. Quant aux socialistes (PSC), leur ligne est peu claire. Dans les urnes donc, la voix indépendantiste trouve clairement un écho.

Quitter l’Espagne, malgré les risques

Plusieurs raisons économiques expliquent la vague indépendantiste en Catalogne. D’abord, la redistribution des bénéfices fiscaux : la région perd 16 milliards d’euros par an dans le cadre de la solidarité entre les comunidades autonomas (les régions autonomes en Espagne), à l’instar de ce que l’on pourrait croiser en Allemagne qui la limite à 3,5% du PIB). Ces 16 milliards représentent tout de même 2000 euros par personne soit 8 % du PIB catalan. Ensuite, la situation économique catalane est plutôt bonne : un PIB de 28 000 euros par habitant (contre 25 000 en moyenne dans l’UE et 23 000 en Espagne !) ; grâce notamment au tourisme, à l’automobile, la pharmacie et les services financiers. Sa puissance exportatrice de 56 milliards d’euros par ans, face aux investissements très restreints de l’Espagne en Catalogne, la mène à s’imaginer comme le 7ème pays de l’UE.

Mais les risques sont immenses ! Le système catalan de pensions serait en danger, quand 20 % des catalans (soir 1,5 million) sont retraités. Ce système est aujourd’hui centralisé, payé et organisé par Madrid. L’indépendance pourrait coûter aux retraités : la baisse de leurs retraites pourrait aller jusqu’à 20 %… Et que se passerait-il au niveau de l’Union Européenne ? Le traité de Maastricht est clair : l’adhésion à l’euro est irréversible ; un argument que les indépendantistes brandissent en permanence. En effet, sortir de l’UE serait une catastrophe, et essayer d’y réadhérer quasi-impossible : l’Espagne poserait certainement son veto (en sachant que le pays n’a toujours pas reconnu le Kosovo). L’accès aux marchés financiers en serait alors réduit à néant, et la dette (qui s’élève à 22 % du PIB) risque de devenir ingérable. Certaines organisations, telles que la Societat Civil Catalana, qui combat l’indépendance, considèrent que l’indépendance se résumera à une perte d’attractivité de la Catalogne, et ainsi moins d’IDE (Investissements Directs à l’Etranger) et des délocalisations massives. La bataille d’experts continue !

L’Espagne et les entreprises perdantes ?

Les entreprises s’inquiètent d’une potentielle sortie de l’Union Européenne, ce qui signifierait une explosion des coûts de transaction du fait de la taxe douanière commune. Bien sûr, beaucoup d’entre elles délocaliseront leurs activités pour rester dans le marché commun. Par exemple, les banques envisageraient une nouvelle stratégie d’implantation. Le problème est majeur : moins de banques est synonyme d’une baisse des crédits et d’un manque de financements. Clairement, les dépôts bancaires pourraient être gelés et le capital contrôlé pour éviter ces départs massifs.

Les entreprises ont alors essayé de peser sur le gouvernement catalan en assurant que tout CatExit rimerait avec délocalisation : Planeta, Volkswagen-Audi, les banques françaises, Seat, Nestlé, Nissan et peut-être même Mango. Voyant les risques, les syndicats patronaux et de salariés se sont aussi clairement opposés à l’indépendance.

Au-delà, c’est tout le pays qui serait encore plus en difficulté. 7 millions d’habitants (soit 10 % des espagnols) quitteraient l’Espagne en cas d’indépendance, ainsi que 500 000 entreprises, le port barcelonais et 4 aéroports internationaux. Il faut dire que la Catalogne représente à elle seule 20 % de la richesse nationale, et que sans elle l’Espagne passerait du 5ème rang au 14ème dans le classement des puissances européennes. N’oublions pas non plus la disparition pure et simple d’un touriste sur quatre qui vont à Barcelone et sur la Costa Brava.

Que la Catalogne soit indépendante ou non, les marchés financiers sont déjà inquiets, et la confiance dans l’Espagne comme dans la communauté autonome est rompue. La bataille d’experts qui annoncent des chiffres contradictoires ne rassure pas : la Wilson Initiative par exemple, composée de 6 économistes défendant l’indépendance, s’oppose à la SCC déjà citée.

Finalement, le cas catalan est impressionnant dans sa richesse, et mérite une analyse multifocale : politique, économique, juridique, sociologique, psychologique et même philosophique. Nous avons tout intérêt à être attentifs à chaque annonce et chaque pas franchi ou au contraire chaque recul. Chaque camp a des arguments audibles et compréhensibles. Quid de la démocratie, du droit des peuples à l’auto-détermination ? Mais aussi de l’unité nationale ? Et si le CatExit advenait, que se passerait-il dans le reste de l’UE ? N’y aurait-il pas un risque d’effet domino ? Les questions sont multiples. Aujourd’hui, tous les regards doivent être tournés vers Barcelone.

Guillaume Plaisance

La Catalogne indépendante ? Peut-être, mais quelles conséquenc…

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