Deuxième fournée de l’année chez Marvel. Après Civil War, voici donc le deuxième film de la phase 3 qui nous introduit un nouveau personnage : Stephen Strange dit « Doctor Strange ». Entre attentes mesurées et ambitions maximales, que nous a réservé les aventures de ce héros méconnu du grand public ?

Doctor Strange Marvel
Benedict Cumberbatch interprète Stephen Strange.

Doctor Strange est là, il va s’occuper de vous

Stephen Strange est un neurochirurgien de renom. Très habile de ses mains, aucune opération ne lui résiste, même s’il fait bien en sorte de les choisir (les causes perdues, ou ce qu’il croit en être, ne l’intéressent pas). Et puis, accident de voiture, ses mains si précieuses pour son travail sont dégommées. Impossible de continuer à pratiquer, ses mains ne font que trembler à cause de la perte de ses terminaisons nerveuses. Il est devenu une cause perdue, aucun chirurgien ne veut l’opérer. Une fois de plus, Marvel nous sort une origin story (histoire racontant les débuts d’un personnage, de la découverte de ses pouvoirs à ses premières aventures), et le schéma de narration ne dérogera pas à la règle de la rédemption à travers les épreuves et l’adversité. On est chez Marvel, la surprise n’est pas dans le déroulement très codifié de l’histoire, mais dans ce qu’elle contient en univers et en personnages.

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Kaecilius, joué par Mads Mikkelsen, qui a des heures de sommeil à rattraper.

Marvel Cinematic Multiverse

Doctor Strange ne s’est presque pas dévoilé dans ses bandes annonces. Le film est d’une ambition folle parce qu’il veut introduire ce qui est de plus casse gueule dans l’univers des BD Marvel : les entités galactiques surpuissantes et tout l’aspect irrationnel, gargantuesque de l’univers des super-héros. Les Gardiens de la Galaxie et Thor avaient amorcés un peu cet aspect, Doctor Strange y saute pied joint. Le film prend le temps de développer cet aspect, par petites touches, en nous faisant passer le cap avec Strange, qui sera tout aussi déboussolé que nous. C’est une immense réussite, tout simplement parce que le personnage de Stephen Strange est le plus approprié à ça.

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Et dire qu’on se plaint quand on se paume dans le métro.

Oublie la raison, laisse parler l’imagination

Strange est un être rationnel. Il explique tout par la science. Ce n’est qu’arrivé lui-même au pied du mur, sans que sa science médicale ne puisse lui être d’une quelconque aide, qu’il va découvrir une autre fenêtre de vision, voir les choses différemment et s’y laisser (em)porter. Autant pour Doctor Strange que pour le spectateur, ce n’était pas gagné. Il n’y a qu’à se rappeler la catastrophe qu’a été « Les 4 fantastiques et le surfer d’argent », qui introduisait Galactus de façon calamiteuse, d’une telle façon qu’on y croyait pas une seconde. Doctor Strange évite ce mélange absurde par une préparation en amont et un savant dosage de sérieux et d’humour qui aide beaucoup. De plus, le film évite le syndrome Avengers 2 qui ressemblait bien plus à un film transition qu’à une vraie histoire. L’univers ici s’étend, mais le film existe pour ce qu’il est, c’est à dire l’histoire de Stephen Strange. La réalisation est le gros point fort du film, avec des séquences kaléidoscopiques sublimes. Si vous connaissez la fin psychédélique de 2001 de Kubrick, vous mettez ça dans un shaker, une bonne dose de boisson énergisante et une pointe d’hallucinogène et vous obtenez certains moments du films. C’est une expérience dingue, les chargés d’effets spéciaux se sont lâchés tout en gardant en tête la cohérence de l’action. Gros point fort, la réalisation reste claire même quand elle veut nous montrer la perdition dans l’espace, tel l’escalier de Penrose : on voit très bien que ce n’est pas possible, et pourtant on croit que ça l’est.

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A gauche, L’Ancien des comics. A droite, Tilda Swinton, qui joue le rôle de l’Ancien dans le film.

Hollywood lave plus blanc que blanc

Devenons sérieux : le film a été accusé de faire du whitewashing. Qu’est ce que c’est ? C’est une habitude à Hollywood (et du coup aussi chez Marvel), qui consiste à faire interpréter par un acteur blanc un personnage originairement non-blanc. Ici, c’est le cas de l’Ancien, joué par Tilda Swinton. Le personnage est au départ un maître tibétain, vivant dans l’Himalaya. Le fait de faire jouer ce personnage par un(e) acteur(trice) blanche peut se justifier par une idée de scénario. Sauf que l’Ancien dans le film réside également à Katmandou, et rien dans l’histoire ne vient justifier un tel changement. On gagne en présence féminine (et c’est sûrement la réflexion derrière ce choix) et en nom connu sur l’affiche, ce qu’on perd en diversité même si il y a le personnage de Wong, secondaire mais dont l’origine est respectée (joué par Benedict Wong), ainsi que beaucoup de rôles tertiaires et figurants de diverses origines.

Doctor Strange, l’atout mystique de Marvel

par Christophe Lalevee Temps de lecture : 4 min
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