Diana, 8 ans, disparaît. Alexandre Seurat exhume avec une grande pudeur le drame tragique et inévitable d’une princesse maudite, à travers La Maladroite, un roman choral saisissant.

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La Maladroite : un premier roman sans maladresse

La Maladroite est Diana, enfant née sous X dans une histoire d’amour à la dérive. Abandonnée par une mère qui n’en veut pas mais qui la récupère à la clinique, elle devient ciment d’un couple pervers. Diana est d’abord élevée par sa grand-mère, puis bientôt arrachée à toute personne qui tentera de lui venir en aide, confinée au cocon qui causera sa perte.

Maltraitée par des bourreaux trop intimes qui effacent toute trace des sévices infligés et déménagent à mesure que les soupçons pèsent sur eux, son amour et sa loyauté indéfectibles envers eux n’auront d’autre issue que la fin tragique qui lui était prédestinée. Si elle est souvent incitée à parler, à dénoncer ses martyrs, elle ne cédera pourtant jamais à révoquer les scénarios élaborés par ceux qui la persécutent depuis sa naissance.

Au chœur du drame

Au travers d’un chœur de voix qui assistent, impuissants, à l’histoire qui se déroule sous leurs yeux, Alexandre Seurat dresse le portrait d’un fait divers qui marque les esprits aujourd’hui encore.

Très inspiré de l’histoire de Marina Sabatier, 8 ans, maltraitée et assassinée par ses parents en 2009, le récit dépouillé parvient à retranscrire cette histoire sordide sans tomber dans un sentimentalisme malvenu, grâce à un ton dénué de tout pathos et dégagé de tout effet de style.

D’une authenticité à couper le souffle, il fait intervenir les voix de tous les personnages ayant côtoyé Diana de près ou de loin, de sa grand-mère qui regrette de l’avoir laissé à sa mère, à sa tante qui a décelé, très tôt, les premiers signes de maltraitance, en passant par les directrices et les enseignants qui l’ont accueillie dans le système scolaire, les médecins, policiers et assistantes sociales, jusqu’à son demi-frère, témoin privilégié de son calvaire. Tous, à leur manière, ont su discerner les apparences pourtant bien conservées des trames imaginées par les parents pour camoufler la réalité.

D’une justesse absolue

La Maladroite n’est pas un récit militant, et pourtant, dès les premières pages, Alexandre Seurat nous engage à son côté dans un combat perdu d’avance. Car si les coupables ne sont pas d’une ingéniosité folle, le système, d’une lenteur effarante, freine toute action et toute personne qui pourrait sauver l’enfant.

Les voix se hissent tour à tour et tentent d’enlever Diana à son supplice, les signes sont décelés et ne trompent pas, des bleus aux brûlures, des séjours en hôpital à la peur manifeste de la petite fille, mais les institutions, trop administratives pour être efficaces, ne parviennent pas à lui octroyer ne serait-ce qu’une accalmie.

S’il ne s’inscrit pas dans le combat contre la maltraitance des enfants, ce récit d’Alexandre Seurat rend avec une justesse et une pertinence nécessaire ce qui n’aurait jamais dû pouvoir arriver. Un premier roman qui tombe parfaitement juste.

La maladroite d’Alexandre Seurat tombe juste

par Lolita Savaroc Temps de lecture : 2 min
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