Mademoiselle est le nouveau film de Park-Chan Wook. Son nom ne vous dit peut être rien, celui de son film le plus connu en revanche sûrement : c’est le réalisateur d’Old Boy. Son nouveau film ici reste parfaitement dans la continuité de ce qu’il a fait : de la manipulation de ses personnages et de son audience.

Mademoiselle Park-Chan Wook
Le compte (l’escroc) en pleine séduction de la jeune Hideko

Tromperie sur la Mademoiselle

Corée, 1930. Sookee est une jeune servante qui se fait embaucher pour servir une jeune japonaise richissime nommée Hideko. Celle-ci, candide, frêle, peureuse, vit dans son manoir, isolée du monde, sous la coupe de son oncle aux hobbys TRÈS particuliers. Sauf que Sookee n’est pas là pour servir, mais pour comploter avec un jeune coréen se faisant passer pour un comte japonnais. Leur but est que le compte épouse la jeune japonaise pour lui prendre sa fortune (elle est l’héritière légale de la fortune familiale). Ça peut paraître compliqué dis comme ça, et il faut bien 15 minutes au film pour poser l’intrigue, mais une fois lancé, on est prit dans une histoire insoupçonnable. Le film nous emmène de surprise en surprise, avec une narration particulière et une réalisation magnifique, où Park-Chan Wook utilise toutes les possibilités à sa disposition pour retranscrire l’oppression du lieu et des personnages les uns sur les autres. Un mélange magnifié d’humour, de noirceur, de sadisme, de sensualité qui vous emporte sur votre siège de cinéma pour ne pas vous relâcher.

Mademoiselle Park-Chan Wook
Les principaux acteurs du film : Ha Jung-Woo, Kim Tae-Ri, Kim Min-Hee et Jo Jin-Woong

SPOILER ALERT, n’allez pas plus loin dans la lecture si vous ne voulez pas vous gâcher le film de façon importante. Le long-métrage prend tout son sens avec notre désorientation de spectateur, en lire trop ne ferait que vous ruiner ce que je considère comme l’un des meilleurs films de 2016.

L’effet Gone Girl

Le film prend une nouvelle dimension arrivé à 45 minutes (le film dure 2h15) avec un retournement de situation. A partir de ce moment là, tout ce que l’on a vu, ce que l’on a ressenti est remis en question par un personnage. Le basculement de l’histoire se fait avec le basculement du point de vue, et on est reparti pour découvrir une autre vision de l’histoire. On peut rapprocher ceci avec Gone Girl, car c’est exactement le même sentiment qui nous prend au moment clé. Ce changement de perception, c’est aussi un autre jugement sur les personnages. On condamne directement la noble japonaise pour être une garce, on se dit qu’elle nous a dupé, on y crois pas. On pense que tout n’est que tromperie. Mais là encore on va de déconvenue en déconvenue. Notre réflexe de spectateur sera d’anticiper ce qui va arriver, et le film va encore nous prendre à revers. La narration et la réalisation sont formidables, elles nuancent parfaitement les personnages, évitent d’en faire des antagonismes totaux. On retrouve ceci dans les scènes de sexes, notamment la toute première où les deux femmes scellent leur destin par leur sincérité, leur (fausse) candeur et l’envie de s’émanciper. Elles se sont faite manipuler par les hommes, elles vont s’en libérer.

Mademoiselle Park-Chan Wook
Les leçons très spéciales de l’oncle Kouzuki

Une révolte de femmes

Mademoiselle est l’histoire de la manipulation des hommes sur les femmes. C’est l’oncle qui fait raconter par sa nièce des histoires érotiques à un parterre d’hommes bourgeois, et qui considère les femmes comme des objets sexuels, bon qu’à assouvir des fantasmes. C’est l’escroc qui se sert d’une fausse servante coréenne pour prendre un héritage, en faisant miroiter une émancipation et une échappatoire à la jeune japonaise. Un mirage qui nous saute aux yeux durant la scène de l’hôtel, où le jeune homme nous montre clairement sa vision du rapport hommes-femmes. Et ce sont ces deux femmes, ensemble, qui vont manipuler les deux hommes pour s’enfuir et vivre enfin une vie libre, sans personne pour les chaperonner. Le film, découpé en trois parties, représente en chacune un point de vue : celui du scénario imaginé par le jeune escroc et vu par la jeune femme manipulée, celui imaginé par la jeune japonaise manipulée par l’escroc et le final libérateur de ses deux femmes qui s’émancipent du joug masculin. Mademoiselle est l’histoire d’une libération féministe.

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Mademoiselle, tu te libéreras de ce joug

par Christophe Lalevee Temps de lecture : 3 min
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