Lucas Belvaux réalise un film qui a fait beaucoup parler lors de la mise en ligne de sa bande annonce. Chez Nous est un portrait représentatif de la galaxie FN, dans le contexte du nord de la France.

On est chez nous

Tout le monde connaît maintenant ce slogan politique. Même si les noms des protagonistes sont fictifs, on recale très vite qui est qui dans le film de Belvaux. Le réalisateur dresse un constat : celui de la France de 2014 (année des élections municipales, cadre temporel du film) et de son extrémisation politique. Le film, au final, ne s’attarde pas beaucoup sur les pontes du FN, mais sur ceux qui font que ce parti en est là où il est : ses militants et ses électeurs. Belvaux touche juste en ce qui concerne les électeurs, arrivant à retransmettre tout ce qu’implique d’adhérer aux idées du FN, de montrer l’état d’esprit qui habite ceux qui votent pour l’extrême droite. Sans jamais juger, le réalisateur prend parti de nous faire suivre l’histoire d’une infirmière à domicile, qui devient la poupée candidate du « bloc patriotique », ersatz de la grande cheffe façonnée par l’équipe de campagne qui l’entoure. Coté militant, même si le portrait reste dans l’ensemble cohérent, il donne l’impression de forcer le trait (alors que pas du tout) par ses choix de scénarisation.

Plongée dans les abysses du bleu marine

La force du film est de nous faire découvrir avec son héroïne toutes les facettes de ce qu’on ne soupçonne plus. Dédiabolisation de façade, discours xénophobe et raciste dissimulé, militants extrêmes et groupuscules fascistes en bras armés des leaders. C’est là aussi son point faible, vouloir trop en montrer en délaissant presque les ressorts dramaturgiques de la fiction. Et le problème est là : c’est un film de fiction. Même si toutes les situations sont inspirées de faits réels, il sera facile pour les frontistes de nier tout ça en parlant d’exagération forcée. On ne pourra pas leur en vouloir, il aura fallu lors de notre projection les propos même du réalisateur pour confirmer la véracité des événements les plus lourds du film.

Le film trouvera-t-il son public ?

C’est une interrogation non artistique mais bien de l’ordre de l’intention qui vient en tête après avoir vu Chez Nous : a qui s’adresse-t-il ? Dans l’absolu, il est clair que Belvaux a voulu faire ce film pour le montrer à la majorité des électeurs FN, leur faire voir ce qu’ils ne savent pas sur les agissements du parti et de ses proches militants. Il est aussi un rappel à la figure que les électeurs FN restent souvent des proches, des personnes que l’on connaît, et que les idées véhiculées par le FN ont aussi des répercutions au sein des familles, des cercles d’amis. Au final, par l’exemple du pire, il montre l’implication très forte des idéaux politiques dans nos rapports familiaux, et comment ceux-ci se transmettent. Malheureusement, il y a de fortes chances que ce ne soit que des convaincus d’avance qui iront d’eux même voir le film.

Chez Nous : portrait d’une galaxie de l’extrême

par Christophe Lalevee Temps de lecture : 2 min
0