Lion d’or à la Mostra de Venise 2017, The Shape of Water est définitivement un film à voir. Le dernier Guillermo del Toro raconte l’histoire d’Elisa, femme de ménage muette, dans un laboratoire gouvernementale ultra secret, jusqu’à ce qu’une découverte change sa vie à jamais. Le réalisateur rend hommage : aux minorités, au monde du cinéma et à l’amour !

Le magicien Guillermo del Toro

The Shape of Water débute sous l’eau pour évoluer en une implacable immersion, entraînant le public dans les années 60. Il replonge dans les profondeurs pour finir dans une boucle parfaite. La réalisation du Mexicain se passe de commentaire tellement le spectacle nous éblouit. Le spectateur français ne pourra d’ailleurs pas s’empêcher de penser à Amélie Poulain devant cet objet cinématographique d’un autre âge. The Shape of Water explore entre autres le genre du film de monstres avec sa créature amphibie. Selon le producteur J. Miles Dale, Guillermo del Toro, imagine des créatures qui n’ont pas été corrompues par l’homme et représentent en quelque sorte une version idéalisée de l’humanité. Pour jouer ce personnage, Guillermo del Toro, n’a envisagé que Doug Jones, acteur avec lequel il a déjà travaillé. Si l’amie amphibie est aussi réussie, c’est que le réalisateur a tout fait pour. Il confie : « Je voulais que la créature ait l’air vraie, mais il fallait aussi qu’elle soit belle, ce qui était plus facile à dire qu’à faire. J’étais conscient que cela prendrait du temps, c’est pourquoi je ne l’ai même pas inscrit au budget du film. C’est véritablement la créature dont la création m’a donné le plus de fil à retordre ». Effet garanti, la bête est digne des Na’vi !

Shape of love

The Shape of Water est avant tout une véritable histoire d’amour. Pour Guillermo del Toro, l’association entre eau et amour est toute naturelle : « L’eau prend la forme de son contenant, mais malgré son apparente inertie, il s’agit de la force la plus puissante et la plus malléable de l’univers. N’est-ce pas également le cas de l’amour ? Car quelle que soit la forme que prend l’objet de notre flamme – homme, femme ou créature –, l’amour s’y adapte ». Elisa va donc tomber amoureuse de la créature enfermée dans le laboratoire où elle travaille. Le réalisateur explique : « Je voulais raconter une très belle histoire sur le thème de l’espoir et de la rédemption, un antidote au cynisme de notre époque. Je souhaitais qu’elle prenne la forme d’un conte de fées ». Bien que selon le cinéaste « l’amour est un sentiment si puissant qu’il se passe de mots », il fait tout de même communiquer ses personnages à leur façon. Aussi curieusement que ça puisse paraître, hein Octavia Spencer, ils vont même avoir des relations intimes comme toute à chacun. Cette dimension charnelle est voulue par le cinéaste, car elle confère au film un certain réalisme pour compenser sa nature féérique et se rapprocher d’une réalité familière aux adultes. Guillermo del Toro avec The Shape of Water raconte une romance pure, sans artifices, aussi belle que celle de Jack et Rose. Au-delà de cette relation principale, chacun des personnages du film, représente une forme d’amour : « à l’autre extrémité du spectre, il y a l’amour violent de Strickland, mais aussi Giles, le voisin, qui est en quête d’un amour considéré comme inapproprié à cette époque, et Zelda, la meilleure amie d’Elisa, qui est amoureuse d’un homme qui ne la mérite pas ».

Donner de la voix aux minorités

The Shape of Water est un hommage aux êtres différents. En interprétant avec maestria Elisa, Sally Hawkins, fait de cette personne muette quelqu’un qui soudainement élève le ton. Elle va donc connaître l’amour, et même faire face à l’horrible Strickland. On vous laisse découvrir la scène qu’Octavia Spencer ne voudra pas traduire, c’est assez cocasse. Le réalisateur mexicain insère ainsi, çà et là, des petites touches d’humour pour mieux faire passer le message. Guillermo del Toro a pensé qu’il serait intéressant de juxtaposer cette histoire amour avec la banalité destructrice de la haine entre les nations, comme durant la guerre froide, et de la haine entre les êtres causée par les différences – d’origines, de couleur de peau, d’aptitudes ou de sexe. Une scène de bar montre, en effet, qu’en 1962, il ne fait pas bon d’être gay, même si nous on est profondément attaché au personnage de Giles. Avec sa galerie de personnages à part, The Shape of Water de Guillermo del Toro, est un vibrant hymne à la tolérance et à la liberté d’aimer, un réel baume de douceur.

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Guillermo del Toro vise en plein cœur avec The Shape of Water

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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