L’immigration étudiante est en France le principal instrument qui contribue à son rayonnement international. Mais alors que la proportion d’étudiants étrangers venus y étudier a pulvérisé son record en 2013-2014 en atteignant les 295 084 étudiants entrants, leurs homologues français sont de plus en plus nombreux à quitter le pays pour leurs études, enregistrant entre 2008 et 2012, une hausse de 36,3% de départs. Entre un phénomène d’attraction international fulgurant et une fuite des cerveaux nationaux, où en sommes nous ?

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Etudiants étrangers : le rayonnement de la France

En 2012, la France est classée quatrième pays d’accueil des étudiants étrangers dans le monde derrière les Etats-Unis, l’Australie et la Grande-Bretagne, soit le premier pays d’accueil non anglophone des étudiants internationaux devant l’Allemagne. Selon l’enquête de l’Observatoire de la Vie Etudiante (OVE), les étudiants choisissent la France en raison de leur rapport à la langue française : 4 étudiants sur 5 appartiennent à l’espace francophone, le reste l’ayant appris comme langue étrangère.

La gratuité des études est également mise en avant : si l’admission à certaines écoles reste payante, la majorité des adhésions aux écoles et universités françaises est gratuite ; près des ¾ des étudiants sont d’ailleurs inscrits à l’université, dont les 50% sont au niveau master ou doctorants. Toutefois, la gratuité n’est pas un facteur déterminant, car nombreux sont ceux que les frais de scolarité n’effraient pas : on retrouve 14% d’entre eux en écoles d’ingénieur ou de commerce. C’est en effet par 72% des étudiants qu’est invoquée la qualité de la formation comme facteur principal de décision, mais aussi 44% pour le goût de l’expérience étrangère, et 32% pour faire de la recherche. La même étude relevait que, pour la majorité d’entre eux, un premier diplôme avait déjà été obtenu. Ce ne sont que ¼ des étudiants étrangers qui débutent leurs études en France.

Les statistiques montrent des ressortissants européens bien moins motivés que leurs voisins à l’idée d’étudier en France : les pays qui lui sont frontaliers, tels que l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Royaume Uni et la Belgique, enregistrent des scores de moins de 5%, ce à quoi il faut ajouter moins de 2% de Roumains et de Portugais. Hors de l’Union Européenne, en revanche, l’attraction pour la France se fait davantage ressentir : les étudiants marocains sont majoritaires et représentent 11,3% de la totalité de notre immigration étudiante, suivie de près par la Chine (10.3%), l’Algérie (8.3%). Viennent ensuite d’autres pays tels que la Tunisie, le Sénégal, le Cameroun, le Vietnam, la Russie, le Liban, le Brésil, les Etats Unis, la Côte d’Ivoire, le Gabon, Madagascar, la Guinée, la Colombie, le Congo et la Turquie, dont les scores ne dépassent pas 6%.

Il est fondamental pour la France de préserver et d’améliorer cette attraction autour de son système éducatif. S’il est évident que l’acceptation d’un étudiant étranger dépend de son niveau d’étude, niveau de langue (à moins d’une filière dispensée en anglais), de l’établissement choisi, les gouvernements œuvrent pour une simplification des démarches administratives.

En 2005, la France met en place un programme dit procédure CEF (Centres pour les Etudes en France) permettant de bénéficier d’un appui et de conseils sur les démarches et demandes de visa puis le suivi du dossier électronique. Depuis 2009, l’étudiant étranger est en droit de demander un visa de long séjour valant titre de séjour (VLS/TS) pour une durée d’un an. La France s’efforce également de multiplier les formes de coopérations internationales pour permettre la facilitation de la mobilité internationale des étudiants, la possibilité pour leur famille de les accompagner et l’autorisation de travailler à titre accessoire pendant leurs études.

Ce mouvement de simplification se retrouve à l’échelle communautaire : dès 1987, le programme d’échange Erasmus est créé, permettant aux étudiants européens d’effectuer une partie de leurs études dans un autre établissement européen. C’est le 20 janvier 2004 qu’entre en vigueur un nouveau programme, plus ambitieux : la création d’Erasmus Mundus, élargissant son programme à l’international. Evidemment, l’objectif est d’accroître la visibilité et la qualité de l’enseignement supérieur européen.

Cette volonté de visibilité sur la scène internationale est une véritable source d’innovation : Jean Tirole, Prix Nobel d’économie 2014, fonde en 2007 la Toulouse School of Economics (TSE). L’établissement est une fondation de droit privé regroupant l’Université Toulouse 1 Capitole, mais aussi l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), le Centre national de recherche scientifique (CNRS) ainsi que l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Le but est simple : profiter du système académique français pour forger une institution nouvelle qui ferait intervenir les meilleurs enseignants-chercheurs de Yale, Harvard, Oxford ou Princeton et sélectionnerait dans le monde entier les étudiants les plus doués. TSE compte aujourd’hui 50% d’étudiants et 30% de professeurs étrangers.

Le mythe de la fuite des cerveaux 

L’impact de ces étudiants sur l’économie nationale est perçu au sein de l’Union Européenne comme positif : ils contribuent, de manière plus ou moins importante, aux recettes de l’Etat. Une analyse de l’OCDE montrait que la différence de l’apport éco-global immédiat des étudiants ou proches durant leurs études, qui représentent 4.654 milliards par an, et les aides directes et indirectes (3 000 milliards par an) équivalaient à un apport net annuel près des 1.7 milliards d’euros.

Les étudiants peuvent d’ailleurs, postérieurement à leurs études, participer au marché du travail et à l’économie. Pour autant, tous ne souhaitent pas s’installer définitivement en France. Les réponses varient selon plusieurs facteurs. En s’appuyant sur les régions d’origine, on remarque que souhaitent retourner au pays 45% des étudiants originaires d’Asie, 39% des Américains, et 34% des étudiants du Moyen Orient et de l’Union Européenne. Mais si le critère géographique est assez révélateur, les boursiers, notamment ceux qui participent au programme Erasmus, sont deux fois plus nombreux à vouloir retourner au pays après l’obtention d’un diplôme. Les projets de l’étudiant sont également significatifs : les étudiants en droit ou sciences économiques souhaitent davantage rentrer au pays que les étudiants en sciences et en techniques, tandis que les 36% d’indécis font majoritairement des études de lettres, d’art ou de langues.

Une fois leurs études terminées, les diplômés peuvent demander une autorisation de travail ou de séjour à d’autres fins en fonction des dispositions locales ou encore exercer une activité indépendante. Des restrictions peuvent exister selon le type d’emploi auquel ils ont accès : limites aux emplois ayant trait au cursus suivi, être soumis aux exigence du salaire minimum. Mais quant à la possibilité de trouver un travail après les études, les étudiants sont majoritairement hésitants. 54% d’entre eux pensent que ce sera plus ou moins aisé, dont 36% dans leur pays d’origine contre 22% en France. Ici encore, les réponses évoluent en fonction du projet initial que l’étudiant s’est fixé et la filière dans laquelle il est entré.

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Si l’ immigration étudiante reste prépondérante en France, la migration des étudiants français vers les pays étrangers est massive. En 2011, l’OCDE, relevait 78 000 départs d’étudiants français vers l’étranger. L’année scolaire 2008-2009 fit gagner à la France la première place, devant l’Allemagne, du palmarès européen de la mobilité étudiante via le programme Erasmus, véritable accélérateur de mobilité intra-européenne. Car contrairement à ce qu’on peut observer chez les étudiants étrangers en France, les étudiants français ont davantage tendance à s’orienter vers les pays européens. En 2009, plus de 22% se sont dirigés vers l’Espagne, 19% vers le Royaume Uni et 12% vers l’Allemagne derrière l’Italie et la Suède qui se placent ex-aequo. En effet, faute de place dans les universités américaines, les Français ont depuis peu pris l’habitude de se tourner vers la Scandinavie, où les cours sont majoritairement dispensés en anglais.

Cette mobilité étudiante sortante, bien que quatre fois inférieure à la mobilité entrante, est de très bon augure pour la France en ce qu’elle est principale actrice du rayonnement français. Pour autant, ces expatriés reviennent de moins en moins. Selon un sondage Opinionway, la plupart des jeunes de 18 à 34 ans envisageraient leur avenir à l’étranger et 47% de ceux déjà partis sont indécis sur leur retour. Tandis que l’ex-UMP criait au loup sur la fuite « extrêmement grave et potentiellement irréversible » des cerveaux, un rapport de l’OCDE affirmait que l’augmentation de l’expatriation n’était pas exceptionnelle et ne reflétait qu’une insertion dans la mondialisation. Toujours selon ce rapport, même si le chiffre augmente d’année en année, la France compte peu de diplômés qui s’installent à l’étranger contrairement aux autres pays de l’OCDE.

Les études à l’étranger deviennent l’un des canaux migratoires à travers le monde. La mobilité étudiante représente un flux potentiel de travailleurs qualifiés, pendant leurs études ou sous forme de recrutement ultérieur. La théorie du Brain Drain n’est donc pas adaptée pour expliquer le phénomène de non-retour des étudiants, aussi bien français qu’étrangers, dans la mesure ou cet exode n’est pas toujours en adéquation avec le marché du travail du pays d’accueil. Au-delà d’une désertion du pays d’origine, une explication possible serait davantage l’avènement d’une génération nomade, fruit de la mondialisation.

Mary Lambard

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par contributeurs Temps de lecture : 7 min
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