Peter Terrin, écrivain flamand né en 1968, est l’auteur de deux recueils de nouvelles et de six romans, et pourtant, c’est avec Monte-Carlo, sorti le 4 octobre chez Actes Sud, que la rédaction le découvre. Dans ce roman, l’auteur nous raconte l’histoire de Jack Preston, mécanicien chez Lotus. Sa rencontre avec l’actrice Lily va bouleverser sa vie…

Peter Terrin : auteur ou peintre flamand ?

Le livre de Peter Terrin est à la fois déroutant et convainquant. 208 pages, c’est assez court pour un roman. Les chapitres n’excèdent pas quatre pages. L’auteur nous embarque dans une course et pourtant prend tout son temps pour boucler l’histoire. Par petites touches, le lecteur est transporté ailleurs. Peter Terrin écrit comme pour photographier et son héros lui ressemble : « La revue enverrait un photographe de métier. Quelqu’un de sensible à la lumière et à la couleur » (p55). Le romancier dépeint avec tout autant d’attention les paysages de campagne anglaise « sous le ciel bleu clair du couchant de ce qui était à un jour près la plus longue journée de l’année » (p86), que la chaleur des circuits. Monte-Carlo parle de formule 1, un sport qui ne fait pas réellement partie des sujets littéraires très populaires, mais l’auteur veut donner envie : « L’époque était excitante, et la formule n’était pas à la traîne ! » (p95). Le héros, Jack Preston est mécanicien pour Lotus. Son amour pour la course le hante même dans ses rêves : « Cette nuit-là il rêva d’Enzo Ferrari. Qui traverse le feu pour la beauté est chez lui chez Ferrari » (p111). Le champion automobile, Ayrton Senna, disait : « Idéalement nous sommes ce que nous pensons. Dans la réalité, nous sommes ce que nous accomplissons » et Peter Terrin ne pourrait qu’être d’accord.

Monte-Carlo : le croisement de deux destins

Monte-Carlo de Peter Terrin met en parallèle deux univers qui vont se rencontrer un court instant sur l’asphalte. Comme il le dit lui-même : « C’était lui – Jack Preston – qui avait sauvé la vie de Lily » (p81) sauf que ça personne ne le reconnaît. Lui, le petit mécanicien d’Aldstead, n’est absolument pas crédité pour son geste. Il est même renvoyé : « En un mot comme en cent : il était licencié » (p109). Toute la tension narrative tient sur cette question : est-ce que la belle actrice Lily va recroiser la route de Jack Preston pour le remercier ? Dieu permettra-t-il au Britannique de 35 ans de toucher à nouveau l’actrice ? Jack étant très croyant, il est question du Seigneur à de nombreuses occasions : « Le Seigneur veillerait à l’équilibre. Il pensait à haute voix, ou il priait Dieu : la différence entre les deux s’était estompée » (p153). La dimension religieuse est très prégnante, mais moins dérangeante qu’on aurait pu le croire. Le destin des deux personnages principaux est donc celé par le créateur : « Dieu lui avait donné raison après tout ce temps. Mais il ne l’avait pas récompensé pour le sacrifice qu’il avait fait à Monte-Carlo ; il avait puni Lily pour sa négligence (p187).

Tous les mardis et vendredis, nos rédactrices de la rubrique littérature vous parlent d’un livre qu’elles ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Peter Terrin désacralise la F1 dans Monte-Carlo

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 2 min
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