Dans son film Moi, Tonya, Craig Gillespie raconte l’histoire de la patineuse américaine Tonya Harding. Lors des Jeux olympiques d’hiver de 1994 à Lillehammer, elle et ses proches sont soupçonnés d’avoir attaqué sa rivale Nancy Kerrigan. Un événement qui a défrayé la chronique et dont le réalisateur s’empare pour mieux montrer les travers de l’American dream. Porté par une éblouissante Margot Robbie, ce long-métrage est un anti-biopic où la glace et le feu se côtoient dans un rythme effréné.

Le faux biopic de Craig Gillespie

Moi, Tonya retrace le parcours de la patineuse artistique Tonya Harding, mais pas que, il met en scène sa vie de 4 à 44 ans. Craig Gillespie a fait des choix forts dans sa réalisation pour casser les codes plutôt rigides du biopic. Certains partis pris rapprochent même le film du documentaire. Dans Moi, Tonya le spectateur se demande souvent ce qui est vrai, paradoxe plutôt intéressant dans un long-métrage. La temporalité est plutôt simple, d’un côté le présent où les personnages sont filmés en gros plan, ils racontent ce dont ils se souviennent. Les plans qui relèvent du passé, eux, ont un cadrage plus large. La narration n’est pourtant pas si linéaire, car les personnages interviewés font souvent irruption dans l’histoire pour remettre en cause celle-ci. Le réalisateur a su insuffler un rythme particulier notamment grâce aux chorégraphies de Sarah Kawahara. Si Margot Robbie n’a évidemment pas pu faire toutes les figures, Craig Gillespie a été ambitieux dans ses plans en mouvement. La bande son de Moi, Tonya fait aussi son effet. Elle vient donner un coup de jus à l’ensemble avec des hits notamment de Bad Company, Dire Straits, En Vogue, ou Supertramp. Le montage très cut ajouté à la musique punchy matchent parfaitement avec le caractère irrévérencieux de Tonya Harding. Ciao biopic lisse à l’image !

Le symbole Tonya Harding

Tonya Harding c’est une anti-héroïne qui représente bien l’idée de l’American dream. Élevée par une mère plus encline à la transformer en championne qu’à lui montrer une quelconque marque d’affection, Tonya va vite comprendre la difficulté de la vie. Issue d’une famille pauvre, elle dénote dans le paysage du patinage artistique où le strass et les paillettes prédominent. Toutefois, si la vie lui donne des coups, la jeune femme reste fidèle à elle-même. Sa volonté de fer lui aura permis d’être la première Américaine à réussir un triple axel. Dans son long-métrage, Craig Gillespie dénonce la violence physique – Tonya a été battue par son mari – autant que moral, la patineuse étant sans cesse rabaissée par les institutions du fait de ses origines. Moi, Tonya est un portrait de résilience où Margot Robbie personnifie une rage de vivre et de vaincre qui prend des aspects tantôt comique et tantôt dramatique. Après tout ce qu’elle aura vécue, la native de Portland, finira sa carrière bien loin des parquets. Elle renaîtra sur les rings avec la boxe. Le réalisateur dénonce une Amérique aussi prompte à aimer qu’à détester, qui a fait de Tonya un ange déchu.

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Craig Gillespie réhabilite la patineuse Harding dans Moi, Tonya…

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 2 min
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