On dit souvent qu’il suffit parfois d’un regard, d’un hasard pour rencontrer quelqu’un qui nous marquera à jamais. Je pensais que cela n’arrivait que dans les films à l’eau de rose avec Hugh Grant. Jusqu’à cet après-midi où j’ai rencontré James. Je sortais du métro à Etienne Marcel, lorsque je l’ai croisé dans le couloir. Un seul regard, comme un coup violent dans le creux de l’estomac. PAN ! Coup de foudre.

De nature pourtant très timide, je me suis dirigée vers lui spontanément. Puis, nous nous sommes mis à parler. Il devait se faire tatouer, et moi, faire du shopping. Finalement nous n’avons rien fait du tout. Nous avons passé notre journée à flâner dans les rues parisiennes, à discuter, à rire, à parler de nous comme si on se connaissait depuis toujours. Tout était si naturel, si vrai qu’on voulait que ce moment s’éternise. Il était deux heures du matin, je le connaissais depuis à peine 12 heures, et j’étais déjà folle amoureuse de lui. Nous nous sommes séparés, non sans regret, mais on savait que ce rendez-vous était le premier d’une longue série.

Le lendemain, il m’attendait à la sortie de la fac, il m’avait préparé une surprise. Je mis mon casque et James m’a demandé de prendre un écouteur pour que l’on puisse écouter la même musique « Do you know the way to San José » de Dionne Warwick. Nous roulions au rythme de cette balade, le vent chaud frappait mon visage, je fermais les yeux et j’avais l’impression que rien ne pouvait être aussi parfait. Nous nous sommes arrêtés dans un parc complètement désert en face de la Seine.  La veille, je lui avais parlé des friandises dont je raffolais, il les sortit toutes de son coffre, il n’en manquait pas une. J’étais ébahie par ce garçon qui me connaissait si bien depuis si peu de temps. Enfin, cette soirée finit par la meilleure des gourmandises : le baiser. En rentrant chez moi, j’avait déjà sept messages de James. Chaque message comprenait une lettre :

J

E

T

A

I

M

E

Mes yeux s’embuaient de bonheur, mais j’avais au ventre cette peur d’être heureuse, l’effroi que cela puisse s’arrêter un jour.

Le weekend suivant, James m’invita chez son père, Pierre, chez qui il vivait. Nous nous découvrîmes beaucoup de points communs : la littérature, le théâtre et la peinture. Pierre et moi passions nos après-midi à voir des expositions pendant que James était en cours. Il m’aidait avec mes cours de littérature, m’apprenait à peindre et me chérissait comme si j’étais sa propre fille. Il devenait un second père pour moi. Au fil des semaines, leur triplex était devenu le mien, j’y passais toutes mes nuits et je me sentais désormais mieux chez eux que chez moi.

James ne supportait pas que l’on puisse aussi bien s’entendre. Selon lui, un couple devait forcément se disputer. Nous avons décidé de créer de fausse querelles de cinq minutes. Je n’en voyais pas l’intérêt, mais pour lui c’était nécessaire.

Nous passions notre temps libre ensemble, et nous avions mis tous deux nos amis de côté puisque nous nous suffisions l’un à l’autre. L’amour est une conversation. L’amour, c’est lorsqu’on ne parle qu’à l’autre. Et lorsque l’autre ne parle qu’à toi. Nous n’étions que tous les deux et cela nous convenait parfaitement.

Il était temps que j’aille chez mes parents dans le sud, ça allait être la première fois que je serai séparée de James, mais ce n’était que l’histoire de quelques jours. Sur le quai de la gare, la séparation fut plus douloureuse que prévu. J’avais le cœur déchiré, mes sentiments étaient démesurés j’en avais bien conscience, mais j’étais hors de contrôle lorsqu’il s’agissait de lui.

Le soir même, je reçus un message de James :

« Que quelques heures que tu es partie et je ne cesse de penser à toi. Je pense à toi quand je marche du coup je fais exprès de marcher plus lentement pour pouvoir penser à toi plus longtemps. Je pense à toi continuellement quand je te vois et quand je ne te vois pas. J’aimerai tant faire autre chose que de penser à toi mais je n’y arrive pas. Tu me manques terriblement. Je t’aime »

C’est ainsi que le lendemain matin, je retrouvais James au pied de ma gare.

C’était avec une excitation enfantine que je lui montrais mon village où j’ai grandi, que je lui contais les anecdotes que chaque recoin pouvait cacher. Puis il fut l’heure pour lui de partir, je le rejoindrai à la première heure le lendemain matin. 

Une fois parti, je n’avais qu’une envie : dormir, pour que le temps passe plus vite. Quand je me suis réveillée, mon oreiller était plein de sang. Je ne comprenais pas d’où cela pouvait venir jusqu’à ce que le goût remonte dans ma bouche. 

Arrivée aux urgences, les médecins pensaient qu’il s’agissait d’un problème dentaire, mais il n’y avait rien de ce côté. Ils me posèrent mille et une questions sur mes activités du week-end. Conclusion : la perte de sang était liée à James. Selon eux, nous étions tellement fusionnels qu’inconsciemment je n’avais pas supporté qu’il parte. Et mon corps a parlé à ma place. Le médecin m’a dit : « Il faudrait vous détacher de ce jeune homme pour votre santé. »

Ces mots raisonnaient dans ma tête et je n’arrivais pas à comprendre comment cela était possible. J’ai décidé de ne pas lui raconter cette aventure, pour ne pas le blesser.

Malheureusement, les autres fois où nous nous sommes séparés j’ai été de plus en plus malade et James l’a remarqué. Notre amour était beau, mais destructeur. James a décidé de rompre pour notre bien. Son dernier message : « Je n’arriverai jamais à ne plus t’aimer. » Il y a des jours avec, et des mois sans.

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Modern Love : « Notre amour était beau, mais destruct…

par Sabrina Viniger Temps de lecture : 4 min
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