L’Hôtel des deux mondes est loin d’être un hôtel comme les autres. Le seul point commun avec un hôtel terrestre étant le fait que les « clients » ne sont pas voués à y rester. Mais pour aller où ? Un chemin à découvrir actuellement au Théâtre Rive Gauche.

Hôtel des 2 mondes : paradis ou enfer ?
@Théâtre Rive Gauche

Où est l’Hôtel des deux mondes ?

Une autre question que l’on est en droit de se poser est : où est donc passé Éric-Emmanuel Schmitt ? L’écrivain n’est plus tellement présent dans les médias et n’était pas non plus au dernier salon du livre de Paris. Ses plus fidèles lecteurs sauront où : au Théâtre Rive Gauche. Il le dirige – avec Bruno Metzler – depuis 2012. L’auteur – mais aussi dramaturge – peut ainsi y faire jouer ses pièces. Une des dernières en date est Hôtel des deux Mondes. Si vous vous demandez où cela se trouve, sachez que Julien Portal (Davy Sardou) se posait exactement la même question à son arrivée dans cet étrange hôtel. Il ne se souvient pas exactement des circonstances, mais s’est retrouvé projeté là par un ascenseur. À ses côtés, deux personnes tout de blancs vêtues et muettes lui sourient. Les réponses lui viendront lors de sa rencontre avec d’autres « pensionnaires ». Marie, ancienne femme de ménage, le Mage ou encore le « Président » exposent les raisons de leur arrivée dans ce lieu. S’ils font partie des « accidentés », Julien est quant à lui logé dans la partie des « volontaires », autrement dit des suicidés. Alors, vous avez deviné où l’on est ?

Hôtel des 2 mondes : paradis ou enfer ?
@Fabienne Rappeneau

Une comédie philosophique

L’hôtel est comme une prison, en apparence : impossible d’en partir si l’on n’a pas été appelé. C’est aussi comme un hôpital, où les « clients » – malgré la présence du Docteur S – se soignent entre eux. À parler, « papoter » comme dirait le mage, ils apprennent à se découvrir et à se comprendre. La pièce perd sans doute en dynamisme quand s’installe une histoire d’amour tandis que le mage n’en finit pas de provoquer chez nous de l’empathie. Finalement, ce sont les anges qui nous indiquent très rapidement où nous sommes : entre le paradis et l’enfer – qui ne sont que très rarement nommés comme tel. Pour le comédien Davy Sardou, ils sont les maîtres d’hôtel au service des clients, supervisé par le Docteur S, et « garants de tout ce qui est mystique ». Cette pièce de théâtre reprend des thèmes chers à Éric-Emmanuel Schmitt : l’amour, la Providence, la maladie… Ce qui se joue, c’est un match entre la vie (les regrets que l’on peut éprouver, les rêves, les épreuves passées) et la mort (la peur de s’en aller, le questionnement sur ce que l’on va perdre…). Pour Davy Sardou, la qualification de comédie philosophique correspond bien à la pièce : « même si la fin est laissée à l’interprétation des spectateurs, ce n’est pas un drame ». Tous les sujets et les questionnements des personnages sont sérieux, ce qui l’est moins, c’est la forme. Pendant deux heures, le comique imprègne la salle. Le rire est notamment apporté par les personnages secondaires, les clients de l’hôtel : cette femme de ménage qui se rêve philosophe, ce mage qui se prend aussi pour un confesseur et ce Président qui ne s’attache qu’à sa personne.

Hôtel des 2 mondes : paradis ou enfer ?
@Fabienne Rappeneau

Place au talent

Les acteurs ont beau jouer la pièce depuis le 19 janvier, en bons professionnels, ils insufflent toujours le même dynamisme chaque soir. La preuve lorsqu’un téléphone sonne dans la salle et que Julien se prend à dire, faisant fi de son texte : « C’est Dieu qui appelle ». Cet hôtel serait-il justement un paradis ? Pas tellement, puisque Julien est sur le point de se voir séparé d’un être cher. Et puis, la vie continue. L’ascenseur finit par rappeler les gens, qui montent ou qui redescendent… Mais la pièce reste incroyablement centrée sur l’humain, malgré l’atmosphère céleste qui envahit la salle. Pour l’interprète de Julien, ce personnage « part de rien et arrive à se découvrir dans cet hôtel. C’est un homme désabusé, qui n’a jamais cru en rien, en l’amour. Les personnages qu’il va rencontrer vont le changer profondément. Il arrive avec des certitudes d’homme désabusé et il repart avec de l’espoir »Si l’aspect philosophique de la pièce vous effraie, sachez que Davy Sardou nous a confié ne pas être passionné de philosophie et qu’il pense que la pièce – comme toutes celles d’Éric-Emmanuel Schmitt – n’est pas faite pour donner une leçon et qu’elle reste accessible. Alors, réserverez-vous votre place à l’hôtel des deux mondes ?

Théâtre Rive Gauche

6, rue de la Gaîté, 75014 Paris

Du mardi au samedi à 21h

De 27 à 45€

Hôtel des deux mondes : paradis ou enfer ?

par Armandine Castillon Temps de lecture : 3 min
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