Loving est le dernier film de Jeff Nichols présenté ce lundi 16 mai en compétition au Festival de Cannes 2016. Il montre le combat d’un couple interracial contre la ségrégation. 

Richard Loving (Joel Edgerton) est un homme blanc en couple avec Mildred (Ruth Negga), une femme de couleur, dans l’Etat de Virginie, en pleine Amérique ségrégationniste. Pour l’arrivée de leur premier enfant, Richard voit les choses en grand : il veut se marier, construire une maison, bref, être un couple normal. Mais dans les Etats-Unis de 1958, être un couple normal interracial est impossible.

Loving jeff nichols
Ben Rothstein © Big Beach, LLC

Les Loving, ou l’amour sous toutes ses couleurs

Quoi de mieux qu’une histoire d’amour pour montrer l’union entre les origines ? Jeff Nichols réussit le pari osé de nous proposer un film basé sur la véritable histoire du combat des Loving contre l’Etat de Virginie afin d’autoriser les mariages interraciaux qui étaient interdits jusqu’alors. Nous suivons donc le couple d’arrestations en arrestations, ainsi que dans leur périple pour quitter l’Etat de Virginie afin d’obéir à leur condamnation qui consiste à ne plus se montrer ensemble sur le territoire. Le couple est ainsi contraint et forcé de quitter leurs racines, mais aussi leur humble rêve de vie paisible.

Le gros risque du film était de tomber dans le too much, dans de longues scènes larmoyantes et d’apitoiement de sort. Ce n’est absolument pas le cas, et la relation entre le couple est tout en pudeur. Il faudra attendre, par exemple, la quasi fin du film pour entendre Richard dire qu’il aime sa femme, dans un champ-contrechamp poignant entre Richard et un de leurs avocats (Nick Kroll). C’est en montrant un couple uni et tout en retenue que Jeff Nichols arrive à nous toucher juste là où il faut. Tout passe par les regards du couple, et si Joel Edgerton est épatant de retenue, Ruth Negga se montre aussi au sommet de sa performance en ne quittant pas son personnage de femme déterminée, pleine de douceur et de grâce. 

loving jeff nichols
Ben Rothstein © Big Beach, LLC

Une réalisation de maître

La performance du couple mixte est, bien entendu, soutenue par la réalisation tout aussi maîtrisée de Jeff Nichols. Seulement quelques mois après Midnight Special, le réalisateur tape fort. C’est la première fois qu’il met en scène une histoire vraie, et le pari est réussi. Il nous fait par exemple sentir l’enfermement du couple en ville lors de leur exil forcé de Virginie grâce à des plans sombres en contraste total avec les plans ensoleillés de leur vie en Virginie. L’union du couple et de leurs enfants est également une thématique sublimée par la caméra du réalisateur. En mettant la valeur de la famille en avant, Jeff Nichols montre le traitement injuste de l’époque.

Aussi bien dans sa thématique que dans sa réalisation, le film a tout pour plaire à notre jury. Il est toujours bon de voir des films qui nous rappellent que la tolérance est un devoir qui a été difficile à ancrer dans les mœurs, et qui doit se préserver. En lice pour la Palme d’or ? En tout cas, Loving en a la carrure.

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Loving : un combat pour le droit de s’aimer

par Laurène Thiéry Temps de lecture : 2 min
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