19 ans, Lola est une expat’ provinciale qui reste à gauche sur les escalators du métro, qui cherche sa Navigo pendant 10 minutes devant les bornes et qui sourit encore à tout le monde : elle rêvait de Paris, elle va y découvrir l’accueil phénoménal que les parisiens lui réservent. Expérience n°7 : le partiel d’Espagnol.

J’ai mon premier examen à la faculté. Et c’est un oral. En espagnol. Moi, Lola Gutenberg, qui n’a jamais parlé espagnol de toute ma vie, qui n’a commencé que depuis quelques semaines cette langue chantante, je vais passer un oral où je vais argumenter sur un sujet politique. C’est ce que nous a dit notre professeur, lorsqu’il nous a donné les consignes quelques jours seulement après la rentrée. Il a dit, lunettes sur le bout de son nez, yeux accrochés à sa feuille de papier, que nous devions être capable de raconter l’histoire politique de l’Espagne. Je n’ai déjà pas connaissance de la française. Une catastrophe. Raconter l’histoire politique de l’Espagne. Et en espagnol. Je sais à peine demander où sont les toilettes et Hola pour moi n’est qu’un moyen de mettre l’ambiance en soirée.

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Partiel, je vaincrais !

Mais je dois y aller, je dois y aller au moins pour sauver les meubles, au moins pour ne pas avoir de note éliminatoire, en d’autres termes, avoir au moins 10. 10, c’est facile. 10 c’est être capable de se présenter, de citer 3 dates immanquables et de nommer les deux derniers présidents. J’en suis capable. J’en suis sûre.

Alors, antisèches à la main, stylo en poche, je pars à la conquête de la politique espagnole. Une dernière relecture, et me voilà propulsée devant ce jury aux allures de tyran. D’abord, à gauche, une dame d’une cinquantaine d’années, cheveux grisonnants coupés courts, lunettes rondes rouges qui soulignent un regard noir. A droite, un monsieur au crane rasé, un sourire au coin des lèvres. Et au centre, mon professeur, un vieil espagnol aux cheveux en pagaille, à l’haleine lourde et aux poils dépassant des deux narines. Ils sont tous là, à m’attendre. Et ça commence, ils me lancent la question fatidique : « Dime todos los grandes eventos en España desde 1950? ». En français, il me demande simplement qu’est ce qu’il s’est passé depuis 1950 en Espagne.

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Sauvez-moi, pitié …

Et je n’en ai aucune idée. Devant eux 3, je perds tous mes moyens. Je bégaie, je rougis et je ne sais plus rien. Et finalement, dans un élan de sang froid, je respire un grand coup et reprends mes esprits. Et là, je suis au top, je retrouve tout. J’enchaine, sors des dates dont je ne pensais même pas avoir connaissance, utilise du vocabulaire que je n’avais jamais appris. Bref, c’est ce qu’on appelle un coup du destin. Un truc vraiment incroyable.

 

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Je vois que je plais. Je le vois dans le regard de mon prof qui d’habitude n’offre jamais de sourire, je le vois dans les yeux de la vieille qui laisse ses yeux pétiller, je le vois dans chacun d’entre eux. Je suis fière. Très fière. J’ai des petits papillons dans le ventre, j’ai les émotions qui m’envahissent. Je suis une star espagnole, je m’y voyais déjà, à devoir faire des conférences. « Une jeune française devient bilingue sans même apprendre un seul mot d’espagnol« . BIM. Le titre faisait mouche.

Surprise, tu es un génie !

Et dans mon corps tout se bouscule, les revoilà, les petits papillons tout excités. Mais rapidement, je ressens autre chose. Quelque chose de plus profond, quelque chose qui vient de loin et qui me transporte. Et, alors que je crois devenir une diva à la crinière brune, je sens mon estomac se tordre, et sans rien pouvoir retenir, je vomis sur les lunettes de la vieille femme. Plus un bruit dans la salle, plus un mouvement. Le silence règne et ma professeur me regarde sans un mot, se contente de secouer ses feuilles, et, simplement, me demande de sortir.

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Je prends la porte, ma honte et mes connaissances soudaines incroyables, et je fuis le plus vite possible, très loin, envoyant un texto à ma mère pour annoncer dores et déjà que je n’avais probablement pas validé l’espagnol.

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Conseil n°7 : Passer un partiel

par La Rédaction Temps de lecture : 3 min
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