Lorsque le médecin m’a dit que je ne pouvais pas jouer, je me suis demandé : « Pourquoi ? Pourquoi toujours moi, Karim Benzema ? ». Et je me suis dit que c’était pour le bien de l’équipe, mieux pour moi, mieux pour mon genou… Si j’avais envie de jouer ? Bien sûr que oui ! Je veux dire, quel joueur professionnel dit non à un match ? Et encore pire, à un match de Champions League. En tout cas, aucun joueur du Real Madrid.

On savait qu’on devait absolument gagner. On savait que City voulait passer en finale pour la première fois de leur histoire. Toute la semaine, on a entendu des discours à la Camacho : « On va passer parce qu’on est le Real Madrid mais ça va être dur mais on va passer parce qu’on est le Real Madrid. » J’avais envie de rajouter : « Et on va souffrir parce qu’on est le Real Madrid et qu’on est des drama queens. »

20h43, l’heure du match. Les supporters attendaient les 22 titulaires (sans moi Karim Benzema) avec un tifo qui montraient qu’ils étaient avec nous. C’était beau. Il y avait beaucoup de respect entre les deux équipes.

L’espoir

Chacun avait sa tactique. Pour nous, marquer à tout prix. Tellement que Cristiano jouait mon rôle, d’attaquant. City, pour eux, c’était très clair : ralentir le jeu, contaminer le notre. Mais aussi, marquer Cristiano Ronaldo.

L’attente

Tout a commencé comme lors du match aller. Peu de rythme de la part des deux équipes. Je comprends vraiment pourquoi les journalistes disent qu’ils n’ont pas l’impression qu’une finale est en jeu. Je vais pas me mettre de leur côté. Moi Karim Benzema, Jamais ! Mais franchement… C’était le cas…

L’exultation

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Le but du Real Madrid marqué par Gareth

Une minute plus tard, à la 20ème minute soit 25 minutes avant la fin de la première mi-temps. Pepe pour Kroos, Kroos pour Luka, Luka pour Carvajal, Carvajal pour Bale…. Et!!! Gareth avec un golazo!!! Il nous permet de respirer un petit peu. Zidane a hurlé, Bale a hurlé et moi aussi. Je savais que mon pote en était capable…. Et dire qu’on le critiquait.

Bien sûr, c’était pas fini, bien sûr, on était qu’au début du match et on se devait d’en marquer plus parce que City avec ses supers joueurs, même sans expérience en Champions sont capables de marquer… Et surtout a balón parado, comme on dit en espagnol.

Tiens, qu’est-ce que je disais ? Jesus Navas s’avance, court. Je le vois, tel une fusée. Il passe Ramos mais Navas l’arrête.

Oh putain… De Bruyne, Navas, Sagna, Touré, De Bruyne… Ah merci mon Dieu, c’est hors jeu. Je peux me rasseoir sur ma chaise.

Le manque d’intensité

Dans le jeu aérien, City est meilleur que nous. C’est clair. En plus, on les laisse jouer, imposer leur rythme. On ne les étouffe pas. Faut absolument les étouffer les gars… On peut pas jouer au Bernabéu comme ça. C’est pas bon, là.

Et voilà, Fernandinho qui fait sa vie et qui a failli marquer. Merci madame la barre. Fernandinho doit être énervé parce que quand ça m’arrive, je suis trop frustré.

Je sais pas ce qu’a Cristiano, mais il y est pas là, sûrement son genou.

La mi-temps. On a marqué, c’est parfait mais franchement, on va souffrir pendant la deuxième mi-temps, on va déguster.

La souffrance

Il faut arrêter Navas ! Il faut marquer City. J’ai envie de leur hurler mais je suis pas sûr que ça passe inaperçu. Faut vraiment qu’ils commencent à foutre de l’intensité dans ce match, il faut qu’ils arrêtent d’atteindre si facilement nos buts.

Tout à coup, je tourne la tête et Modric qu’était peut-être en hors jeu la rate. Merde. Bon j’arrête de stresser. Stop.

Encore un manque d’intensité énorme, c’est dommage pour une demi de Champions League.

Baaaaaaaaleeeee, noooon ! Pardon, ça, ça veut dire que son action était merveilleuse mais la putain de barre.

Madrid est vraiment bien depuis quelques minutes mais le problème c’est qu’on tente pas, on tente rien et si Kun marque à la 90ème, je saute d’un pont.

L’ennui de Benzema et du banc

Vous savez quoi? Enfin, Benzema, tu sais quoi (comme si on était plusieurs dans mon cerveau) ? Eux, ils jouent, nous, on attend que ça passe. Où est l’esprit Camacho ? Putain, heureusement que personne ne peut lire dans mes pensées. Je rigole comme un imbécile et Casemiro me demande pourquoi je ris.

Je ne lui réponds pas. Fernandinho m’a sorti de mes pensées… Bon. Et Modric lui vole le ballon. Parfait.

Lucas fait une erreur. L’erreur. Et offre un corner à City. De Bruyne s’approche. Je vais avoir une attaque cardiaque. Il le rate. Parfait

Je préfère être joueur que spectateur. Trop de stress pour rien et c’était même pas un match intensif. J’imagine même pas les supporters du match d’hier.

Luka sort. Énorme match. Kovacic rentre. Parfois, j’oublie qu’il joue au Real. Je suis mort de rire et Casemiro veut encore savoir pourquoi je rigole. Mais laisse-moi tranquille !!

Agüero avance. Il est chaud. Non, non, non. Il reste une minute. Si il marque… Merci mon Dieu NAVAS ! Dès que je le vois, je lui dis que je l’aime. Sans rire.

La joie : Hala Madrid

Siffle ! Siffle ! Siffle ! Qu’il siffle maintenant. Tout de suite. Entre parenthèses, super match défensif. Par contre offensivement parlant… Bref…

Oh putain, magnifique. On est en finale ! On est en finale. Deux ans après notre Decima face à l’Atleti. Faut surtout pas qu’on joue comme on a joué comme ça. Mais je sais qu’on va tout donner. C’est fou quand même, après une saison super bizarre, on l’a fait. Le football c’est beau quand même. Je vais pas mentir, personne nous y voyait. Mais on serait bien là. Cette fois-ci à Milan. Nouvelles configurations, face à une équipe qui sait être super intensive. Nouveau stade, nouvelle ville. Nouvelles configurations.

Quand Alexandre Ruiz m’interpelle : « Karim Benzema qu’est-ce que vous ressentez là maintenant ? » je rigole. Bah j’ai pas joué écoute je ne vais pas te dire que ça me fait chier mais un peu quand même. Vas-y je lui réponds que je suis heureux mais que j’ai pas envie de parler ça ira bien !

A por la Undécima

Benzema Madrid
La victoire de Madrid après le match / https://www.instagram.com/karimbenzema/

Madrid-City : dans la tête de Benzema

par Sonia Malek Temps de lecture : 4 min
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