Entre les futures réformes du concours de l’internat qui vont abolir les épreuves classantes nationales (ECN) et l’inégalité de sa préparation au sein des facultés, l’internat n’en finit plus d’épuiser nos futurs médecins.

J’ai vécu trois ans en collocation avec ma sœur. Elle est en sixième année de médecine. Ça a été parfois (très) compliqué. J’ai partagé avec elle les premières gardes, les premières impressions face à la mort d’un patient. J’ai feuilleté les pavés qu’elle doit avaler en quelques semaines, vu la pression s’accumuler sur plusieurs années, reçu des snaps de son urticaire provoqué par le stress… J’ai assisté à une petite partie du quotidien d’une étudiante en médecine : cette année, ce sont les ECN.

Un concours de l’internat aux préparations inégales

Cette année, c’est le concours de l’internat pour ma sœur. Tous les programmes de la quatrième et de la cinquième année sont à revoir. Ceux de la sixième sont à apprendre. Certains étudiants redoublent cette année décisive pour être mieux classés, pour avoir la spécialité qui leur convient et choisir la ville où ils souhaitent finir leurs études. Ma sœur, elle, attend son classement au concours blanc national. Il se déroule en janvier. Si elle est mal classée, elle tentera sa chance l’année prochaine. Si elle est bien classée, la voilà définitivement repartie pour six mois de révisions intenses, auxquels s’ajouteront les traditionnels stages, gardes et confs. Les confs sont organisées par sa faculté le mardi soir et/ou le samedi matin. Ce sont des séances de cas cliniques, des entrainements, des approfondissements et des corrections aux épreuves des ECN. Le problème avec les ECN, cet examen devenu national depuis 2004, c’est que la préparation par les facultés à ce concours est inégale. L’organisation entre les cours et les stages, le temps de révision, l’aide apportée par les facs ne sont pas les mêmes.

ECN internat
Depuis 2016, les épreuves sont informatisées, on parle d’ECNi.

Certaines facultés, Lille par exemple, préparent leurs étudiants en organisant chaque semaine un contrôle continue. À l’inverse à Brest, « les étudiants n’ont pas été interrogés sur tous les modules », me rapporte la sœur d’un interne, ancien étudiant à Brest. Il existe également une unique fac privée à Lille dont la préparation serait favorisée par un meilleur encadrement et de meilleurs stages en clinique.

Vers la fin de ce concours ?

Comme par hasard et pour bien miner le moral de ces externes fatigués, une réforme de l’internat a été annoncée par le président de la conférence des doyens de médecine en octobre dernier. Plus de concours national, plus de concours tout court. Une professionnalisation plus rapide est prévue. Les précisions concernant son effectivité et le contenu de ces réformes n’ont cependant pas été dévoilées. De quoi paniquer les externes en quatrième et cinquième année et déprimer les externes en sixième année. La réforme est bien sûr la bienvenue. Elle arrive cependant trop tard pour tous les étudiants, comme ma sœur, qui passeront l’un des derniers ECN… Les étudiants en médecine ont fait part de leur soulagement pour certains et de leur frustration pour d’autres sur Twitter, comme l’illustre le Quotidien du médecin.

ECN
La fin d’un cauchemar pour les prochains externes en médecine.

Emmanuelle Jolivet

Internat de médecine : la fin d’un concours inégal ?

par contributeurs Temps de lecture : 2 min
0