Après un quart de siècle de contestations, de consultations et d’oppositions, le projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été abandonné. Les bocages de la zone sont sauvés. D’autres projets, où les intérêts politico-économiques se mesurent à la protection de l’environnement, sont contestés en France. Focus sur deux ambitions de mines de métaux en Bretagne et en Guyane.

Des projets de mines responsables ?

« C’est un projet qui, je le pense, sur ses fondamentaux, peut être bon pour la Guyane », s’exprimait Emmanuel Macron, fin octobre lors de son passage en Guyane, au sujet de la Montagne d’or. Les sous-sols français connaissent un regain d’attractivité depuis plusieurs années. En Bretagne, dans la Creuse, en Nouvelle-Calédonie, en Mayenne, en Guyane … Les permis exclusifs de recherche fleurissent, les refus de voir l’environnement détruit aussi. Les entreprises minières sont à la recherche de métaux précieux tels que l’or ou l’argent, mais également des métaux comme le zinc, le plomb, le cuivre, le nickel et le tungstène. Elles affirment que les techniques d’exploitation ont changé, que les futures mines (si elles sont créées) seront « responsables » grâce à de nouveaux outils et de nouveaux traitements. Une belle campagne de greenwashing (technique de communication visant à rendre une énergie, un processus polluant, plus vert, plus écologique) pour les défenseurs de l’environnement tel que Jean-Pierre Ferrant de l’association Oui à l’avenir, interviewé par Reporterre. Il affirme que « c’est un crime environnemental. Il n’y a aucune exploitation minière propre ». Les pollutions de ces mines s’attaquent à l’eau, à l’air et au sol. Toujours selon Reporterre, « les produits chimiques et l’arsenic présents naturellement dans la roche contaminent l’eau, qui s’infiltre dans le sol. Enfin, le ruissellement déplace les substances emmagasinées dans le sol vers des cours d’eau. L’exploitation d’une mine est très gourmande en eau, dont le recyclage, s’il a lieu, n’est jamais parfait ». De l’autre côté les exploitants miniers clament la création d’emplois, le développement des régions et des projets de mines plus contrôlés, avec davantage de normes et donc moins destructeur pour l’environnement, que dans d’autres États.

Guyane et Bretagne se battent contre les mines

Montagne d’Or pour les Guyanais, Variscan pour les Bretons. Recherche d’or pour la première à 180 kilomètres à l’Ouest de Cayenne, recherche de zinc, de plomb, de cuivre, d’indium … pour la seconde. Dans le bassin armoricain, ce sont surtout des métaux utiles aux technologies qui sont visés. Essentiellement exploités en Chine, ces métaux rares sont des matières indispensables à la production des téléphones portables, des tablettes, batteries pour les voitures électriques, etc.

Face à ces projets miniers, les deux zones se mobilisent. À l’appel du collectif Vigil’Oust, les habitants de la ville Mûr-de-Bretagne dans les Côtes d’Armor, sont venus manifester le 15 janvier munis de pancartes « Variscan Out », lors de la visite du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, pour l’inauguration d’une nouvelle ligne électrique. Douar Didoull, un autre collectif, avait lui aussi appelé les Bretons à défendre la préservation de l’environnement, au cours du mois de novembre à Guingamp, Morlaix, Lannion.

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Mobilisation contre Variscan en centre Bretagne © Claude Prigent

En Guyane, les citoyens se mobilisent à travers le collectif Or de question contre « la méga-industrie minière ». Selon le site de la Montagne d’Or le début de la production est prévu en 2022, les études d’impact ont été effectuées. En 2018, doit se tenir un débat public qui fait suite à deux autres séries de consultations des parties : élus, collectivité territoriale de Guyane, populations amérindiennes et bushinengués, associations, acteurs socio-économiques et organisations non gouvernementales. Or de question rappelle que si ce projet voit le jour, c’est tout un écosystème de la taille de 150 terrains de football, situé entre deux réserves biologiques qui sera détruit. Aux eaux polluées, s’ajouteront  « le stockage de millions de tonnes de boue » par des barrages dont le risque de céder n’est pas minime. Le WWF (World Wide Fund for Nature) a analysé la faisabilité du projet et son impact économique pour la Guyane, où le chômage est deux fois plus important qu’en métropole. Il ressort de cette étude « la fragilité des hypothèses favorables » à l’exploitation de cette partie de la forêt amazonienne. Le WWF se fonde sur la volatilité du cours de l’or, la création d’emplois pour une durée limitée et un impact négatif sur l’environnement malgré les précautions qui veulent être prises par la compagnie minière. L’ONG souhaite que soit envisagée pour la Guyane, un autre mode de développement économique.

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Le collectif Or de question manifeste contre la Montagne d’or © Gerome Guitteau

Selon Franceinfo, il existerait entre dix à quinze Zone à défendre en France (ZAD). Les projets de mines guyanaise et bretonne n’y figurent pas. Ce ne sont pas des ZAD telles que Notre-Dame-des-Landes avec une organisation permanente sur le terrain. La contestation est pourtant bien là.

Emmanuelle Jolivet

Les mines françaises sont contestées

par contributeurs Temps de lecture : 3 min
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