The Young Pope, la nouvelle série de Paolo Sorrentino, a débarqué sur Canal + ! Jude Law y campe Pie XIII, né Lenny Belardo, le premier Pape italo-américain de l’Histoire. Pourquoi faut-il regarder cette série ? Décryptage des deux premiers épisodes.

A Pope speech

Lors des deux premiers épisodes de The Young Pope, le futur discours du pontife prend une place importante dans la narration. Il en est question tout le temps. L’homélie du Pape est présentée de façon symétrique dans le récit : pas tout à fait au début du premier épisode et pas tout à fait à la fin du deuxième. Le parallèle ne s’arrête pas là entre les deux épisodes de The Young Pope. Avant son discours, il s’arrête de pleuvoir, la foule l’acclame, le Pape est dans la lumière. Lors de la vraie homélie, le Pape est dans le noir, et il se met à pleuvoir dès la fin de son propos. Un vrai effet de miroir déformant. Alors que l’on aurait pu croire à un Pape so 2016’s, les apparences sont trompeuses. Dans le premier épisode, Jude Law, déclame une longue tirade très novatrice de la part d’un représentant de l’Église. Tous les débats de notre société actuelle sont évoqués. Il dit : « Nous avons oublié de nous masturber, d’utiliser des contraceptifs, de pratiquer l’avortement, de célébrer le mariage gay, de permettre aux prêtres d’aimer ». Ce qui contraste très nettement avec celui du deuxième épisode où il insiste sur le fait que l’homme ne doit penser qu’à être proche du divin.

A Wild and Free Jude Law

Dans The Young Pope, Paolo Sorrentino a laissé Jude Law interpréter de façon magistrale le jeune Pape Pie XIII. Dès le premier épisode, nous sommes fixés, Lenny Belardo, comme il le dit lui-même, est une contradiction. Un pape qui fume et qui prend pour seul petit-déjeuner un coca cherry zéro est déjà en soi un personnage. Lorsqu’il blague en disant qu’il ne croit pas en Dieu et que la maison de Dieu est un duplex avec piscine, on comprend qu’il est haut en couleur. Ses relations sont particulières. À ces débuts, il dénigre une nonne, sa cuisinière, car il n’aime pas les rapports amicaux, il ne souhaite que des relations formelles. Alors que l’on nous dépeint un homme très caractériel, il fait venir sœur Mary, celle qui l’a recueilli enfant, et on se dit qu’il a un cœur. Toutefois lorsque cette dernière défend le discours qu’a écrit Voiello, il la fait taire comme les autres. Quand on lui parle business, il remet tout le monde à sa place en donnant une leçon à la responsable marketing Sofia. Selon Pie XIII : « Pour survivre le leader de l’Église doit se faire aussi intouchable qu’une rock star ». Salinger, Kubrick, Bansky, Daft Punk, sont les artistes les plus importants dans leur domaine, car ils n’étaient pas visibles. Alors que son secrétaire d’État a des pensées impures sur une statue, le Pontife ne semble avoir que la religion. Il semble apprécier Gutierrez, seule personne à laquelle il parle volontiers et demande les derniers potins de la Curie à Tommaso qu’il rencontre sur le toit du Vatican.

Pope Jude Law

A Sorrentino’s composition

Sorrentino, avec The Young Pope, dépoussière le genre des séries historiques. Si on appréciait Victoria pour son conservatisme de circonstance, ici il n’en n’est rien. Le réalisateur dénote d’entrée de jeu avec une scène d’ouverture qui ne laissera personne indifférent. The Young Pope commence par l’image d’un bébé avançant sur un fleuve d’autres enfants morts ou endormis, on ne sait pas trop. Il en ressort Jude Law en Pie XIII sur la place Saint-Marc. Plutôt original, n’est-ce pas ? Le génie de Sorrentino demeure aussi dans le décalage des scènes où le sérieux laisse place au trivial d’un coup de baguette magique. Par exemple lorsqu’après s’être confessé, le Pontife grille une cigarette ou encore quand il se fait servir du café par son Eminence Voiello. Les scènes sont graphiquement de toute beauté notamment le plan où l’on voit Voiello sortir du Vatican dans le deuxième épisode. Les couleurs ainsi que la musique font réellement penser à un vieux film où un mafieux part accomplir quelques actes répréhensibles. Le décalage est présent partout. Voiello par exemple est un fan invétéré de l’équipe de foot de Naples. Plusieurs allusions sont présentes dans la série. À un moment, il dispose 3 portables sur une table, chaque téléphone à une coque à l’effigie d’un joueur de l’équipe. Lorsque Voiello parle à Sofia du Pape, il demande l’aide de Pipita, mais quand elle dit qu’elle ne connaît pas ce Saint, il répond qu’il parle de Gonzalo Higuain. Un cardinal qui s’en remet à un footballeur, c’est assez cocasse même si dans certains pays ce sport peut être vu comme une religion. Sorrentino fait aussi du placement de produits, en plus de citer explicitement Coca, on peut constater que Jude Law porte des tongs Havaianas.

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Jude Law is the new Pope : Young, Wild & Free

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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