Il s’agit d’une première en France. Le Grand Palais présente la toute première rétrospective consacrée au photographe américain Irving Penn, à l’occasion du centenaire de sa naissance, du 21 septembre 2017 au 29 janvier 2018. Cette exposition retrace les grandes périodes de son art, de ses premiers portraits pour le magazine Vogue à ses natures mortes photographiques. L’occasion de s’immerger dans l’œuvre  complète de l’un des plus grands photographes du XXème siècle ! 

Un portraitiste innovant 

Connu avant tout pour son travail dans le domaine de la mode, la carrière d’Irving Penn ne se résume pas uniquement à ce pan. De même, réduire le travail d’Irving Penn uniquement à un travail de photographe portraitiste, ce serait alors réduire l’impact qu’a eu Irving Penn sur la photographie contemporaine. L’exposition du Grand Palais est composée majoritairement de portraits. Mais il est intéressant de voir à quel point Penn a renouvelé l’art du portrait, dans ses objectifs, mais également dans les techniques utilisées. 

L’exposition commence ainsi par une première partie, intitulée « Portraits existentiels ». Elle expose certains des portraits photographiés par Penn entre les années 1947 et 1948. Cette étude de portraits revêt déjà un aspect innovant, puisque Penn décide de placer ses modèles, des célébrités alors qu’il n’est encore qu’un illustre inconnu, dans un décor brut fermant la perspective. Il prétend alors saisir l’essence de chaque personnalité photographiée. De même, d’autres portraits sont mis en scène non pas entre deux panneaux fermant la perspective mais simplement avec un décor composé d’un vieux tapis posé sur des caisses. Ce seront ces portraits dépouillés et austères qui feront sa renommée. 

Truman Capote, photographié par Irving Penn en 1948.

La confirmation pour Irving Penn : la photographie de mode

L’originalité d’Irving Penn se découvre un peu plus durant la deuxième période artistique de sa carrière de photographe. Une fois reconnu en tant que photographe de talent grâce au directeur artistique de Vogue, Alexander Liberman, Penn s’attaque doucement à la photographie de mode. Perturbé par le monde fiévreux des photographes de mode aux États-Unis, Penn  pose la question selon laquelle il fera de la photographie de mode uniquement en studio, à la lumière naturelle si possible. Cela donne des photos de mode d’une délicatesse rare, où le vêtement est flatté. Dans ces photos, on découvre à Penn des talents de couturiers dans la mise en forme et le porté du vêtement. Ce talent sera notamment mis en avant par sa rencontre avec Lisa Fonssagrives, modèle très connu de l’époque, qu’il épousera quelques années plus tard. 

Lisa Fonssagrives en robe Rochas, photographiée par Irving Penn

Cuzco et Petits métiers : la photographie dans un mode anthropologique

Irving Penn ne se restreint pas uniquement à la photographie de mode. En novembre 1948, Vogue fait la demande à Penn d’une première série de photographies de mode en extérieur, qui se déroulera à Cuzco, au Pérou. Durant ce voyage, après avoir terminé de prendre les clichés de mode, il décidera de photographier des centaines d’habitants de Cuzco, ainsi que des villages voisins.  Avec leurs parures,  la photographie de Penn se place quasiment dans un mode anthropologie, tant il retranscrit l’importance de l’apparence de chacun de ces habitants. 

Il en est de même dans la série Petits métiers, constituée entre 1950 et 1951. Durant la période où Penn photographie les collections parisiennes pour le magazine Vogue, il commence alors dans le même temps une série sur les petits métiers, qu’il continuera à Londres et à New-York. Il photographie chacun des artisans avec leurs outils. En soi, il s’agit presque d’une anthropologie de ces petits métiers.

Le monde dans un studio: l’Afrique et l’Asie Pacifique dans l’œil d’Irving Penn

Le magazine Vogue décide d’envoyer Irving Penn en Afrique après avoir vu les clichés pris par le photographe lors de la Deuxième Guerre Mondiale, durant deux voyages, en Italie puis en Inde. Durant ce voyage en Afrique, Penn prend sa tente comme studio. Pour lui, ce studio représente « une zone neutre ». Il installe en effet son studio dans un pays qui n’est pas le sien, et cette tente représente également un lieu qui n’appartient pas aux sujets photographiés. De ce fait, le studio était alors un lieu de rencontre entre deux mondes radicalement différents. 

Filles du Dahomey (ancien Bénin)

Les natures mortes tardives

De 1975 à 2007, Irving Penn réalise d’importantes séries. Il s’agit de natures mortes. On voit sur ces photos de vieux objets, telles de vieilles bouteilles ou encore des déchets, des pièces métalliques. Irving Penn les agence alors de telle manière qu’il crée un état de méditation chez l’observateur. Chaque objet raconte alors une histoire, dont les protagonistes humains ont disparu. Pour Penn, ses natures mortes photographiques constituent des métaphores du monde, tel qu’il existe. 

Pauline Linard-Cazanave

Irving Penn : la photographie de long en large

par contributeurs Temps de lecture : 3 min
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