Leïla ne vit pas qu’une histoire d’amour impossible avec Samir. Elle est confrontée quotidiennement aux pénuries qui touchent Alger et son envie de quitter le pays pour Paris ne fait que grandir. Elle se fait cependant peut-être trop de films…

Tenir la main de Leïla

La pièce démarre sous les chapeaux de roue. L’acteur Kamel Isker est déjà dans la salle et salue les spectateurs. Le spectacle promet d’être rythmé. Et il est déjà l’heure de commencer le film au Haram Cinéma. Mais chut, c’est un lieu clandestin ! À Sidi Fares, un petit village proche d’Alger, la censure ne permet pas de passer des films, notamment lorsque des acteurs s’embrassent langoureusement… Une situation qui n’est même pas possible dans les rues (et ailleurs) d’Algérie en cette année 1987. Samir et Leïla le savent bien. Face aux règles de leur pays, leur histoire d’amour semble impossible. Partir ? Ce n’est pas si simple. Leïla vit avec un père colonel autoritaire. Mais ce dernier ne la laissera jamais se marier avec son amant. Alors partir, oui, mais à quel prix ?

Des acteurs remarquables

La pièce est sacrément rythmée. Les trois acteurs se doublent et se dédoublent à foison à travers des personnages remarquables. Le trio de départ, c’est Samir et Leïla, deux amants cinéphiles, mais aussi un inspecteur qui veille. Puis Leïla devient Rino et Samir une femme bavarde. Mais l’histoire n’est pas qu’un récit tragique. Avec notamment son personnage d’inspecteur et de mère de famille, Azize Kabouche adoucit le ton jusqu’à provoquer le rire du public. Et ce qui fait que l’on ne s’y perd pas entre tous ces travestissements, c’est d’abord un talent certains des trois comédiens, mais aussi grâce à la fine mise en scène. Pourtant, Régis Vallée signe ici sa première dans le domaine. Lorsqu’un personnage passe d’un personnage à un autre, tout est fait de manière subtile afin de ne pas froisser ni perdre le spectateur. Une voix off vient également agrémenter le jeu. Le spectateur en oublierait presque qu’il était entré dans un lieu interdit. Sur scène et dans les esprits, c’est l’Algérie. La musique, l’accent et la danse algérienne offrent tout le charme du pays. Mais il y a aussi les droits opprimés des femmes, les pénuries et la menace d’une révolte, en cet octobre 1988. Les mains de Leïla fait passer par tous les états – la peine, la peur mais aussi le rire – et rappelle une époque où aller au cinéma était un privilège illégal.

Première mise en scène, mais aussi des débuts pour les deux jeunes acteurs. C’est Aïda Asghazadeh et Kamel Isker eux-mêmes qui ont conçu ce spectacle. Si la jeune femme écrit régulièrement, c’est le deuxième spectacle créé par Kamel Isker. Alors des débuts, certes, mais avec quel talent…

Théâtre des Béliers Parisiens
Jusqu’au 31 décembre 2017
Tarif moins de 26 ans : 10 €
Tarif normal : 28 € (18€ pour les habitants du 18ème)

La main de Leïla, une pièce qui a la pêche

par Armandine Castillon Temps de lecture : 2 min
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