Depuis quelques semaines, les affaires judiciaires et les scandales se multiplient pour François Fillon et Marine Le Pen. À quelques semaines seulement de l’élection présidentielle, la campagne peine à débuter. Le temps électoral est comme suspendu pour une période indéterminée. Ces candidats finiront-ils par avoir raison de notre démocratie ?

#FillonGate : retour sur deux mois d’affaires

François Fillon - Ces affaires qui menacent notre démocratie
© Alexis Réau

Tout a commencé le mardi 24 janvier 2017 au soir : le Canard Enchaîné révèle que Pénélope Fillon aurait été rémunérée près de 10 ans comme attachée parlementaire de son mari, puis de son suppléant et par la Revue des deux mondes. Problème, tout porte à croire que ces emplois étaient fictifs car il n’existe aucune trace de ces activités. Le Parquet financier ouvre donc une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel.

Le jeudi 26 janvier 2017, François Fillon s’invite au 20h de TF1 pour défendre sa femme. Il prend également les devants en révélant avoir rémunéré ses deux enfants qui étaient avocats lors de son mandat de sénateur, entre 2005 et 2007. Cette opération de transparence a été un coup de com’ raté car Marie et Charles Fillon n’étaient pas encore diplômés contrairement aux affirmations de leur père. Il prononce également une phrase qui lui vaudra des tours par la suite : Il n’y a qu’une seule chose qui m’empêcherait d’être candidat c’est si mon honneur était atteint, si j’étais mis en examen. J’ai toujours dit que je ne pourrais pas être candidat à la présidence de la République si j’avais pas seulement un soupçon, mais s’il y avait une évidence que j’avais transgressé la loi, ça n’est pas le cas.

Samedi 28 janvier 2017, Mediapart révèle que l’ancien sénateur a perçu une partie des crédits réservés à la rémunération d’assistants lors de son passage au Sénat, entre 2005 et 2007, grâce à un système de commissions occultes. Le lendemain, le Journal Du Dimanche précise que l’ex-sénateur a perçu sept chèques à son nom pour un montant total de l’ordre de 21 000 € correspondant à des reliquats de crédits d’assistants. François Fillon contre-attaque le jour même lors de son premier gros meeting à La Villette, sensé relancer sa campagne. Toujours dans une volonté de transparence, il affirme ne posséder qu’un seul compte, à Sablé-sur-Sarthe. Le candidat commet à nouveau un impair et tend même une perche à ses détracteurs : l’Assemblée nationale exige au moins deux comptes pour les députés.

La semaine suivante, les époux Fillon ont été entendus séparément par les enquêteurs anticorruption et une perquisition est menée dans le bureau du candidat à l’Assemblée nationale. Les premiers éléments de l’enquête mettent à mal leur défense. Et le Canard Enchaîné du mercredi 1er février 2017 n’arrangera rien en révélant que Pénélope Fillon aurait touché au total plus de 830 000 € brut et que les enfants auraient perçus à eux deux pas moins de 84 000 €.

Les jours se suivent et l’enquête se poursuit. Le 16 février 2017, le rapport de police est transmis au Parquet financier et indique que les nombreux éléments déjà recueillis ne permettent pas d’envisager, en l’état, un classement sans suite de la procédure. Le 24 février 2017, le Parquet financier décide donc d’ouvrir une information judiciaire pour détournement de fonds publics, abus de biens sociauxtrafic d’influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute autorité sur la transparence de la vie publique. Trois juges d’instructions sont ensuite désignés pour décider du sort de François Fillon.

Le mercredi 1er mars 2017, la candidat des Républicains annule sa visite au Salon de l’Agriculture au dernier moment et indique dans un communiqué qu’il tiendra une conférence de presse le jour même à 12h. Avec un retard d’une trentaine de minutes, François Fillon apprend aux français qu’il est convoqué auprès des juges d’instruction le 15 mars prochain dans le cadre des soupçons d’emplois fictifs qui pèsent sur son épouse et leurs enfants. Il termine finalement son discours en indiquant clairement qu’il ne se retirera pas et qu’il s’en remettra au peuple par le biais du suffrage universel.

#LePenGate : des affaires qui passent presque inaperçues

Marine Le Pen - Ces affaires qui menacent notre démocratie
Source : Page Facebook de Marine Le Pen
Dépassement des comptes de campagne

En octobre 2016, le parquet de Paris a décidé de renvoyer en correctionnelle le Front national dans le cadre d’une enquête sur le microparti Jeanne où dix personnes physiques ou morales sont poursuivies pour complicité d’escroquerie, recel d’abus de biens sociaux et faux et usages de faux. Dans cette affaire, les magistrats soupçonnent les responsables du microparti, d’avoir mis en place un système frauduleux visant à standardiser la communication de ses candidats et à financer illégalement leurs campagnes. Le tout au détriment de L’État puisque ce dernier remboursait les dépenses de campagne des candidats ayant réalisé au moins 5% des voix.

Inexactitudes dans des déclarations de patrimoine

Jean-Marie et Marine Le Pen sont soupçonnés d’avoir sous-évalué d’environ 60% leurs actifs respectifs, des parts que les deux élus ont en commun dans des propriétés familiales. Jean-Marie Le Pen aurait par ailleurs omis de déclarer des biens mobiliers, notamment des lingots d’or. Les sous-évaluations dépasseraient le million d’euros pour le père et atteindraient plusieurs centaines de milliers d’euros pour la fille.

Emplois fictifs

Accusée d’avoir employé des assistants pour travailler pour le compte du parti, Marine Le Pen avait jusqu’au 31 janvier 2017 pour rembourser les salaires de ses assistants parlementaires. Elle a refusé catégoriquement de rembourser les indemnités indues et fait donc désormais l’objet de recouvrement et de retenues sur salaire. Le mercredi 22 février 2017, Catherine Griset (chef de cabinet de Marine Le Pen) et Thierry Légier (son garde du corps) ont été placés en garde à vue dans le cadre d’une enquête portant sur des soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen. L’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris est devenue une information judiciaire sur des faits d’abus de confiance, escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux et travail dissimulé.

Quelles conséquences pour notre démocratie ?

Marine Le Pen a récemment exprimé son refus de répondre aux convocations de la police ou de la justice jusqu’aux élections législatives de juin. François Fillon a quant à lui indiqué son souhait qu’aucun doute subsiste, qu’il se rendrait à la convocation des juges car il s’estime respectueux des institutions. Après avoir tous deux invoqué le principe de trêve républicaine selon lequel la justice ne devrait pas perturber les campagnes électorales (requête qui ne repose sur aucun fondement juridique), ils ont décidé de s’attaquer directement au système judiciaire français en remettant en cause son indépendance. L’une dénonçant une « instrumentalisation de la justice mise en œuvre pour casser la dynamique du Front National », l’autre considérant être victime d’un « assassinat politique ». Les deux candidats, qui estiment ne pas être traité comme un justiciable comme les autres, semblent oublier qu’ils prétendent aux plus hautes fonctions de l’État.

Si la présidente du Front National a pu, elle, passer outre ces affaires et continuer à faire campagne, c’est grâce à son statut de parlementaire européenne. Ce dernier lui confère effectivement une immunité le temps de son mandat. Plutôt surprenant quand l’on sait le désamour qu’elle éprouve pour l’Europe et surtout lorsque l’on se rappelle des propos qu’elle a tenu en 2014 suite au maintien de l’immunité parlementaire de Serge Dassault (Les Républicains) : « L’immunité parlementaire a été détournée de son sens, elle est là pour protéger les amis et pour tenter de condamner ses adversaires politiques ». Une commission du Parlement européen a ouvert la voie mardi 28 février 2017 à la levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen, demandée dans le cadre d’une enquête sur la diffusion par la présidente du Front national de photos du groupe État islamique sur Twitter. Les eurodéputés de la commission « Affaires juridiques » se sont prononcés en faveur de la levée de cette immunité, réclamée par la justice française. L’ensemble des députés doit se prononcer jeudi 2 mars 2017 sur cette question, mais les votes en commission parlementaire sont généralement suivis en plénière.

Les Français en ont marre. Marre des déboires judiciaires de leurs élus. Marre d’être pris pour des abrutis par leurs dirigeants. Et ce ras-le-bol ne présage rien de bon pour l’avenir de notre pays. Si beaucoup ont espéré que François Fillon renonce à sa candidature lors de sa dernière conférence de presse, celui-ci semble déterminé à tenir jusqu’au bout, à s’accrocher au pouvoir quelles que soient les conséquences sur la vie politique française. Sera-t-il sanctionné pour cela en avril prochain ? Le FN, lui aussi rattrapé par les affaires, semble mieux tirer son épingle du jeu. Réussira-il pour autant à profiter de la faiblesse des Républicains ? Les abstentionnistes seront-ils toujours aussi nombreux ? Seul l’avenir nous le dira.

Fillon, Le Pen : ces affaires qui menacent notre démocratie

par Aude Norguin Temps de lecture : 6 min
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