Lauréat du prix Goncourt du premier roman 2015, Meursault, contre-enquête retrace l’histoire du frère de l’« Arabe » de Camus. Retour sur un succès littéraire mérité.

Meursault

Meursault, contre-enquête : une relation mère/fils complexe

Meursault, contre-enquête est avant tout l’histoire d’une famille brisée. Depuis la mort de Moussa Zoud, son frère Haroun peine à mener une existence normale. L’une des causes : des rapports difficiles avec sa mère. Celle-ci vit dans le souvenir permanent de son fils et impose à son dernier enfant le poids d’un deuil qu’il a déjà du mal à endurer.

Devoir porter les mêmes vêtements que Moussa, et voir sa mère mener désespérément son enquête en questionnant les gens dans les rues sont le lot du quotidien d’Haroun. Sa situation est telle qu’il en vient à détester son frère.

Malgré tout, l’amour familial subsiste entre les deux personnages. Lorsque Moussa assassine un colon, sa mère n’hésite pas à prendre sa défense pour que les autorités lui laissent la vie sauve.

Meurault, contre-enquête : Une vision pessimiste de l’amour

En plus d’avoir gâché sa vie, la mort de Moussa a perturbé son rapport aux femmes, puisque Haroun admet ne plus avoir d’attraction envers elles. Le protagoniste aura connu très tard sa première relation amoureuse.

Paradoxalement, c’est son histoire personnelle qui lui aura fait vivre ses premiers émois. Alors qu’elle cherchait cette famille pour les interroger sur la mort de l’« Arabe », Meriem s’éprend d’affection pour Haroun. S’en suit une romance entre les deux personnages dont les passages dédiés à l’amour figurent parmi les plus beaux du livre.

Mais le destin ne tarde pas à reprendre ses droits. Lorsque Meriem met un terme à leur relation, Haroun voit ses espoirs de vivre heureux s’anéantir. Même ses liaisons passagères par la suite n’y changeront rien.

Meursault, contre-enquête : Un lecteur élevé au premier plan

Les connaisseurs de L’Etranger apprécieront les clins d’œil qui lui sont faits. Et la phrase d’ouverture ne déroge pas à la règle : « Aujourd’hui, M’ma est encore vivante ».

S’adresser au lecteur par le biais de la métalepse est monnaie courante dans ce livre. Religion, patriotisme, amour… tous les sujets sont traités par ce procédé. L’histoire de l’« Arabe » elle-même est évoquée par Haroun. Celui-ci n’hésite pas à se moquer de Camus : « As-tu vu sa façon d’écrire ? Il semble utiliser l’art du poème pour parler d’un coup de feu ! ».

Une forme de rancœur subsiste entre le narrateur et le lecteur, à tel point que Haroun se permet de prendre les gens de haut : « Toi, tu veux retrouver un cadavre, alors que moi, je cherche à m’en débarrasser ». La rupture entre les intentions du lecteur et ceux du protagoniste constitue ainsi l’une des lignes de force de cet ouvrage.

                                                                                                                                  Mehdi Farcy

 

Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud

par Mehdi Farcy Temps de lecture : 3 min
0