Dimitry Therese et Bastien Petit sont les fondateurs de Culture Bay, un studio de réalisation artistique situé dans le cinquième arrondissement de Paris. Dans ce milieu ou la population étudiante est réputée très active, les deux jeunes professionnels entendent bien libérer le potentiel artistique d’étudiants qui voit en la musique la voie royale pour l’expression de leurs états d’âme. Chez eux, tout le monde est le bienvenu. Partons à la rencontre d’un univers, le Culture Bay, un studio où le métissage artistique garantit une expression pour le moins atypique…

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Une question simple pour commencer, quel est votre parcours ?

Dmitry Therese : J’ai grandi en Martinique dans un milieu chrétien protestant. À l’âge de 12 ans, j’ai commencé à jouer de mon premier instrument, la basse. À 19 ans, je suis allé à Paris pour y suivre des études de philosophie à l’université Paris 10 (Paris-Ouest Nanterre) et j’en suis ressorti licencié. Juste après j’ai décidé d’aller à Londres où j’y suis resté 4 ans. De retour à Paris, je me suis inscrit dans une école de Jazz, le CIM de Paris, l’une des plus anciennes écoles de jazz en Europe. J’y suis allé pour ramasser, rassembler, glaner tout ce que je pouvais de mon héritage culturel pour y produire un rendu sonore qui m’est propre et qui m’appartient. J’ai commencé à vivre concrètement de la musique vers 27 ans, en qualité de bassiste de tournée. J’ai pu ainsi me rendre à Chypre, en Grèce, en Suisse, à Dunkerque, dans le sud de la France…

Bastien Petit : J’ai commencé la musique en apprenant la guitare à l’âge de 18 ans. Avant ça, je pratiquais du hockey sur glace à haut niveau. À la surprise générale, j’ai décidé de mettre fin à ma carrière sportive lorsque j’ai rencontré la musique. Le sport m’a beaucoup apporté dans ma manière d’appréhender cet art. De la rigueur, un travail laborieux pour progresser encore et toujours. Par la suite, j’ai suivi une formation de licence dans une école de commerce à l’ISAM. Entre-temps à 22 ans, j’ai fait une année de césure en allant à Londres pour perfectionner mon anglais, mais aussi pour goûter à l’univers musical londonien parce que je partage beaucoup d’affinités avec la musique rock et le blues. Un an après, je monte à Paris pour étudier au CIM de Paris où j’ai rencontré Dimitry. Au bout de quelques mois, j’ai monté mon groupe « The Kinds ». On a commencé à jouer, à faire pas mal de dates ensemble. Parti d’une relation professionnelle, on s’est aperçus par la suite qu’on partageait une vision similaire en termes d’ambition, mais aussi de sacrifices nécessaires pour arriver au but que l’on veut atteindre: percer à haut niveau.

Quelle est la philosophie de Culture Bay ? Et que proposez-vous ?

Dimitry Therese : Elle est de mettre en avant la réalisation musicale. Nous mettons un  point d’honneur à prendre des gens à leurs débuts et à les emmener via une pédagogie, une stratégie adéquate à devenir professionnels. Nous avons des tarifs spécifiques, car nous avons conscience que les étudiants ne sont pas des actifs. Nous proposons plusieurs types de services ; qu‘il s’agisse d’enregistrement d’œuvres déjà abouties, de la conception et de la réalisation à partir d’une base quasi-inexistante ou encore de développement artistique, de conseil et de stratégie, autant de choses que nous proposons. Nous dispensons également des cours de musique assistée par ordinateur (M.A.O.). La formation à un logiciel de musique est coûteuse, mais là encore, nos tarifs sont adaptés et c’est une vraie force.

Qu’est-ce que vous dites à vos premiers artistes ?

Bastien Petit : Nous sommes dans une logique d’accompagnement et de conseil, au service de l’artiste. La première chose que l’on fait, c’est écouter l’artiste. L’importance de cette étape permet de créer les conditions optimales dans l’intérêt de la poursuite de son projet artistique.

Comment différenciez-vous un artiste professionnel et un artiste étudiant ?

Dimitry Therese : Tout est une question d’attitude. Il y a une différence fondamentale entre être professionnel, c’est-à-dire être rémunéré pour une activité que l’on fait, et avoir une attitude professionnelle. Par cela, j’entends le fait que l’on est ponctuel ; on a appris son texte ; on l’a écrit ; on a préparé sa voix ; on a appris les points de respirations sur le morceau … Il s’agit d’un ensemble de paramètres à prendre en compte et qui font que l’artiste a une attitude professionnelle. À partir du moment où l’on détecte cela, nous nous disons qu’il a des réflexes de pro. Nous sommes là pour encadrer et être bienveillant. C’est cela la philosophie que nous avons mise en place depuis la naissance de Culture Bay. Jusqu’à maintenant la méthode nous donne raison et le studio ne se désemplit pas.

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Selon vous, en combien de temps peut-on espérer vivre de son art ?

Dimitry Therese : Tout est évidemment relatif selon le profil et les objectifs que l’artiste se fixe. Mais on peut déterminer quelques éléments qui peuvent jouer en faveur de l’artiste. Par exemple, est-ce que l’artiste est prêt à sortir du cadre simplement créatif pour aller dans un cadre d’exécution, où il apprend des reprises pour les jouer ? Si un artiste est prêt, dans un premier temps, à faire des reprises afin de vivre de sa musique alors il pourra jouer dans des bars, être apprécié auprès d’une petite communauté constituée de proches, de parents et d’amis. L’artiste peut vivoter de la musique après deux-trois ans. S’il veut faire sa musique, sa création, tout dépendra de sa capacité à tisser un réseau et à s’entourer de pros. Le résultat final demeure néanmoins sujet à des facteurs liés au profil de l’artiste, d’exigence, d’objectifs et de réseau !

Bastien Petit : Un artiste ne se juge pas simplement sur un look, un beau discours ou quelques démos, mais il se jauge sur le temps. S’il est dans l’impatience et qu’il fait cela juste pour impressionner ses potes et que tu t’aperçois qu’il ne travaille pas, qu’il ne fait preuve d’aucune humilité envers son travail, ça ne marchera pas. Notre vraie passion, c’est la création et la production musicale pour tout à chacun. On prête une grande importance à la personnalité, aux artistes méritants. Il n’y a rien de plus frustrant que de travailler avec des gens qui ne partagent pas la même passion que toi.

Qu’est-ce que Culture Bay propose de plus qu’un autre studio ?

Dimity Therese : Au sein de Culture Bay, on propose un mariage de différentes cultures. On a Bastien d’Amiens, Je viens pour ma part des Antilles françaises. Nous avons des intervenants qui viennent d’endroits bien distincts comme Londres ou le style musical est radicalement différent. La plus-value que nous proposons est celle de l’éclectisme musical. De plus, nos studios se situent au milieu de la zone estudiantine du 5e arrondissement. Dans notre approche de la musique, on invite les artistes à sortir du cadre du studio pur, on les encourage à faire de la scène grâce aux Open Mic que nous organisons. Il s’agit de scènes ouvertes où tous les artistes ont la possibilité de venir s’exprimer leurs talents avec chanter leurs chansons. Très peu de studio à Paris proposent ce genre d’initiatives aux artistes.

À quel rythme et comment se déroulent ces Open Mic ?

Dimitry Therese : À hauteur de deux soirs par semaine (le mercredi et le dimanche). On appelle les artistes au micro puis on les introduit auprès du public. On s’assure qu’il soit bienveillant vis-à-vis des artistes. Fort de cette expérience, l’artiste revient au studio et nous livre son ressenti. Nous opérons un véritable retour d’expérience concret sur sa performance.

Bastien Petit : On a développé les Open Mic dans deux des plus grandes auberges de jeunesse de Paris : le Saint-Christopher Inn’s à Gare du Nord et le Belushi’s (159, rue de Crimée, 75 019 Paris). Pour donner un petit exemple, la fosse à une capacité d’accueil entre 70-100 personnes parfois plus, ça varie selon les semaines. Le public est international : australiens, sud-africains, anglais, brésiliens, canadiens, américains, neo-zélandais, etc. Ce sont principalement des globe-trotteurs âgés entre 20-28 ans. On expose les artistes avec qui on travaille auprès de notre cœur de cible qui est international. Il y a beaucoup d’invités (hosts), des chanteurs musiciens internationaux qui sont invités à faire une prestation à l’occasion. Tout cela te donne le pouls de la scène internationale. Chose que l’on ne pourra pas retrouver quand tu fréquentes des endroits parisiens, car là-bas, on développe que des choses très parisiennes.  

On vous laisse avec le sublime hommage réalisé par leur groupe de reprises dédié à l’immense Jimi Hendrix.

► Bold As Love – Foxy Lady [Tribute to Jimi Hendrix]

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Propos recueillis par Onur Karapinar

Culture Bay : « Libérer le potentiel artistique des étudiants…

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