Dans son dernier livre, Fabrice Nicolino adresse un pamphlet au monde agricole. Il dresse un état des lieux de l’agriculture, soumise depuis un siècle à une folle industrialisation, au recours incontrôlé à la chimie et à des politiques productivistes désastreuses. Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture est un livre incontournable pour retrouver la raison et envisager un retour aux fondamentaux.

« Je n’attends plus que le goudron et les plumes. Ou la bouse et et les cornes, faudra voir. »

Avec des ouvrages tels que Pesticides : révélations sur un scandale françaisQui a tué l’écologie ? ou La Vérité sur la viande, Fabrice Nicolino est habitué à déranger. Chaque semaine, le journaliste de Charlie Hebdo, nous livre des critiques toujours plus acerbes sur la façon dont nous traitons notre planète. En 2015, il décide de s’attaquer aux responsables de « ce vaste merdier qu’est devenue l’agriculture ». La sortie de son livre sera cependant repoussée de quelques mois comme il nous l’explique sur son blog : « Ce livre, je l’avais écrit l’an passé, et il devait sortir en janvier 2015. Et puis il s’est passé que mes amis sont morts, que d’autres ont été charcutés par les balles. J’ai pour ma part reçu trois balles, et je prends encore de la morphine. Le livre, bien que sorti de l’imprimerie, est resté en carafe jusqu’à aujourd’hui. ».

Lettre à Raymond

Au fil des pages, l’auteur livre à Raymond, « un petit vieux de 90 ans » tout droit sorti de son imagination, un siècle d’industrialisation de nos terres. Le truc fascinant dans ce livre, c’est que l’on se laisse rapidement entraîner par le discours de Fabrice Nicolino : autant vous prévenir, une fois que vous aurez commencé, vous ne pourrez plus vous arrêter ! Si nous sommes tous Raymond dès les premières pages, la plume de l’écrivain y est aussi pour beaucoup dans l’intérêt que nous portons à son ouvrage. De Monsanto, à la FNSEA, en passant par la FAO, tous en prennent pour leur grade. Et il faut avouer que l’on se laisse contaminer par cette haine car Fabrice Nicolino est très précis dans son propos : il n’hésite pas à nous donner ses références ou à présenter des données chiffrées.

« Ce qui a été fait peut-il être défait ? »

À l’approche des dernières pages, on en vient à se demander comment nous allons bien pouvoir nous en sortir et si ce qui a été fait peut-il être défait. Fabrice Nicolino nous convint avec brio que oui et rétorque, à juste titre, que : « L’histoire des Hommes n’est pas, contrairement à ce que les vainqueurs tentent perpétuellement de faire croire, une fatalité ». Sans s’arrêter à la critique, l’auteur nous propose des solutions en nous présentant les bienfaits de l’agroécologie. Là encore, il légitime son discours en s’appuyant sur des figures emblématiques tel que Pierre Rabhi.

Envie de lire ce livre ?

Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture de Fabrice Nicolino

Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture, Fabrice Nicolino
13,90 €, Éditions Les échappés

« Ce qui a été fait peut-il être défait ? Oui, jurent quelques siphonnés, dont je suis. Pour les besoins d’un projet industriel amoral, on a vidé des milliers de villages et rempli les banlieues de millions de prolétaires, dont beaucoup devenus des chômeurs perpétuels. Mon vieux Raymond, ne me dis surtout pas que tu ne regrettes rien. Moi si. Une autre histoire est possible. »

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