“Hors de question” de Georgia Caldera vient après “Hors de portée”. Elle développe ici le personnage d’Axel, hackeur au service d’Aidan, et Sonia amie de Scarlett que l’on avait découvert dans l’opus précédent. Bien que cette histoire d’amour ne soit en rien une suite du premier opus, on y retrouve les mêmes codes : « une romance liée à l’intrigue, complexe et poignante, ainsi que des personnages souvent torturés à la psychologie très fouillée ».

Georgia Caldera fait naître l’amour de l’adversité

Dans “Hors de question”, on entre dans la vie de Sonia par une soirée entre copines, somme toute assez banale, mais on comprend vite qu’il y a plus d’ombre qu’il n’y paraît. Georgia Caldera nous aiguille dès la 16e page : « Les apparences étaient essentielles. Son souci majeur ». Sonia n’est donc pas qu’une magnifique blonde, portraitisé sur le modèle d’Amanda Seyfried. Comme le premier chapitre est consacré à Sonia, c’est en toute logique que le deuxième parle d’Axel. L’auteur mêle toutefois habilement l’histoire de ses deux personnages. Avec cette phrase p22 « C’était peut-être fatiguant, mais il s’acharnait, jour après jour, à faire semblant », on se dit que les deux sont faits pour s’entendre. La cohabitation n’est pas aussi simple ! Au fur et à mesure des pages, nous est dévoilé l’histoire tragique de ce jeune homme qui vivait dans sa voiture avant que Sonia n’arrive. On apprécie particulièrement les moments qu’il passe avec ses trois sœurs, de vraies bouffées d’oxygène pour cet homme très asocial.

À l’image de son conte de fée préféré, la Belle et la Bête, Georgia Caldera, dépeint deux entités qui vont au delà des apparences. Elle mentionne d’ailleurs ce paradoxe, p118 : « La Bête avait osé poser ses répugnantes pattes sur la Belle, un affront de taille. Mais enfin, et quand bien même la dégoûtait-il à ce point, était-ce une raison pour réagir aussi vivement ? Hors de question. ». Sonia a d’abord besoin d’Axel non pas romantiquement mais comme une protection. Je tairais le mal qui la ronge, mais toute la subtilité de l’histoire réside dans l’abattement des frontières : « Je mets du cœur à l’ouvrage, faire semblant d’être une autre personne est devenue une de mes priorités. Je mens, Axel. Presque continuellement. Parce que je ne sais pas être moi-même et que je suis trop lâche pour affronter la vérité en face. ». La Belle s’ouvre et on assiste, pas à pas, à l’éclosion de l’amour : « Il était peut-être le seul, mais lui savait qui elle était. Il savait tout ». Si l’on sent que l’amour peut tout surmonter à travers cette histoire, il est quand même bien malmené et la fin du tome laisse songeur…

Mais Hors de question de tomber dans le cliché

Georgia Caldera livre, avec ce premier tome de l’histoire entre Sonia et Axel, une romance loin du cliché de la passion à l’eau de rose. Si, soyons honnête, la première rencontre au Starbucks est un peu clichée, mais c’est quand même bien plus compliqué que ça. Sonia entre dans la boutique et Axel est « à court d’air ». Le pouvoir du regard est très bien décrit : « Elle le dévisageait comme lui l’avait fait et c’était à peu près aussi étrange et douloureux que… merveilleux. Quelque chose tout au fond de lui, une barrière ancienne, érigée des années plus tôt et sans cesse renforcé au film du temps, céda dans un grand fracas. ». L’alliance des termes étrange, douloureux, et merveilleux exprime très bien l’enjeu de la relation. Après l’avoir vu au Starbucks, la deuxième rencontre a lieu dans les locaux de la compagnie où travaille Axel… dans les toilettes. La troisième ? La nuit alors que Sonia surprend Axel qui dort dans sa voiture. Vous en conviendrez, ça ne sent pas l’amour ! Après la rencontre, je vous laisse découvrir le premier baiser. On est loin du romantisme écœurant…

Quand on est amoureux, il y a un cliché qui persiste souvent, c’est celui des papillons dans le ventre. Georgia Caldera les mentionne souvent dans “Hors de question” et elle en parle avec une certaine justesse. Premièrement, ce n’est pas la demoiselle énamourée qui a des papillons dans le ventre, mais plutôt le jeune homme paumé. Ces papillons peuvent être joyeux : « La sentir sous ses doigts, éprouver ce singulier picotement dans toute sa main, se propageant progressivement à son bras, conjugué au bordel des papillons qui se démenaient soudain dans son ventre, fut absolument…merveilleux. » Mais ils peuvent être associés à des moments douloureux comme à la fin du roman, p462 : « Plus de papillons. Que leurs cadavres. Secs comme de minuscules morceaux de charbon. Des cendres dans le vent, virevoltant sur une terre grise et aride, morte. ». Comme un pied de nez à leur histoire dans ce premier tome.

Georgia Caldera dit Hors de question

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 4 min
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