La colocation était ma seule solution lorsque j’ai quitté ma province natale pour la capitale. J’ai trouvé très facilement un petit appartement cosy à partager avec Paul et son fils Nathanaël. Je ne pensais pas que cette colocation changerait ma vie. 

Pendant les deux premiers mois, je n’ai pratiquement jamais vu mon coloc et son enfant alors qu’il me préparait un délicieux repas tous les soirs. Nous nous parlions la plupart du temps par l’intermédiaire de post-its, puisque lorsque je rentrai ils dormaient, et je retournais tous les weekends à Aix pour voir mon petit-ami, Romain.

Un jour, à l’agonie sur le canapé du salon, je me suis endormie. En me réveillant, j’avais une couverture posée sur moi, un thé encore tout chaud avec des médicaments et un petit mot :

« Prends ces médicaments, tu ne semblais pas très bien, je reviens vers 13 h pour voir si tu vas mieux. P »

Son petit mot me faisait chaud au cœur. Paul, malgré le fait qu’il ne me croisait que quelques minutes par semaine, était toujours prévenant avec moi. Il allait d’ailleurs bientôt arriver et je ne sais pour quelle raison je voulais être jolie lorsqu’il passerait le pas de la porte.

J’entendis la clé se glisser dans le trou de la serrure, je me mis dans le canapé en feignant d’être plus malade que je ne l’étais. A peine arrivé, il a commencé à prendre soin de moi comme personne ne l’aurait fait. Puis, je me suis assoupie… sur lui. Au réveil, encore un de ses petits mots que j’adorais tant :

« Je ne voulais pas te réveiller, tu étais si angélique ! Je suis partie chercher Nathanaël. Il ira chez mes parents ce soir pour que tu puisses te reposer au calme. P ».

Les jours suivants, la routine était revenue et je ne le croisais plus malgré tous mes efforts pour rentrer plus tôt du boulot. Direction Aix pour rejoindre Romain. Mêmes soirées, mêmes conversations, mêmes bars, j’avais l’impression que mes weekends était une pâle copie des précédents. Je regardais Romain, heureux à cette terrasse alors que je n’y trouvais plus ma place. Je me demandais s’il serait capable, un jour, de tout quitter pour moi. Le soir même, je suis restée chez mes parents, je n’avais rien envie de faire, enfin … si : être à Paris. De retour, personne n’était à l’appartement et je me surprenais à regarder la décoration pour la première fois et les photos qui couvraient le mur. Pas une seule photo de la maman de Nathanaël. Je me demandais ce qu’il avait bien pu se passer pour qu’il ne l’évoque jamais.

Les weekends suivants, je les ai passés avec eux à faire mille et une activités pour Nathanaël, et je me plaisais à passer du temps avec eux plutôt qu’avec mes amis. Notre complicité devenait de plus en plus grande au fur et à mesure des jours. Je découvrais leur routine et j’aimais en faire partie, rire à gorge déployée avec Nathanaël, le regarder béatement avec Paul pour chacune de « ses premières fois », fière comme s’il s’agissait de mon propre enfant. Je passais le reste de mon temps libre avec eux, et chaque moment auprès de Paul m’attachait un petit plus à lui mais  j’étais aussi plus vulnérable quand il s’agissait de lui.

Je pris la décision de rompre avec Romain, nous avions deux visions du futur bien différentes, continuer ne servait à rien sauf à perdre notre temps. Et de toute façon, j’étais attirée par un autre. 

Un peu patraque, Paul a été là pour me soutenir après ma rupture sans arrière pensée. Puis, un soir,on s’est fait un câlin qui a mené à des caresses chastes, mais qui ont donné un côté ambigu à notre relation jusque là platonique. Cette nuit-là impossible de dormir, je repensais à ses mains sur mon corps, ses lèvres sur les miennes et son odeur sucrée s’était posée sur mes vêtements. Je les serrais dans mes mains en les respirant, j’avais l’impression qu’il était à côté de moi.

Les jours suivants, Paul ne pouvant pas, je suis allée récupérer Nath à l’école, en attendant que son papa rentre du boulot. Et désormais, c’était à moi de lui lire une histoire au coucher avant de rejoindre Paul autour d’un verre de vin dans le salon. Nos soirées nous permettaient d’en apprendre un peu plus l’un sur l’autre, de se détendre, et se montrer notre affection sans vraiment se l’avouer. La situation était compliquée et pourtant j’acceptais sa vie, son passé et son enfant. C’était lui. Il était ce que je voulais. Il faut l’admettre, il s’était passé peu de choses entre nous et pourtant il y avait cette alchimie et cette attirance incontrôlable. J’avais envie de lui avouer mon amour. Parfois je me disais qu’il ressentait la même chose, mais comment pouvais-je en être sûre ? Je n’avais pas envie d’essuyer un refus. Je n’avais pas envie de gâcher cette relation que l’on avait tissée, je préférais être son amie plutôt que rien du tout. Malgré moi, le petit Nathanaël a poussé un peu les choses. Nous jouions tous les trois quand soudain en nous voyant rire :

– Papa est amoureux !
– Ah bon ? De qui ?
– De toi !
– Nathanaël, il ne faut pas dire les secrets de papa ! 

Le soir venu et le petit au lit je lui ai demandé si l’expression « la vérité sort toujours de la bouche des enfants » était vraie. Il me l’a confirmée avec un baiser. 

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Modern Love : L’amour à trois

par Sabrina Viniger Temps de lecture : 4 min
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