C’est un véritable phénomène à son échelle. Merci Patron est sorti en salle le 24 février 2016, et il est toujours en salle. Il boucle donc sa 15ème semaine d’exploitation et peut atteindre les 500 000 entrées si l’affluence ne descend pas. Comment un film de ce calibre peut-il être encore être à l’affiche alors que les nouvelles sorties font 500 000 entrées dès leur première semaine ?

Merci Patron Ruffin
Box Office France au 1er Juin 2016 VS Chiffres de Merci Patron (Source : Le film Français)

Un film vivant sur et en dehors de l’écran

Tout le monde maintenant connaît ou a déjà entendu parler de ce film : François Ruffin, patron du journal dissident Fakir, s’en va voir les ravages du capitalisme dans le nord, tombe sur les Klur, découvre leur situation et tente de les aider d’une façon peu conventionnelle et qui va les emmener jusqu’à une situation de film d’espionnage et de complot organisé. Oui, on parle toujours en fin de phrase de Merci Patron. Après avoir été censuré ou tenté de l’être dans les gros médias (Ruffin a pu faire le tour des médias après que le film fasse un certain nombre d’entrées), il est devenu l’un des étendards de ce mouvement global de contestation de ce début d’année 2016, sortant au même moment que la loi El-Khomri.

Le film doit en partie sa longévité en salle à la concordance inespérée du calendrier politique et à l’engagement des personnes travaillant pour Fakir. Car le film vit surtout grâce aux très nombreuses séances débats organisées un peu partout en France. Le film est source de réflexions sur ce qu’implique le cas particulier des Klur. Ce n’est pas pour rien que la sortie du film a été l’un des points de départ de Nuit Debout, Ruffin proposant à la suite de la manifestation contre le projet de loi travail de rester place de la République pour entamer un dialogue entre citoyens. On connaît la suite et l’ampleur de la présence citoyenne pendant plus d’un mois (et qui continue encore maintenant de façon réorganisée).

Merci Patron, merci Ruffin

Merci Patron Ruffin
François Ruffin sur le plateau d’On est pas couché

Mais résumer le succès du film a une simple coïncidence avec le calendrier politique français est réducteur. C’est avant tout un film qui exprime une frustration, qui montre la chape de plomb au dessus de chaque français de la classe populaire, qui subit avec plus ou moins de virulence la situation économique de ces 20 dernières années. C’est un film qui fait vivre dans une joie communicative ce qui aurait été montré à la télé de façon misérabiliste et avec un ton pesant. C’est un film qui donne la pêche, qui remobilise, qui galvanise. Rien d’étonnant à ce qu’il trouve un écho important dans le milieu militant syndicaliste mais aussi chez le spectateur lambda, il permet de repartir de l’avant avec une motivation décuplée. On pourrait presque le classifier comme un feel-good movie, tellement on en ressort galvanisé.

Le film va d’ailleurs connaître un second souffle grâce au marché du film du festival de Cannes. Les droits ont été vendus à l’extérieur de nos frontières, ce qui permettra aux espagnols, aux belges, aux néerlandais, aux suisses et aux canadiens d’apprécier l’incroyable aventure de Ruffin et des Klur. Il reste tout de même à voir si le message du film saura trouver écho dans ces pays.

Le phénomène Merci Patron

par Christophe Lalevee Temps de lecture : 2 min
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