Figurant sur la couverture, l’inscription « Une femme, deux vies, deux univers » donne la couleur du roman Mes Vrais Enfants de Jo Walton. Cette auteure galloise, adorée par les amateurs de fantastique, raconte ici l’histoire de Patricia Cowan née en 1926. À travers cette femme, Jo Walton délivre un message de paix dans une uchronie engagée.

Mes Vrais Enfants : now or never

À la fin du chapitre 5, Mark dit à Patricia que si elle veut se marier, c’est maintenant ou jamais. Suite à la réponse de cette dernière sa vie va emprunter un chemin ou un autre, mais dans tous les cas, il est question de maternité. Dans Mes Vrais Enfants, Jo Walton met en avant les relations entre parents et enfants. La première version, surnommée Tricia puis Trish, dit oui et s’installe dans une vie morne avec Mark. Elle a 9 enfants dont 5 morts-nés. L’ainé s’appelle Douglas Oswald, il est né le 15 mars 1950 et meurt du sida en 1993. Il était chanteur. Helen Elizabeth est née en janvier 1954. Elle a trois enfants : Tamsin, Donna Rose et Anthony. Elle travaille dans l’informatique avec Don son mari père des deux derniers enfants. C’était la préférée de son père. Vient ensuite le chouchou de la mère, George. Il vivra sur la Lune avec sa femme Sophie Picton et aura en février 1988 des jumeaux, Rhodri et Bronwen. La petite dernière, Catherine Marian est née en novembre 1959. Elle deviendra banquière à Londres, aura un fils James Markus en avril 1983.

La deuxième version, surnommée Pat, dit non au mariage. Elle part découvrir l’Italie et à son retour elle rencontre Bee à la chorale. Elle vit une existence bien plus douce et apprécie les bonnes choses. Elle découvre notamment les plaisirs féminins : « Et le plaisir sexuel l’avait transformée » p96. Avec l’aide de Michael, photographe sur ses guides touristiques, elle tombe enceinte de Florence Béatrice. Pour que les enfants aient un lien, elles choisissent le même père pour Jennifer Patricia qui sera portée par Bee cette fois. Le dernier de la famille naît en avril 1967, Pat donne naissance à Philip Marsilio. L’ainée deviendra professeure. Elle se mariera avec Mohamed en 1984, ils auront deux enfants : Samantha (mai 1986) et Cenk (mars 1988). Jenny va devenir architecte à Florence et se mariera en juillet 1998 à Francesco. Le fils épousera le même style de vie que ses mères. Il vivra avec Ragnar et Sancha, musiciens comme lui. Ragnar étant le père du premier bébé, Philip deviendra le mari de Sancha pour qu’il y est toujours un lien avec l’enfant. Le trio aura aussi une fille qui s’appellera Anna Louise.

Petite & Grande Histoire

Dans son roman, l’auteure raconte la vie de Patricia au travers d’un prisme historique passionnant. Si son histoire personnelle diverge selon le chemin emprunté, l’Histoire du monde se retrouve aussi chamboulée. Cette double uchronie à la fois historique et personnelle permet de se rendre compte des combats féminins à travers les générations. Que ce soit Pat ou Tricia toutes deux subissent les aléas pour obtenir leur permis, symbole d’émancipation de la femme à une certaine période. Tricia est soulagée quant à elle en 1961 d’enfin se faire prescrire la pilule. On suit son combat pour divorcer en 1972 avec toutes les preuves qu’elle doit fournir pour celui-ci. Pour Pat, il est question d’insémination artificielle et de la lutte pour avoir un enfant reconnu légitime dans un couple homosexuel.

Jo Walton mentionne des faits historiques que tout le monde connaît, mais les détourne de manière subtile. On découvre les évènements à travers des conversations entre les personnages, ils sont encrés dans un quotidien tangible. Tout le globe est passé en revue que ce soit : le couronnement d’Elizabeth II, la crise de Cuba, les manifestations étudiantes de mai 68 à Paris, ou encore le printemps de Prague. Ainsi chez Tricia, « Kennedy a fait assassiner Castro » p123 et chez Pat « Les Etats-Unis ont quitté l’ONU » p254. Des faits alternatifs qui pourront peut être inspirer Donald Trump à l’avenir ! Certains évènements fictionnelles sont tragiques comme la destruction de Miami et Kiev par l’arme atomique, mais d’autres font rêver comme la possibilité de vraiment vivre sur la Lune ou Mars.

Entre uchronie & roman intimiste

Le roman débute de manière confuse sur une vieille femme et il faut honnêtement s’accrocher pendant les 60ères pages pour comprendre. Le génie est donc posé, on est dans l’esprit d’une personne qui n’a plus toute sa tête et la narration à la 3e personne nous amène au plus près de notre héroïne. Une fois que l’histoire est divisée entre le maintenant et le jamais, il est plutôt simple de s’y retrouver, les chapitres s’alternant parfaitement. Le dernier chapitre vient conclure en beauté et boucle la boucle. L’écriture de Jo Walton est fluide et agréable. Plutôt neutre, elle fait défiler avec justesse les mots et permet aux lecteurs d’être pris par son message. Elle crée même des ponts entre les deux histoires, des petits clins d’œil qui rendent hommage à son formidable travail. Ainsi p221, dans l’histoire de Trish, lors de la remise de diplôme de George, une récompense est attribué au professeure Dickinson pour son traitement de la maladie des Ormes, il s’agit en fait de la Bee de Pat. Le personnage de Sophie Picton est aussi présent dans les deux vies. Elle est soit l’épouse de George, fils de Tricia, soit une élève de Bee. Il s’agit d’un roman fantastique, mais moins dans le sens pur de science-fiction, que par le côté et si ? Mes Vrais Enfants donne la voix à une femme forte qui questionne son libre-arbitre à travers d’un livre audacieux à deux histoires. Jo Walton traite de sujets plus ou moins ordinaires avec une double perspective. Son point de vue est féministe, intimiste et un brin philosophique.

Mes Vrais Enfants : l’effet papillon selon Jo Walton

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 4 min
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