10 ans après The Great Debaters, Denzel Washington revient à la réalisation avec Fences. Le film est l’adaptation de la pièce de théâtre du même nom écrite en 1983 par August Wilson. Denzel Washington et Viola Davis, incarnent, de façon magistrale, les époux Maxson dans un film qui dérange. Fences soit on adore soit on déteste !

Denzel Washington, le réalisateur

La première chose que l’on peut se demander en voyant que Denzel Washington est à la fois réalisateur et acteur du film, c’est est-ce que ça marche ? En effet être au four et au moulin parfois ça ne réussit pas toujours, si Nate Parker s’en sort bien dans The Birth of a Nation, c’est une catastrophe pour Ben Affleck avec Live by night. Denzel Washington est beaucoup mieux en tant qu’acteur dans ce film, que réalisateur, mais cela tient peut-être plus à l’histoire qu’au montage. En effet, le théâtre filmé ce n’est pas un exercice d’une simplicité toute trouvée. Denzel Washington n’aura pas eu à faire beaucoup d’efforts de réalisation puisque Fences se concentre sur les dialogues des personnages. Il y a peu de plans en-dehors du périmètre de la maison familiale. On pourrait même juste fermer les yeux et se laisser transporter par la puissance du texte, sans se soucier de la réalisation, des images.

Le personnage de Troy Maxson

Fences c’est avant tout l’histoire du chef de famille : Troy Maxson. Tout est centré sur ce personnage, que l’on essaye de comprendre à travers ses échanges avec les siens. Denzel Washington est donc aussi passé derrière la caméra puisqu’il incarne cet homme acariâtre. Troy ne sait pas lire, mais il sait parler, il ne fait que ça, c’est un vrai numéro ! Cory le fils de Troy ne vit que par procuration, il veut percer dans le sport comme son père, mais celui-ci refuse. Troy essaie de briser les rêves de son fils comme pour ne pas souffrir de son propre échec. Denzel Washington campe un personnage égocentrique, figure toute-puissante qui remplit tout l’espace. Le spectateur le détestera et c’est en cela que la partition est parfaite.

L’American dream dans Fences

Fences est long et verbeux, auto-centré sur le personnage de Troy, mais à travers lui, une certaine critique de l’American dream se dessine. Troy le ressasse à longueur de journée, il n’est pas devenu joueur de baseball professionnel, car il est noir. Pour subsister aux besoins de sa famille, il est devenu éboueur. Lorsqu’il pose une question sur la conduite des camions d’ordures, il est convoqué chez son directeur et tout le monde a peur qu’il se fasse renvoyer. Le racisme est cependant, à mon goût, un prétexte. Cet homme se cache derrière les injustices de la vie pour justifier sa profonde méchanceté. Le Pittsburgh des années 50, n’était peut-être pas facile à vivre, mais les conditions économiques ne dictent pas l’amour. Troy n’aime pas son fils Cory, et c’est là tout le drame. D’ailleurs pour fuir l’oppression paternelle, il s’engage dans la Marine. Subtil clin d’œil : si tu ne supportes pas ton père, sert ta mère patrie. Le personnage du frère de Troy, Gabriel, soulève un autre problème, celui du handicap. Alors que celui-ci a servi l’Amérique, il a été gravement blessé. Au départ, il vit dans une maison non loin, mais il finit dans un institut, car on ne sait plus quoi faire de lui…

Fences : voir au delà des barrières

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 2 min
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