Dans la lignée de son premier roman #Scoop, Les Bras cassés est drôle, jubilatoire, inattendu. C’est désormais une habitude : Yann Le Poulichet dépoussière le genre policier qui s’était bien trop encrassé ces dernières années, avec des romans aux ficelles préfabriquées sans grande fantaisie. Un roman qui sent bon le souffre, le mâle et la loose un peu joyeuse quand même.

Un roman mâle, acide, jubilatoire

C’est qui, Yann Le Poulichet ? De ses propres mots, « un peu menteur, un peu dragueur mais plus trop voleur, Yann Le Poulichet n’a pas oublié de payer dans un supermarché depuis 1999 (ou alors juste une fois, mais y avait vraiment trop de monde à la caisse). Rangé des voitures, il est devenu journaliste et écrivain. C’est moins romanesque, mais ça paie le loyer ». Voilà, ça donne le ton.

Le style très masculin de Yann Le Poulichet se fond dans 3 personnages fauchés, un peu loosers, un peu paumés, qui se lancent malgré eux dans une aventure hors du commun. « J’ai dit oui. Comme ça, sans réfléchir. Vous êtes détective ? Oui. Alors que non ». Il en faut difficilement plus que cette première phrase très efficace pour accrocher un lecteur un peu curieux.

Les notes d’humour noir se fondent à un comique de situation généralisé, que Yann Le Poulichet construit sur la loose sidérale des trois protagonistes qui multiplient les boulettes dilettantes à travers une enquête périlleuse. D’erreurs grotesques en tentatives amateures, les trois compères se noieraient presque dans leurs problèmes. C’était sans compter sur le renfort : les femmes.

Les bras cassés et les femmes

C’est suffisamment rare pour être souligné : dans Les Bras Cassés, les personnages masculins sont faibles, un peu beaufs, pas très malins. Les personnages féminins, dont un central, sont forts. Elle, c’est une codeuse acharnée qui voudrait se faire Jules en même temps qu’elle essaie de craquer le Mac d’une morte pour le sortir de la merde où il s’est empêtré tout seul.

Gentiment nympho sur les bords, Linh est drôle, Linh est généreuse et Linh est un personnage qui s’affranchit de tous les clichés qui tiennent aux personnages féminins dans la littérature contemporaine. Yann Le Poulichet ne la décrit ni par sa beauté ni par son style, ni par ses qualités ni par ses défauts. Elle est présentée à travers les yeux de Jules pour qui ce n’est certainement pas un coup de foudre. Ses traits s’assemblent entre les lignes, comme un puzzle peu à peu réuni, sans que jamais sa vie ne tourne autour d’un mec, de ses copines où des thèmes « fifille » dont on nous abreuve à vomir – elle n’est pas addict aux chaussures, ne passe pas sa vie en escarpins et portes-jarretelles, et ne mord pas furieusement sa lèvre. Elle n’a pas non plus d’inner Godess. Bref, c’est une nana normale. Et en littérature, ça fait du bien à lire.

Le genre policier dépoussiéré

Et sinon, ça parle de quoi ? S’improviser détectives privés, ça semblait dans leurs cordes. Mais pour Jules, Nico et Virgil, trio de colocataires un peu menteurs, un peu dragueurs, un peu voleurs, la reconversion en Sherlock Holmes va rapidement tourner au fiasco.

Partis pour un boulot facile (un bête constat d’adultère), ils se retrouvent plongés au cœur d’une machination qui les dépasse complètement. Cernés par une clique hétéroclite rassemblant tueurs serbes, producteurs télé véreux et flics en préretraite, ils vont essayer de sauver leur peau. Et aussi de retrouver Elena, leur amie kidnappée sans qu’ils aient bien compris pourquoi. Vu leur profil, c’est pas gagné.

Basiquement, c’est Hercule Poirot feat Derrick avec un sacré lifting et un humour décapant. Exit la tension préfabriquée attendue des romans policiers, fini le coupable idéal et la grande révélation de fin : Les Bras Cassés surprend à presque toutes les pages, entre gags ridicules et rebondissements en cascades. Saupoudré d’une note de romance et d’un zeste de bienveillance, le mystère captive à chaque page. Le page-turner de l’été.

Découvre les premières pages du roman
de Yann Le Poulichet, Les Bras Cassés

Les Bras Cassés : Yann Le Poulichet dépoussière le genre polic…

par Lolita Savaroc Temps de lecture : 3 min
0