Julieta marque le retour très attendu de Pedro Almodóvar à la réalisation. Trois ans après Les Amants passagers, le réalisateur fait son comeback avec un film qui touche à un domaine dans lequel il excelle : les portraits de femmes. En sélection officielle au Festival de Cannes 2016, le film est présenté ce mardi 17 mai.

Julieta est une femme à la mine blessée. Alors qu’elle s’apprête à partir au Portugal, la rencontre hasardeuse de la meilleure amie de sa fille vient bouleverser ses plans. La plaie béante se rouvre, et la mère se met à rédiger l’histoire qui la hante. Elle veut comprendre : pourquoi sa fille Antía est-elle partie ? Pourquoi ne donne-t-elle plus de nouvelles ? Avec elle, nous tentons de comprendre ce destin de femme brisée aux allures de tragédie grecque.

Julieta Almodóvar

Femmes, mères et filles

Julieta marque le grand retour du Pedro Almodóvar qui sait si bien sublimer les femmes. Dès l’ouverture du film, le tissu rouge de la tenue de Julieta nous transporte dans l’univers de cette femme passionnée, pourtant totalement brisée. Le réalisateur s’amuse de nous, et nous fait suivre le même cheminement que son personnage éponyme dans la quête de vérité sur la disparition de sa fille. Pour cela, nous retrouvons une Julieta jeune, interprétée par la sublime Adriana Ugarte. Sa passion avec Xoan (Daniel Grao) nous est contée, et la jeune femme rayonne. Leur fille Antía naît, et ils forment une famille normale. Une pointe de rouge par-ci, par-là, et une passion torride nous est relatée, jusqu’à la réalisation d’une tragédie. 

La relation entre Antía et sa mère est au cœur de l’histoire. Sa mère, rongée par la culpabilité de deux morts successives dans sa vie, n’a plus que sa fille pour vivre. Pourtant, à 18 ans, Antía part sans explications. Julieta est donc avant tout le récit d’une mère rongée par la disparition de sa fille, mais pas seulement. Almodóvar réalise tout un travail sur les femmes de ce film. Elles sont tantôt femmes, filles et mères. Julieta assiste par exemple à la décrépitude de sa mère dont elle est très proche. D’autres relations mères-filles encadrent donc le film, y compris celle de Antía et sa fille, juste nommée. 

Une destinée tragique signée Pedro Almodóvar

On ne peut pas parler d’un film d’Almodóvar sans caler Rossy de Palma quelque part ! Ici, l’actrice est totalement à contre emploi, dans le rôle de femme à tout faire chez Xoan et Julieta. Dès le début, ce personnage énigmatique tente d’éloigner Julieta de Xoan, comme pour éviter que quelque chose arrive. La dernière fois que l’on verra ce personnage, elle annoncera que « ça va recommencer », comme si elle pressentait le naufrage. Une sorte de prophétie étrange, que certain nommeront destin, mais sur laquelle Almodóvar insiste un peu trop pour que ce soit que cela.

Julieta Almodóvar
Manolo Pavón© El Deseo

Le réalisateur s’amuse réellement à créer une sorte de trame de tragédie grecque durant tout le film. Julieta, professeure de littérature antique, est elle-même entourée par l’univers des mythes. Almodóvar pousse même le vice jusqu’à nous la montrer en train d’enseigner les différences entre les trois termes pour dire « mer » en grec. Mer qui emportera dans la tempête le bonheur de notre héroïne.

On retrouve également de nombreux clins d’œil aux thématiques phares du réalisateur, comme la présence d’un transgenre lors de la scène de rencontre entre Julieta et l’amie de sa fille qui initiera sa quête de retrouvailles… Ce qui n’est pas sans faire penser à l’incroyable Tout sur ma mère, les fans apprécieront. La première femme de Xoan mourant après de longues années de coma – comme quoi, la tragédie commence dès la rencontre entre Xoan et Julieta – peut aussi être interprété comme un clin d’œil avec Parle avec elle. Notons que la mort est d’ailleurs présente dès la rencontre entre Xoan et Julieta dans un train, par un suicide étrange pendant le trajet. Ce qui ne les empêchera pas de coucher ensemble dès le premier soir, scène sublimée par  el maestro Almodóvar qui nous offre un plan magnifique d’une chevauchée passionnée à travers le reflet de la vitre du train. 

Julieta Almodóvar
Manolo Pavón© El Deseo

Finalement, on sent un arrière-goût, comme si l’on était déçu que ce soit juste « beau ». La faille vient peut-être de l’histoire, un peu faible parfois, même si de nombreux détails sont à examiner et à se délecter, comme toujours avec le réalisateur espagnol. C’est surement un film à voir, et à revoir, pour comprendre toutes les subtilités qui se greffent à une histoire qui n’est pas folle, mais visiblement, Pedro en a conscience : « J’aimerais convaincre mon frère pour que l’on offre un billet aux spectateurs qui auront déjà vu le film une première fois. On ne connaît pas les gens et on ne profite pas assez de leur compagnie la première fois qu’on les voit. Pour Julieta, c’est pareil. »

Sortie mercredi 18 mai

Julieta, la tragédie version Almodóvar

par Laurène Thiéry Temps de lecture : 4 min
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