Après le cinéma et la télévision, Hicham Nazzal se lance dans la littérature. Il signe avec Les Nuits Indomptables son premier roman publié aux éditions Plon. Sorti le 11 janvier en librairie, ce livre raconte l’histoire de Karim, un jeune homme de 25 ans profondément meurtri. Au fil des pages, l’auteur ose parler de certains tabous pour mieux s’en affranchir.

Hicham Nazzal : romancier incisif

Le roman Les Nuits Indomptables est bref, brut, incisif à l’image du style de son auteur. Il faut un certain talent pour faire court. En 185 pages, Hicham Nazzal n’a pas le temps, un peu comme son personnage principal Karim. Le romancier raconte des instants de la vie de son héros, un peu comme on regarderait un album photos. Les phrases sont raccourcies, les chapitres ne durent que deux pages. L’efficacité narrative transcende le propos. Hicham Nazzal fait des vagues parfois comme avec la scène du mcdo, mais sinon nous embarque dans un voyage calme, où la nuit fait son effet. Son livre est une fable tragique qui relève souvent du fantasme. Des impressions cinématographiques nous saisissent à la lecture de ses mots. Hicham Nazzal est cru : « C’est joli Gigi, ça fait pute. Moi c’est Karim. T’as du feu ? Met ta cigarette dans mon trou du cul » (P64). Le ton reflète le personnage principal Karim, mais parfois l’auteur semble revenir à des considérations plus philosophiques : « On ne peut pécher par excès de beauté indéfiniment : on pardonne rarement à la lumière de briller sans discontinuer » (P145). La description est parcimonieuse, on sait de Karim qu’il est beau et à 25 ans, mais Hicham Nazzal, insiste beaucoup sur le caillot de sang dans l’œil de son personnage. Si au début du roman, ce détail semble faire tâche, il est bien plus symbolique qu’il n’y paraît. En effet, on apprend, à la fin, que : « Le caillot de sang au coin de l’œil s’est totalement résorbé » (P180) et cela a son importance, vous verrez !

Les nuits d’un fauve indomptable

Hicham Nazzal dans Les Nuits Indomptables raconte le voyage initiatique d’un homme en quête d’acceptation. Le postulat de départ semble flou, Karim prend un train pour Paris sans qu’on ne sache trop pourquoi. Au fur et à mesure, on va deviner ses blessures internes, sa soif de vengeance. Ses pulsions l’amènent à tuer des inconnus : « Vous me prenez pour un serial killer c’est ça ? Vous vous mettez le doigt dans l’œil. Et bien profond » (P77). Ça y est le mot est lancé. Pourquoi Karim se comporte ainsi, mystère : « J’y comprends rien à ce qui m’arrive… Y a un truc plus fort que moi qui me dit de faire ce que je fais » (P147). S’il peut paraître ainsi cruel, ce n’est en aucun cas un homme dénué de sentiments. Tout le paradoxe est là : dans la nuit, Karim cherche à oublier, mais quoi et comment ? La violence est moins dans ce qu’il fait subir aux autres, une mort après jouissance ou encore un coup de couteau après une étreinte, que dans ce qu’on lui a infligé. Le passé de Karim resurgit et le trouble est jeté page 164 : « Roué de coups, il se retrouva déshabillé et les flagellations débutèrent ». Karim est maghrébin et gay, une chose qui n’est pas acceptée par sa famille…

Tous les mardis et vendredis, nos rédactrices de la rubrique littérature vous parlent d’un livre qu’elles ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Voyage dans Les nuits indomptables de Hicham Nazzal

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 2 min
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