L’art & la manière de conclure en beauté est le sixième roman de Lauren Weisberger, l’auteur du Diable s’habille en Prada. L’histoire se concentre sur une tenniswoman, Charlotte Silver, prête à tout pour remporter son premier tournoi du Grand Chelem. Après une lourde blessure, elle va devenir une princesse guerrière. Il est question d’amour un peu, de sport beaucoup, d’image passionnément et d’état d’esprit à la folie.

Lauren Weisberger princesse guerrière

Princesse guerrière & co

Si sur un court de tennis, en simple évidemment, la joueuse est seule face à son adversaire, dans L’art & la manière de conclure en beauté, Lauren Weisberger rend hommage à tous ceux qui travaillent dans l’ombre du sportif. La galerie de personnages proposée par la romancière pourrait surprendre de prime abord, mais on se passionne pour chacun d’entre eux. Charlie Silver, subit une complète transformation, elle passe de « la gentille fifille au ruban rose » à « la princesse guerrière », mais pour cela, il aura fallu du monde. Premièrement, tous ces changements se font sous l’égide de son nouvel entraîneur Todd Feltner qui amènera dans l’équipe Meredith Tillie sa consultante image et Monique sa styliste. Si la joueuse vire sa coach Marcy, dès le début du roman, on apprécie que le personnage ne soit pas oublié. Chacun a son rôle à jouer dans la communauté tennistique de la nouvelle princesse guerrière. Nos deux chouchous sont le père de la jeune fille et le discret sparring partner, mais on adorera tout autant détester la n°1 mondiale que chérir l’amitié entre Charlie et Karina Geiger.

La vie est un match de tennis

Lauren Weisberger met la même méticulosité dans ses personnages que dans son tennis et c’est aussi là que réside la magie de L’art & la manière de conclure en beauté. Son roman est sur le tennis et pas question qu’il en soit autrement. Si l’amour vient, on ne commence à en parler réellement qu’au chapitre 9, et il ne s’interposera jamais. L’auteur du Diable s’habille en Prada, a bien compris que « le diable est dans les détails » n’est pas qu’une expression. Ses descriptions de match sont si fouillées qu’on a vraiment l’impression d’y être ! De l’échauffement à l’état d’esprit des joueuses, tout est décrit : « L’échauffement passa dans un brouillard. Un échange machinal de balles longues, un enchaînement de coups droits et de revers, des volées et des smashs. Alice paraissait détendue et à l’aise, ses gestes étaient souples et fluides : la flexion de ses longues jambes, la torsion de son buste menu, l’étirement du bras, la force de frappe, sans effort apparent ». L’esprit du jeu transpire dans tout le roman et on adore ça. Lauren Weisberger prête à sa princesse guerrière des comparaisons amusantes sur les différents tournois : « Si l’US Open ressemblait à quinze jours de vacances à Ibiza, le tournoi de Wimbledon était quant à lui une visite à la bibliothèque du Congrès ».

Le style Lauren Weisberger

Dans le Diable s’habille en Prada, Lauren Weisberger nous dévoilait les coulisses des défilés de mode, dans L’art & la manière de conclure en beauté, c’est au tour du monde du tennis d’être exposé, et toujours avec une femme comme personnage principal. On retrouve donc dans ce livre tout ce qui a fait son succès, l’auteur n’a pas peur de dénoncer les petits travers. Charlie a propos de la pause médicale lors d’un match : « il était acquis qu’à moins de se vider de son sang sur le court, un joueur devait encaisser ce genre de mésaventure ». L’envers du décor est partout : « Ce sport n’est pas juste un hobby, mais une énorme industrie, qui offre toutes sortes d’opportunités et tu serais sacrément conne de ne pas prendre ta part du gâteau ». Lauren Weisberger à travers Charlie prend une position sur l’égalité homme-femme. Elle montre que le tournoi féminin est plus dur que le masculin et être une femme en général est plus difficile. Tout le monde trouve, en effet, normal qu’une femme suive son petit ami joueur dans les tribunes sur tous les tournois, mais allez demander ça à un homme ! L’auteur dénonce aussi le tabou de la question de l’homosexualité dans le sport. Il est question, avec la relation entre Jake, le frère de Charlie et Benjy joueur de NFL, des difficultés de faire son come-back dans ce milieu très macho. Les relations tendues au travail sont aussi au cœur de ce roman. Andrea Sachs est ici Charlie Silver et Miranda Priestly, Todd Feltner. Le coach de la princesse guerrière est un vrai tyran et si elle l’accepte dans un premier temps, elle finira par s’en défaire.

Lauren Weisberger habille sa princesse guerrière en Nike

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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