Pendant plusieurs années, j’ai enchaîné des relations sans lendemain avec des filles avec lesquelles je n’arrivais pas à m’engager. Je me demandais si c’était moi ou elles le problème. A cette époque, je sortais avec une fille, Chloé. Je n’étais pas pleinement épanoui dans cette relation mais j’essayais de me convaincre que c’était peut-être ça « être en couple ». Lors de soirée, mes potes me racontaient leurs histoires de cul, et moi je contais des ébats sans queue ni tête pour camoufler la vérité : je n’arrivais pas à bander. Je me disais qu’eux aussi devaient mentir, je ne pouvais pas être le seul à avoir des problèmes d’érection après tout.

A l’anniversaire d’une amie, j’ai rencontré Thomas, nous sommes très rapidement devenus amis. Nous avons commencé à jouer au tennis de temps en temps, puis tous les weekends. Je délaissais Chloé au profit de Thomas sans regret. Je me disais qu’une bonne amitié valait mieux qu’une relation ennuyeuse. Après le tennis, les cafés puis les cinémas et les restaurants. Nous passions tout notre temps libre ensemble. Je me rendais compte au fil des rendez-vous que je l’appréciais mais d’une façon différente, je le trouvais très attirant avec son sourire et son enthousiasme débordant. Je savais que les jours où j’avais un coup de mou, entendre sa voix me requinquerait. Mes amis trouvaient que j’avais changé, que je semblais plus heureux depuis quelques temps. Ils se doutaient que j’avais rencontré quelqu’un : une fille. Alors pour ne pas perdre la face devant eux, j’ai légèrement déformé la vérité. Thomas était devenu Diane. 

Un soir, nous étions totalement éméchés, on s’est regardé un instant, nous nous sommes rapprochés très lentement l’un de l’autre et Thomas a posé des lèvres sur les miennes. Puis je l’ai repoussé, même si j’avais plus qu’apprécié ce baiser, je n’étais pas un putain d’homosexuel ! Pas moi. Ce n’était pas possible.

Après cette soirée, j’ai fait le mort. Je ne répondais ni à ses appels ni à ses messages et j’évitais les endroits où il avait ses habitudes. Seulement, malgré mes efforts pour oublier ce baiser, il avait semé le doute dans ma tête. Je me posais de multiples questions, je me demandais ce qui n’allait pas chez moi. Je mettais ça sur le compte de l’alcool, nous avions trop bu, on ne savait pas ce qu’on faisait. Pourquoi cela me perturbait-il autant ?

Je ne voulais pas, je n’acceptais pas qu’un homme puisse me faire de l’effet. C’est ainsi que j’ai « tapé » dans tout ce qui bougeait. J’essayais de me mentir à moi-même. Je n’ai jamais été autant épanoui qu’avec Thomas auprès de moi. Il était ancré dans ma tête et je n’arrivais pas à m’en défaire.

Au travail, je n’arrivais plus à me concentrer tant les questions s’entassaient. Je surfais sur tous les sites qui évoquaient l’homosexualité : « découverte tardive de l’homosexualité », « l’éveil du désir homosexuel »… Chacun de ces sites conseillait d’en parler. C’est sûr que j’en avais besoin, mais j’avais extrêmement peur de la réaction de mes amis.

Vous n’avez pas idée de la honte que l’on peut ressentir en prenant conscience de son homosexualité. Je me sentais envahi par la culpabilité et j’avais peur que mes proches en souffrent. Le téléphone à la main, il était temps de sauter le pas auprès de celle qui sera certainement la plus indulgente : ma meilleure amie. Lorsque je lui ai confessé mon secret, elle ne fut pour le coup aucunement surprise voire même soulagée que « je me révèle enfin à moi-même ». Pour elle, c’était une évidence. Merci de ne me le dire que maintenant ! Mes autres amis ont eu la même réaction, ils étaient heureux pour moi, et j’étais enfin soulagé de ne plus me cacher. J’avais l’impression qu’un nouveau moi naissait.

Les semaines et les mois passèrent et Thomas était toujours dans ma tête. J’ai voulu l’appeler ou lui envoyer plusieurs messages, mais je n’ai jamais eu le courage de passer à l’acte. Puis, un jour je le vis à la terrasse d’un café, en très bonne compagnie. Il avait tourné la page, contrairement à moi.

Il fallait fermer ce livre et en ouvrir un autre. Comprendre mon homosexualité a été une délivrance. Je n’avais aucun problème psychologique, je n’allais juste pas dans la bonne direction. J’accepte désormais ma sexualité, et je suis prêt à être dans une relation qui, cette fois, m’épanouira.

« Quand j’ai découvert mon homosexualité, j’ai eu…

par Sabrina Viniger Temps de lecture : 3 min
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