Ces derniers mois, le sport électronique (ou e-Sport) a le vent en poupe en France. Un vent qui commence à faire du bruit. Il y a deux jours, le 27 Avril, le gouvernement passait un cap en créant l’Association France E-sport. Portrait d’une professionnalisation de plus en plus prégnante du jeu-vidéo.

Du jeu-vidéo à France E-sport 

Le 14 Septembre 2015, la victoire d’un certain David « Lilbow » Moschetto aux World Championship Series de Starcraft II provoque une petite secousse dans le monde de Starcraft (un occidental qui montre à des coréens qui est le patron, c’est assez rare pour être noté). Mais c’était sans compter le gouvernement, qui publiera ce tweet, félicitant officiellement le Français de 20 ans de l’équipe Millenium.

 

Lea consultation numérique pour le Projet de Loi Numérique commence le 26 Septembre, chapeauté par la Secrétaire d’Etat au Numérique, Axelle Lemaire. Le 16 octobre, entre deux trolls velus visant à faire capoter la Loi Renseignement, un utilisateur du nom de SELL (Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisir) arrive sur le terrain et pond une proposition qui récoltera le plus haut nombre de votes et encouragera fortement le Gouvernement à franchir le cap : il faut faire quelque chose à propos de cet e-Sport.

 

L'association France E-sport, ou la professionnalisation reconnue du jeu-vidéoL’e-sport, on en fait quoi ?

L’organisation de compétitions d’e-sport (sport électronique) faisant miroiter des gains (du matériel, de l’argent, etc.) est techniquement illégale en France, car elle peut être liées aux jeux d’argent, une pratique très encadrée. Pas d’inquiétude, vous êtes dans la plus grande légalité si vous vous faites juste une bonne grosse LAN Party pour le fun. Les organisateurs vivent dans la peur qu’une personne se lève et dise « J’en veux pas, c’est illégal », et freinent ainsi les investissements. 

Les joueurs ont un statut fait avec deux bouts de ficelles : ils ne sont pas salariés, ni sportifs, mais il faut déclarer les gains. Ils sont donc en micro-entreprise, et doivent passer en EURL s’ils gagnent trop … Pas très glorieux, niveau de la fiscalité.

La retransmission TV est difficile à gérer : le CSA considère, faute de mieux, la recommandation PEGI du jeu. Pour certains jeux, ça passe, car ils sont tous publics (les simulations sportives comme FIFA, les jeux de cartes comme Hearthstone). Pour les jeux plus violents (Starcraft II, Counter Strike, Call of Duty), qui sont PEGI 16 ou PEGI 18, c’est une condamnation à être relégué en fin de soirée, à côté du petit porno.

Axelle Lemaire dépêchera donc un député (Rudy Salles, UDI, Alpes Maritimes) et un sénateur (Jérôme Durain, PS, Saône-et-Loire) pour créer un rapport à ce propos. 

Le 26 Janvier 2016, le Projet de Loi Numérique est adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale, et moins d’un mois plus tard, le 18 Février, le Gouvernement en remet une couche en faisant le portrait de Kayane, l’une des plus grandes success story de l’e-Sport en France, en plus d’être l’une des rares femmes à peupler le monde très masculin (et souvent macho) du Versus Fighting.

Tout s’enchaîne.
24 Mars : Remise du rapport à Axelle Lemaire.
26 Avril : Début des débats au Sénat concernant le Projet de Loi Numérique… On en est actuellement là au niveau « légal » … Ou pas. Le lendemain, soit le 27 Avril, la France rejoint quelques pays novateurs dans le domaine en créant l’association France e-Sports.

 

France e-Sports, prototype d’une FFeS ?

La Corée du Sud a sa KeSPA (Korea e-SPorts Association) depuis 2000. La Malaisie a fait de même en 2015, créant eSM (e-Sports Malaysia). La France est donc partie pour faire de même, et comporte déjà de quoi en faire une fédération sérieuse, à en voir les membres fondateurs.

Alt Tab Productions : C’est la société de production derrière O’Gaming, acteur majeur dans la retransmission e-Sportive en France, avec des commentateurs de qualitay. Un fait d’armes récent ? Ils ont été choisis par Riot pour gérer les commentaires en français des League of Legends Worlds Championship 2015, dont la phase de poules s’est étalée sur deux semaines à Paris. Ce sont aussi ceux qui se sont chargés de plusieurs événements pros et semi-pros, comme Ironsquid ou Tales of the lane. 

Futurolan : Ils gèrent la Gamers Assembly, un événement loin d’être négligeable en France pour tout amoureux de la manette ou du clavier/souris. 

LDLC Events : La société n’existe pas encore, mais LDLC est connu pour sponsoriser des tournois, et a plusieurs équipes à son nom. 

Lyon e-Sport : Ils s’occupent des événements un peu plus locaux, mais non moins importants pour promouvoir l’e-Sport en France. 

Malorian : Cette société gère la Dreamhack France, qui aura lieu les 14, 15 et 16 mai à Tours, hébergeant une énorme LAN Party et plusieurs tournois majeurs. 

Oxent : Ils sont un peu plus connus en France, car ce sont eux qui posent leurs valises à la Paris Games Week vers la fin Octobre depuis plusieurs années pour l’ESWC. Ils ont aussi commencé sérieusement à s’investir dans le remplissage de salles comme le Zénith de Paris pour voir de grosses équipes s’écharper sur Call of Duty. Cette année, cochez les 6, 7 et 8 mai, et essayez de gratter un billet pour voir ça de vos propres yeux, ou de voir du beau jeu depuis votre canap’ avec une bonne bière. 

Turtle Entertainment France : Ils sont derrière l’ESL, un acteur incontournable en Europe pour l’organisation de tournois à tous les niveaux (que ce soit online pour des amateurs et semi-pros, ou offline pour les meilleurs). Incontournables, du genre à remplir des stades entiers, l’exemple le plus flagrant étant les IEM Katowice.

SELL & SNJV : Le Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs et le Syndicat National du Jeu Vidéo visent à promouvoir la pratique du jeu vidéo (compétitive ou non) auprès du public et des pouvoirs publics. 

Webedia : Même s’il est connu pour ses stratégies commerciales douteuses, il reste malgré tout un poids lourd sur le Web vidéoludique français (Jeuxvideo.com, IGN, Millenium). Millenium fait d’ailleurs office de structure vénérable dans le milieu : Elle existe depuis 2008, rachetée par Webedia fin 2014, et a hébergé des poids lourds, comme Ilyes « Stephano » Satouri, qui fait partie des joueurs les plus populaires et récompensés de Starcraft II.

Pour aller un peu plus loin…

Votre curiosité a été piquée ? Vous pouvez regarder le dernier opus du JDJV de Canal+, qui a invité les animateurs de l’E-Football League, une sorte de L1 virtuelle retransmise par L’Equipe 21 les vendredis en prime time, et Olivier Morin pour causer e-Sports.

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par François-Xavier Cornillet Temps de lecture : 4 min
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