Les femmes n’ont pas toujours pu dire ce qu’elles pensaient. C’est le cas de la dernière reine de France, Marie-Antoinette. Le spectacle « Marie-Antoinette – Correspondances privées », récemment joué au théâtre de l’Atelier dans le cadre du cycle « À haute voix ! », permet à une reine trop vite jugée et condamnée de s’exprimer. Après le débat présidentiel de 1988 entre Jacques Chirac et François Mitterrand, on vous parle aujourd’hui d’un nouveau spectacle qui donne également la parole à l’Histoire.

Marie-Antoinette se confie au théâtre
Marie-Antoinette, interprétée par Fabienne Périneau, en toute intimité (crédit : Jeff Guiot)

Une reine de France dans l’intimité

La pièce qui s’est jouée ce soir-là n’aurait pas pu mieux convenir au cycle « À haute voix ! » du théâtre de l’Atelier. Durant environ une heure, Marie-Antoinette se confie à nous, public. Avec réalisme, puissance et conviction. Des rapports sexuels qui ne se passent pas, ce premier enfant qui ne vient donc pas, cette envie de vivre freinée par le protocole et les contraintes de la vie de reine… La pièce de théâtre Marie-Antoinette – Correspondances privées, mise en scène par Sally Micaleff, fait découvrir ou redécouvrir la reine. Le texte n’en est que plus fort émanant d’une historienne spécialiste de la reine d’origine autrichienne, Evelyne Lever, qui a notamment travaillé sur ses lettres. C’est donc dans ses correspondances privées que l’historienne a conçu le texte de théâtre. En fond de scène, la reine reçoit des lettres, dont les nombreuses missives de sa mère, Marie-Thérèse, qui lui écrit très régulièrement depuis l’Autriche. La comédienne les lit pour elle-même. Elle ne regarde pas toujours son public, mais rien de gênant, puisqu’elle est chez elle.

Le vrai visage de Marie-Antoinette

C’est une page d’Histoire qui s’ouvre devant nos yeux. La comédienne Fabienne Périneau, seule en scène, évoque les dates et les événements clés, ainsi que quelques-unes des envies, impressions et peurs de la dernière reine française. Nous sommes au théâtre après tout. Évelyne Lever prend un parti pris pour évoquer l’amant supposé de la reine, Axel de Fersen, mais tout le reste se base sur un travail d’historienne. La pièce arrive même à nous surprendre lorsque la reine – que l’on pensait au début si frivole – se met en colère. Face à la Révolution de 1789 qui gronde, la reine défend ses propres idées – faire perdurer la monarchie – et ce même si cela la condamnera. C’est donc avec un talent certain que Fabienne Périneau parvient à nous immiscer dans l’intime et à nous montrer qui était vraiment Marie-Antoinette. Comme dans toutes les pièces représentant cette reine, le décor est très simple – un fauteuil, une table et une chaise – pour nous prouver que la reine voulait vivre le plus simplement du monde. C’est d’ailleurs la première reine à s’occuper vraiment de ses enfants. Cette pièce révèle enfin le vrai visage de la reine au public.

Fabienne Périneau interprète, avec beaucoup de talent, Marie-Antoinette (crédit : Jeff Guiot)

Les femmes et les idées

« À haute voix ! » s’exprimait depuis le 25 avril et les derniers spectacles approchent. Le cycle aura honoré beaucoup de thèmes. Prochainement, ce sera l’écologie. Mardi 23 et mercredi 24 mai, ce sera un spectacle en faveur de la planète avec Zhumains, une conférence-spectacle « anti-fin du Monde », de et avec Catherine Dolto et Emma la clown. Un spectacle qui ne manquera pas de faire rire. Puis, ce sera au tour des femmes de faire entendre leur voix. Le nouveau mouvement féministe Le Salon des Dames (dont le nom n’est pas sans rappeler les fameux salons des Précieuses des XVIIe & XVIIIe siècles et les salons des dames des siècles qui suivirent, où les femmes prirent conscience de leur condition) terminera le cycle avec un spectacle donnant une nouvelle fois la parole à des femmes qui ont osé hausser le ton : Simone de Beauvoir bien sûr, mais aussi Meryl Streep ou encore Madonna. Des spectacles qui ne cesseront de faire réfléchir.

Marie-Antoinette et les femmes se manifestent

par Armandine Castillon Temps de lecture : 3 min
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