Chez Préludes, sort, mercredi 10 janvier, le nouveau roman de Nicolas Delesalle : Mille Soleils. Dans ce livre, l’auteur raconte l’histoire de quatre hommes : Vadim, Alexandre, Wolfgang et Simon. Un lundi matin de février, sur une piste argentine, leur vie va être bouleversée à tout jamais. Un voyage dans la chaleur à Mille à l’heure !

Nicolas Delesalle à Mille km/h

Mille Soleils est un livre bien différent des autres grâce à la plume de son auteur. Le roman a une temporalité propre et bien précise. Nicolas Delesalle fait vivre à son lectorat une seule journée des personnages, de 7H35 à 22h10. Il prévient d’ailleurs rapidement son auditoire que chaque instant est précieux : « À partir de cet instant-là, chaque seconde compte, celle d’avant, celle d’après et toutes les autres » (P13). Le travail fait sur cette temporalité est d’orfèvre. Tantôt, le romancier tient un rythme effréné où il décrit ce qu’il se passe d’un trait à grand renfort de virgules comme c’est le cas dans les chapitres 7H35 et 22H10. Tantôt, il se laisse gagner par la contemplation et nous embarque dans une rêverie admirative sur l’immensité du ciel. Le sens du timing revient néanmoins toujours dans Mille Soleils. Quand il s’agit de décrire le passé d’un personnage, la précision des dates demeure : « À cet instant précis, à 15H30 selon l’heure indiquée sur son iPhone, il se sent plus vivant qu’à tous les autres instants de sa vie, plus vivant dans ce désert que dans son bureau à 10H34, le jeudi 16 septembre 2004 » (P165). Nicolas Delesalle maintient son lectorat alerte aussi grâce à sa verve. Si la cadence de Mille Soleils emporte tout sur son passage, le ton de son auteur a de quoi dérouter. Les comparaisons sont délicieusement piquantes : « Il a une femme qu’il a épousé comme on achète un lecteur DVD » (P19) ou encore « Son calme apparent s’écroule comme des tours de banlieue après un avis général d’expulsion » (P91).

La vie dure Mille Soleils

Mille Soleils est un roman sur le basculement. Que représente une vie lorsqu’elle est sur le point de s’achever ? À quoi pense-t-on à la toute fin ? Nicolas Delesalle offre un roman profondément envoûtant emprunt d’une poésie particulière sur le sens de la vie. Avant même l’instant fatidique, la philosophie de l’auteur prévient du danger : « Les hommes tombent parfois de la toile qu’ils ont passé leur vie à tisser et, dans leur chute, agissent exactement contre ce qu’ils sont (P25). Peu importe que l’homme soit taiseux comme Vadim, rêveur comme Wolfgang, beau comme Alexandre ou hypocondriaque comme Simon, la vie tient à un fil : « À quoi tiennent les choses qui nous sont le plus chères ? À des coups de vent dans les crânes » (P84). Chacun des personnages va réagir à sa manière ainsi le romancier dresse un panel des possibles face à la mort. Vadim va bousculer sa nature, alors que Wolfgang demeurera toujours aussi infortuné, Simon lui marchera et Alexandra songera à Léna, son amour perdu. Nicolas Delesalle questionne les réactions humaines face au chaos. Il en profite aussi pour se moquer gentiment de la génération Y et son addiction aux réseaux sociaux : « Mentalement, il écrit les statuts possibles pour définir la situation. Informatif : Je viens d’avoir un accident dans le désert. Énigmatique : Journée étrange. Cynique : Balade tragique dans la pampa : un mort. Dramatique : Adieu, les gars. Concis : Au secours ! » (P101). Mille Soleils apporte un rayon d’espoir, à travers tous les souvenirs évoqués par les personnages, se dessine une ode à la vie sans idéalisation : « On ne peut pas vivre chaque instant comme si on allait mourir dans l’heure suivante. C’est un idéal de cinéma, de littérature ou d’adolescent. Ce n’est pas la vie. La vie est fatigante ».

Tous les mardis et vendredis, nos rédactrices de la rubrique littérature vous parlent d’un livre qu’elles ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Nicolas Delesalle nous fait observer Mille Soleils

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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