« Je m’empresse de rire de tout, de peur de me mettre à pleurer. » Patrick Rambaud s’approprie à sa guise le mojo de Beaumarchais en publiant François Le Petit, satire impitoyable et jubilatoire du pouvoir et des jeux politiques. De la Marquise de Pompatweet au père Philippot en passant par François-le-Flambeur et Nicolas-le-Ténor, il tisse un portrait minutieux des premières années du quinquennat Hollande dans un style ampoulé du XIXème siècle qui prend à tous les coups. (Grasset)

François le Petit  Le conte jubilatoire de RambaudFrançois le Petit, Chronique d’un règne

Chroniqueur acharné de Nicolas Ier durant cinq longues et épuisantes années de bling et de tics d’épaule, Patrick Rambaud semblait avoir raccroché son œil acéré et sa plume incisive après cinq romans désopilants fustigeant les aventures du royaume.

Le cirque offert par la cour politique, les mœurs et les rivaux de François IV, alias François Le Petit, l’a décidé à reprendre du service. Satire hilarante mais très juste de la politique française et de ses conséquences, François le Petit appuie là où ça fait mal et remet sur la table un paquet d’affaires qu’on s’était jurés de ne jamais oublier.

Patrick Rambaud reprend donc « Notre Majesté Toute Neuve » là où il l’avait laissée : sur le parvis de l’Elysée, à tordre de faux sourires à Nicolas-le-Fumeux. « Notre Courte Majesté » s’est enlisée à force de « ne savoir point parler aux gens de leurs problèmes, qu’en fonctionnaire il n’avait jamais sentis », de laisser le duc Valls « raviver le grand thème du régime précédent, celui de l’immigration », notamment en en s’attaquant aux « Romanichels, dont personne ne voulait, même chez eux en Roumanie ».

Du « gros mensonge de M. Cahuzac », aux « exigences du Maharadjah Mittal », en passant par le statut polémique puis la « répudiation de la marquise de Pompatweet », les intrigues de « l’Abbé Buisson » ou le retour organisé de « Nicolas-Le-Caïd » alors que « le parti impérial se déchire », l’Académicien n’épargne personne dans ce pastiche brillant, tapant aussi bien sur une gauche affligeante que sur une droite navrante.


Rambaud, ou l’art jubilatoire du pastiche

« Nicolas Sarkozy était romanesque à souhait, contourné, faux, kärcherisé, entretenant une cour volatile et dorée. Avec sa montre en plastique et ses costumes bleu trempés, François le Petit est théâtral : en son palais de confettis, avec son casque à visière, au côté de ses femmes. »

Rambaud triomphe par son art sans égal de portraits truculents, toujours très fins, toujours très drôles, jusqu’aux noms et titres dont il affuble avec brio ses personnages, bien qu’aidé par un royaume de buzz permanent,

Conteur hors-pair d’un François aux multiples facettes, Nicolas Ier demeure un de ses personnages favoris, petit diablotin politique toujours en coulisses. Nicolas-le-Mauvais, le Prodigue, le Pisse-Vinaigre, le Réprouvé, le Démoli, l’Ulcéré, l’Assoiffé, le Piaffant ou encore le Surineur est toujours là, tapi dans les pages pourtant dédiées à son successeur, lui non plus pas en reste de petits noms : François-le-Débonnaire, François-l’Anguille ou François-le-Dormeur. « Je lui ai laissé sa chance, j’ai laissé passer deux ans et puis je me suis non, il est trop nul, recommençons cet exercice fâcheux », confie Rambaud.

« Le Prince, note-t-il encore, avait observé que lorsqu’un événement s’évanouissait dans les gazettes, il disparaissait. Les publicistes étaient avides de nouveautés, et une mode pouvait avantageusement remplacer une guerre, ou vice-versa. » 

L’Académicien a l’art de ressusciter ce qu’on avait cru important, avant de l’oublier, pour le connecter au reste. Ce concentré de scandales trop éphémères s’achève sur l’apparition, en janvier 2015, de « crétins islamistes masqués » où l’humour, cette fois-ci, n’est plus de mise : seule l’analyse rigoureuse demeure quand le ridicule laisse place à la gravité.

En bref : un roman jouissif, cathartique, brillant de génie et de références ; souvent juste, parfois cruel, toujours drôle.

 Découvrez ci-dessous
un extrait de François le Petit de Patrick Rambaud

François le Petit : Le conte jubilatoire de Rambaud

par Lolita Savaroc Temps de lecture : 3 min
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