Désobéissance de Sebastián Lelio est l’adaptation du roman éponyme de Naomi Alderman publié en 2006. Avec ce film, le cinéaste, plonge dans l’univers d’une communauté très fermée : celle des juifs orthodoxes à Londres. Rachel Weisz, Rachel Mc Adams et Alessandro Nivola sont les protagonistes d’une histoire d’amour taboue. À travers ce triangle amoureux, le réalisateur dépoussière la notion de désobéissance et de liberté.

Sebastián Lelio, réalisateur transgressif

Sebastián Lelio reprend dans son film une trame narrative assez connue : le retour d’un personnage exilé, et la déroule comme une horloge dont la mécanique est très précise. Désobéissance est un film qui prend son temps, le réalisateur installe un climat chargé, fait de non-dits, qui va monter en pression jusqu’à l’implosion. La mise en scène épurée permet au spectateur de sentir la tension latente de ce drame psychologique. La lumière crue offre un contraste saisissant avec le quotidien monochrome d’un Londres pluvieux. Elle n’embellit donc pas la réalité, mais étire tout de même les limites d’un environnement confiné à une banlieue. Désobéissance est aussi tout en musique, les chants religieux ayant un impact sur la narration. Que ce soit la captation d’un regard de Rachel Weisz pour Rachel Mc Adams, l’envoûtement lié à l’enveloppe sonore du film, ou encore la puissance d’un discours, Sebastián Lelio propose un montage qui saisit l’essence même d’un cinéma lyrique. La manière dont il filme une scène de sexe lesbien relève de l’art.

L’amour est Désobéissance

Sebastián Lelio aborde dans Désobéissance un sujet très complexe : l’homophobie dans la religion. Au-delà même de cette transgression sexuelle, Désobéissance questionne la place de la femme dans une communauté patriarcale. Ronit qui a dû fuir pour vivre en accord avec elle-même n’est pas plus avancée quand elle retourne à Londres. Suite aux retrouvailles avec Esti, le désir est toujours là, mais cette dernière n’est pas libre de ses actions. Ce retour redistribue totalement les cartes notamment avec Dovid, ancien meilleur ami et maintenant mari trompé. La finesse du film demeure dans ses personnages dont on nous dévoile petit à petit les failles. Alessandro Nivola offre l’interprétation la plus complexe, car c’est lui qui fait face au plus grand dilemme. Dans le duo féminin, c’est Rachel Mc Adams qui nous aura fait la plus grande impression et ce même si Rachel Weisz a la double casquette de productrice et de comédienne. En effet, bien loin de son interprétation loufoque dans Game Night, l’actrice éblouit par sa laideur. Il faut du talent pour jouer un personnage grandiloquent, n’en faut-il pas plus pour paraître effacé ?

La Désobéissance est tout un art pour Sebastián Lelio

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 2 min
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