Une journée dans la vie de Billy Lynn est le dernier film d’Ang Lee, réalisateur de L’Odyssée de Pi et du Hulk de 2003 entre autres. Il tente ici un pari technique : son film est le premier à être pensé pour être projeté en 120 images par secondes.

Billy Lynn Ang Lee
La solitude du héros

Un pari technique pour des intentions artistiques

C’est à la fois la beauté des intentions d’Ang Lee sur son film et le fardeau qui va cantonner le film à l’anecdotique. Pour la première fois, un long métrage possède une fluidité d’image exceptionnelle, qui doit sûrement changer complètement l’appréhension de l’image. Problème : il est impossible en France de le voir dans les conditions voulues par le réalisateur. Nous avons ici que des copies 24 images par secondes, tout simplement parce qu’aucun projecteur ne permet la projection 120 images. Il n’y a en fait que 5 salles dans le monde qui le permette. Ce qui pose problème quand on doit parler du dit film sans en appréhender toute la nuance. Certains pourront y voir que des considérations techniques, mais le rendu n’est pas du tout le même. Il n’y a qu’à voir la perception du public lors des projections du Hobbit, qui était un film tourné en 48 images par seconde. Il avait déstabilisé son audience (ici une vidéo explicative de Mr Bobine)

Une journée pour raconter le storytelling

On peut donc parler que des intentions de scénario : on suit entre flash-backs et moment présent (ici l’automne 2004) Billy Lynn, soldat américain en Irak, revenu au pays pour une représentation de propagande durant la mi-temps d’un match de football américain. On découvre au fil du film ce qui l’a amené à l’armée, ce qui lui est arrivé et les répercussions sur sa vision des choses. Le film est une mise en abyme, il raconte comment on raconte des histoires, comment on y appose un point de vue. Le film est presque un plaidoyer contre sa propre existence, contre la récupération de la vie des soldats par des personnes (ici les producteurs, les réalisateurs) pour leur vision, leur message sans considérer le vécu réel de ces hommes.

Billy Lynn Ang Lee
La longue traversée de la mi-temps de Billy Lynn

Billy Lynn, l’Amérique perdue de Bush

Billy Lynn est le symbole de cette Amérique qui s’est paumée. Envoyé à la guerre sans la vouloir, il fait tout de même face, et devient prisonnier de la dynamique de l’armée, faisant face avec ces camarades de bataillon. Il est tiraillé entre son envie personnelle de ne pas y retourner et son refus d’abandonner ses amis à leur sort en Irak. Cette nuance, le film nous la fait parfaitement ressentir, et on arrive derrière les choix de cadrage à comprendre l’intention du 120 images par seconde : Ang Lee veut nous mettre à la place de Billy Lynn, il utilise son procédé pour rajouter un degré d’immersion dans le dilemme moral et physique de son personnage. Ressentir ces intentions sans être dans les conditions optimales voulues par l’équipe du film, c’est déjà fort. Rendez vous dans quelques années pour découvrir ce long-métrage dans sa pleine puissance, quand la technologie accessible au grand public le permettra.

Comments

comments

Une journée dans la vie de Billy Lynn: Ang Lee contre la propaga…

par Christophe Lalevee Temps de lecture : 2 min
0