La période des fêtes de fin d’année, et en particulier les environs de Noël, est propice au bourgeonnement de concerts et ballets familiaux et conviviaux. Du traditionnel oratorio de Noël au fameux « Concert de Noël », en passant par les ballets et les concerts symphoniques, le mois de décembre 2016 fut riche en surprises à l’Opéra de Bordeaux. A mon tour de vous les faire découvrir.

A Bordeaux, la vie culturelle est indéniablement riche et d’excellente qualité, tout en demeurant extrêmement accessible aux jeunes. Qu’il s’agisse des Scènes Publiques gratuites du Conservatoire de Bordeaux – qui permettent aux étudiants, qu’ils soient musiciens, chanteurs ou danseurs, de librement s’exprimer devant un public –, des ballets au Grand-Théâtre, ou des concerts symphoniques à l’Auditorium, chacun peut trouver son bonheur dans notre paysage artistique.

Le statut d’étudiant et/ou de jeune de moins de 26 ans ouvre droit à de multiples avantages : les abonnements proposés aux jeunes sont à des tarifs on ne peut plus attractifs (autour de 10 euros le concert, même si les plus fameux sont bien sûr légèrement plus chers) ; 48 heures avant la représentation, les places restantes, même les meilleures, sont à seulement 8 euros pour les moins de 26 ans et certaines représentations nous sont mêmes dédiées ! C’est sans doute pour cette raison que je suis maintenant abonné à l’Opéra depuis plusieurs années.

Ce mois de décembre, comme tous les autres, a été l’occasion de fêter Noël et la fin de l’année dignement, les événements s’y rapportant étant bien évidemment nombreux. Je souhaite aujourd’hui vous faire partager cinq des propositions faites par l’Opéra ce mois-ci, dont certaines qui viendront peut-être à votre rencontre très prochainement. Maestro !

Concerts - Opéra
Crédits : Opéra de Bordeaux

Elias de Mendelssohn par l’Ensemble Pygmalion, dirigé par Raphaël Pichon

Après le sublime Boléro de Ravel le 1er décembre, je retournais trois jours après à l’Auditorium afin de retrouver Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion ; créé par le jeune chef d’orchestre qui avait le malheur … d’être gaucher, ce qui se veut mal venu dans certaines sphères de la musique classique… Et pourtant, après avoir été un exceptionnel contre-ténor, il crée en 2006 son ensemble, pour nous ravir ce dimanche-là de l’oratorio (que l’on pourrait assimiler à un opéra sans mise en scène, mêlant récitatifs, airs et chœurs) Elias de Mendelssohn. Tiré de récits bibliques, le prophète Elie est dépeint durant deux heures et demi avec majesté, tant par son caractère que par le jeu des notes. Si les morceaux sont en eux-mêmes sublimes, l’interprétation proposée par l’ensemble les rend encore plus exquis. Quel que soit le programme, je ne peux que vous inviter à vous ruer sur les concerts de Pygmalion : assurément, vous ne pourrez être déçus !

La tradition des Concerts de Noël

Que serait un mois de Décembre classique sans son Concert de Noël ? Je me suis donc rendu le 16 décembre à l’Auditorium pour découvrir un Noël à Broadway hors du commun. Paul Daniel et l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine nous ont fait traverser l’Atlantique en quelques secondes, avec l’aide du talentueux baryton Laurent Deleuil. Impossible, bien sur, d’échapper aux traditionnels oratorios de Noël (notamment celui de Bach), à Douce Nuit, ou encore au magistral « Allelujah » du Messie d’Haendel, que l’on connaît parfois par cœur … mais que l’on adore réentendre encore une fois ! Sans oublier, bien entendu, la tradition bordelaise, à savoir clore le concert avec le « Galop Infernal » d’Offenbach, tiré d’Orphée aux Enfers. Ce nom ne vous dit rien ? Et si je vous disais … le French Cancan ? Vous voici déjà arrivés au Moulin Rouge ! Quel plaisir de voir la salle entière, debout, en train de danser devant des musiciens et chanteurs solaires et un chef d’orchestre à l’œil amusé ! Petits et grands se retrouvent, le temps d’une soirée, enrôlés dans une chaleureuse ambiance. Si à Bordeaux, le concert est placé sous le signe de la bonne humeur, chaque chef d’orchestre et chaque ensemble a sa vision du Concert de Noël, et c’est en cela qu’il est plaisant de varier autant que possible, d’autant plus que certains d’entre eux sont gratuits !

La formation des jeunes musiciens grâce à El Pessebre de Pablo Casals

L’Opéra de Bordeaux, qu’il s’agisse de son orchestre, de son chœur ou de son ballet, est particulièrement attaché à la formation des futurs artistes, et l’Oratorio de Noël du 19 décembre dernier en est l’exemple. En effet, autour d’un concert gratuit, Marc Minkowski nous proposait d’écouter les musiciens étudiants des établissements d’enseignement de musique de Bordeaux, du Poitou-Charentes et de Toulouse ; entourés de l’ensemble JAVA (Jeune Académie Vocale d’Aquitaine) et Polifonia. Sans oublier les cinq solistes tout droit venus de Barcelone spécialement pour nous.

Définitivement, la valeur n’attend pas le nombre des années : chaque musicien, chaque chanteur a contribué à proposer un concert qui égalait sans conteste ceux des professionnels ! L’oratorio de Pablo Casals, El Pessebre, représente la naissance du Christ, et met en avant les différentes étapes qui mènent à l’élaboration de la crèche, tout en annonçant plus ou moins subtilement les affres qui attendront le nouveau-né dans sa vie. Les voix cristallines de JAVA rejoignant les voix façonnées par le temps de Cantà di Core, les chœurs nous ont directement transportés dans l’univers de la Nativité, et la crèche se construisait dans nos esprits au fil des notes.

Le bis, le rappel, a quant à lui été caractérisé par l’arrivée remarquée de Marc Leroy-Calatayud, jeune assistant-chef d’orchestre de l’Opéra, et notamment de Paul Daniel, le directeur musical de l’ONBA. D’une grande poésie, sa direction était quasiment magique, et il s’agit là sans doute de l’objectif recherché par le jeune chef ! Cette soirée aura rassuré plus d’un : l’avenir de la musique classique est assuré par des talents immenses !

Distribution : Ensemble vocal Java, Choristes de l’Ensemble vocal Polifonia, Choeur Cantà di Core, Orchestre du Pôle Supérieur Musique et Danse Bordeaux-Aquitaine, Orchestre du Centre d’Etudes Supérieures Musique et Danse Poitou-Charentes et Anna Alàs Jové, Mireia  Tarragó Celada, Xavier Casademont Cases, Joan Francesc Folqué Giménez, Andreu Martínez Miret et l’ESMUC.

Le dernier concert de l’Ensemble Sagittarius, de Michel Laplénie

Le 22 décembre n’était pas un concert baroque comme les autres. Il s’agissait du dernier concert de l’Ensemble Sagittarius, créé et dirigé par Michel Laplénie depuis 1986. Le programme, centré sur Heinrich Schütz, qui a inspiré l’ensemble, était on ne peut plus de circonstance : Noël et, donc, la Nativité. De surcroît, le concert a délibérément été divisé en deux parties se répondant et illustrant parfaitement les sentiments qui se mêlaient ce soir-là : d’une part, les motets du temps de Noël (de courtes compositions musicales à plusieurs voix ici reposant sur des textes religieux), vifs et joyeux, nous rappelaient le bonheur des musiciens et du chef d’orchestre d’être sur scène ; et d’autre part, la deuxième partie, l’Histoire de la Nativité, instaurait dans nos cœurs une certaine nostalgie et mélancolie. L’émotion était palpable tout au long du concert, chez M. Laplénie, bien entendu, mais aussi au sein du public, la plupart étant des habitués, et certains suivant même l’ensemble depuis leurs débuts. Merci à ce bel ensemble pour ces 30 années de bonheur !

Coppélia, par le Ballet de l’Opéra National de Bordeaux

Vendredi soir, la veille du Réveillon de Noël, j’ai fait le choix de me rendre au Grand-Théâtre pour aller applaudir Coppélia, un ballet pantomime. Le ton est donné dès que le rideau se lève : après avoir visité Broadway grâce au concert de Noël, je restais à New-York pour découvrir le quotidien de jeunes filles urbaines et des marins qui ne les quittaient quasiment jamais. Deux d’entre eux, Swanie et Fonzy, allaient d’ailleurs s’épouser … du moins en théorie ! Je laisse votre curiosité œuvrer pour connaître la suite… D’un point de vue artistique, le Ballet de l’ONBA nous dévoile une nouvelle fois sa superbe maîtrise et l’immense talent de ses danseurs, menés à la baguette par Marc Minkowski, dirigeant l’orchestre. La précision tant des pas que du décor ne laisse pas indifférent, et les deux heures de représentation semblent bien courtes ! Bravissimo !

 

Quel mois ! Magique pour moi : en ces temps parfois obscurcis, alors que nous sommes empêtrés dans nos obligations professionnelles ou estudiantines respectives, prendre le temps, une soirée ou plusieurs, de s’assoir à quelques mètres d’un orchestre ou d’une troupe de danseurs est un bonheur sans nom. Le plaisir que les artistes ont de jouer et de danser est communicatif, et leur sourire se transpose sur nos visages au fur et à mesure que notes et pas s’entremêlent – parfois ensemble ! –. Ces mêmes artistes, d’ailleurs, sont souvent particulièrement accessibles, que ce soit lors des rencontres organisées à cet effet, ou bien même sur les réseaux sociaux : qu’il s’agisse de l’Opéra et du Ballet eux-mêmes, ou des artistes présents sur Twitter notamment, de beaux échanges peuvent rapidement émerger !

J’espère avoir donné envie à chacun, ne serait-ce qu’un soupçon, de (re)découvrir les chefs d’œuvre que je vous ai proposés ! Alors, maintenant que Noël 2016 appartient déjà au passé, pourquoi ne pas prolonger l’émerveillement confortement installés dans nos opéras, théâtres et autres salles respectifs ? Ou même dans nos salons ou nos lits, parce qu’après tout, même si elle est sublimée lorsqu’elle est jouée en direct, la musique est partout chez elle ! C’est en tout cas ce que je souhaite à chacun, ainsi que de finir l’année 2016 en beauté … et en musique donc !

Guillaume PLAISANCE

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Fin 2016 : un mois de concerts à l’Opéra de Bordeaux

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