Les Derniers Parisiens est le premier film des rappeurs du groupe La Rumeur, Hamé et Ekoué, et il devrait faire parler de lui. Si le titre renvoie à Paris, c’est surtout des banlieusards et de Pigalle dont il est question. Avec un casting réunissant Reda Kateb et Mélanie Laurent, le film est prometteur pour la suite de la carrière de ces néo-réalisateurs.

Des banlieusards parisiens

Nasser vient de sortir de prison et retourne dans son quartier, à Pigalle. Il y retrouve des amis et surtout son frère, Arezki, patron de bar du Prestige. Nas ne supporte plus de travailler avec son frère et souhaite innover le bar en y programmant tout d’abord des soirées foot, puis de grosses soirées. La première d’entre elles est réussie mais Prestige ou pas, les ennuis continuent. Nas, interprété par le talentueux Reda Kateb, est toujours en conditionnelle et n’a pas le droit à la moindre erreur. C’est la SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) campée par Mélanie Laurent qui doit veiller à sa réinsertion dans la société.

Le casting est aussi intéressant que l’interprétation des acteurs. Ce qui fait la réussite du film, c’est sûrement parce qu’il s’agit d’un film de copains : les réalisateurs Hamé (de son vrai nom Mohamed Bourokba) et Ekoué Labitey sont amis dans la vie avec Reda Kateb et Slimane Dazi. Cette amitié masculine explique peut-être en partie l’absence de femmes dans le film. S’il y a bien un reproche à faire au long-métrage, c’est celui-ci. Les femmes sont très peu représentées et si elles sont présentes, elles incarnent des personnages d’arrière-plan, des prostituées ou des danseuses de pole. Sur la question, l’acteur Reda Kateb argumente que « les femmes brillent par leur absence ».

Les Derniers Parisiens : retour en banlieue
Mélanie Laurent (Margot) et Reda Kateb (Nas)

Réalisme et proximité

Les Derniers Parisiens n’est pas seulement un film de banlieue sur la banlieue. En parallèle des problèmes que rencontrent les personnages, s’ajoutent les problèmes et le quotidien d’autres personnes. Un garde de la sécurité qui cherche un passeport illégal, un sans domicile fixe qui vole un vélo, un vendeur de CD et DVD à la sauvette… Ils constituent un autre temps dans le long-métrage, tout en en faisant partie, ce qui ajoute à l’immense réalisme du film.  Comme l’explique Slimane Dazi : « On montre ces personnes telles qu’elles sont, les quartiers tels qu’ils sont. » Les Derniers Parisiens en devient donc un film de proximité où l’on peut facilement s’identifier aux personnages. Finalement, Pigalle importe sans l’emporter. Si on ne voit pas le célèbre Moulin Rouge (notamment pour des raisons de non autorisation), c’est parce que les réalisateurs n’ont pas cherché à mettre Paris en lumière.  Pour eux, il s’agissait plutôt de « filmer Paris comme une ville comme les autres ». Pour Hamé, ils ont inventé le « foot movie », en filmant la rue de cette manière.

 

Les Derniers Parisiens : retour en banlieue
Slimane Dazi (Arezki)

Les derniers parisiens seront-ils les premiers ?

Hamé et Ekoué sont encore des réalisateurs inconnus mais méritent d’être salué grâce à ce premier film. Tous les deux appartiennent au groupe de rap La Rumeur mais c’est pourtant une musique sans parole qui émaille tout le film. Cependant, toute la parole est mise dans un scénario très bien écrit. La fin n’est pas forcément celle que l’on s’attendait à voir, les réalisateurs n’ayant pas choisi l’adage « les derniers seront les premiers » pour terminer. C’est donc un mélange de joie et de tristesse que l’on ressent tout le long de ce film. Le nom du bar n’a sans doute pas été choisi au hasard. Le personnage de Bac (interprété par Bakary Keita) déclare lors d’une vente automobile entre particuliers « le prestige ça n’existe plus, c’est de l’histoire ancienne ». Si le film parle des banlieusards, pour Ékoué « ce n’est pas un film de diversité, c’est une histoire de France ».

 

Les Derniers Parisiens : immersion en banlieue

par Armandine Castillon Temps de lecture : 3 min
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