La Monnaie de Paris présente du 20 octobre 2017 au 28 janvier 2018 une exposition intitulée « Women House ». Elle regroupe des œuvres de divers artistes, exclusivement féminines, datant des années 1930 à nos jours. Ces œuvres ont pour but de questionner  la place de la femme dans son espace domestique et de contourner le lien fatal qui fut fait des années plus tôt entre la femme et son rôle exclusif en tant que femme au foyer.

« Desperate Housewives » ou « Women House »

La première partie de l’exposition « Women House », intitulée « Desperate Housewives », retrace les années 1970, décennie durant laquelle de grandes avancées furent faites pour la condition féminine. Les questions sur le droit à l’avortement, la maternité ou l’éducation des enfants commencent alors à faire surface dans le débat public. Les artistes de cette décennie présentes dans l’exposition dénoncent l’espace domestique comme symbole de l’enfermement et du système patriarcal. On peut voir, dans cette première partie, des œuvres symbolisant cet enfermement, notamment par la mise en scène par le dessin ou la photographie des gestes répétitifs de ces femmes bourgeoises cloîtrées chez elles. Dans certaines autres œuvres, comme celle de Birgit Jürgenssen, on peut voir une critique corrosive de cette supposée fusion entre la femme et l’espace domestique dans l’imaginaire collectif, dans ses montages où l’on observe la femme se fondre avec les différentes pièces d’un réchaud. Nous pouvons également observer dans cette première partie des mises en forme de structures d’enfermements, ressemblant étrangement à des yourtes, comme sur la photo ci-dessous.

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La maison, cette boîte de Pandore

Une grande partie de l’exposition repose sur cette notion d’enfermement, à travers différentes formes d’expression. L’artiste Birgit Jürgenssen présente dans une autre série le sentiment d’enfermement, à travers une photo d’elle-même devenue tigresse s’agrippant à des barreaux de cages. Cette image de la cage revient souvent à cette période, puisque dans la même exposition, on peut découvrir une performance de l’artiste Lydia Schouten, dans une vidéo où on la voit aller et venir à l’intérieur d’une cage, se frottant contre des barreaux auxquels sont attachés des pastels gras. Ces mouvements sont interprétés par l’artiste comme une représentation de l’obligation qu’ont ces femmes au foyer de se maquiller malgré l’enfermement dans leur foyer. Nous pouvons également admirer les photographies de l’artiste Helena Almeida, dans lesquelles elle place ses mains sur des portails métalliques de maison. 

De l’autre côté, si la maison peut être symbole d’enfermement, elle peut également être transformée en zone de création. C’est ainsi que l’artiste Kirsten Justesen, ou encore Lili Dujourie utilisent  la maison, et plus particulièrement la chambre non comme espace pour se cacher mais au contraire pour s’exhiber. Dans un autre registre encore, on peut également voir des œuvres revendicatives, telles que celles de la photographe sud-africaine Zanele Muholi, qui photographie des couples lesbiens dans leurs intimités et dans leurs habitats. L’habitat joue ici un rôle de protecteur, dans le contexte des crimes de haine qui prennent place en Afrique du Sud contre les homosexuels. 

À travers l’exposition « Women House », l’habitat est donc représenté à la fois comme prison, comme zone de désinhibition, mais aussi comme terrain de jeu, et bien plus encore, et c’est à découvrir sans attendre !

Women House

Pauline Linard-Cazanave

« Women House » : la rencontre de la femme et du logis

par contributeurs Temps de lecture : 2 min
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