Le musée des merveilles de Todd Haynes est une adaptation du roman Wonderstruck de Brian Selznick publié en 2011. Avec ce film, le cinéaste, plonge ici dans deux univers : le New York des années 20 et celui des années 70. Ce microcosme est sublimé par le vibrant hommage rendu par le réalisateur au 7e art, dans un parfait jeu de symétrie. À travers les yeux de deux enfants sourds, le monde s’ouvre à nous comme dans un rêve.

Wonderstruck: un hymne à l’enfance

La thématique qui demeure au cœur du film, au-delà de l’enfance, est celle de la recherche parentale. Ben et Rose sont des enfants en quête d’amour filial. Rose vit avec son père, mais n’arrive pas à se faire à son monde. Elle part donc à New York pour rencontrer Liliane Mayhew son actrice préférée. Ben, quant à lui, a perdu sa mère dans un accident de voiture et part dans les rues de la grosse pomme à la recherche de son père. Ce parcours initiatique sert de pont et permet au réalisateur de lier les deux histoires. Todd Haynes, décrit le film comme un « acid trip for kids ». Il entend par là que les enfants sont amenés à grandir pour s’émanciper. Wonderstruck est un beau voyage qui mènera l’enfant à découvrir le monde sans ses parents. Paradoxal quand on sait qu’ils sont la source de départ.

Un hommage au monde du silence

Dans Wonderstruck, les deux héros sont atteints de surdité. Rose est sourde depuis sa naissance alors que Ben le devient après avoir été frappé par la foudre. Todd Haynes parvient à ne pas tomber dans le pathos, car il ne centre pas exclusivement l’histoire sur leur handicap. Il s’agit avant tout de deux enfants qui découvrent le monde à travers leurs différences. Le réalisateur a choisi de faire ce film comme il le dit en s’affranchissant des conventiones liées au son. Il a tenu à impliquer des acteurs malentendants afin d’enrichir le film avec leurs expériences. Ainsi, il n’y a pas que Millicent Simmonds l’actrice qui joue Rose, mais aussi Lauren Ridloff qui joue la domestique, Dr Gill l’enseignante, un agent de police et Miss Conrad. Pour permettre aussi aux acteurs entendants de bien comprendre la dynamique du silence, il a eu recourt à quelques exercices. Avec son acteur principal, Oakes Fegley, ils ont même parcouru des quartiers de New York, avec des casques anti-bruit.

Une révérence au 7e art

Todd Haynes donne à voir le silence d’une manière tout à fait remarquable. Sa façon de montrer la surdité à l’écran lui permet de rendre un vibrant hommage au cinéma muet. On voit Rose, passionnée de cinéma, dans les salles obscures. La jeune fille est, à ce moment-là, à égalité avec le monde puisqu’il n’y a pas de paroles. La surdité des deux personnages à un impact dans la manière même que le spectateur a de regarder le film. Todd Haynes a, en effet, fait attention au silence et la musique de Carter Burwell vient subtilement ménager les effets. Le jeu de ruptures sonores apporte un certain contraste notamment entre la surdité de Ben et le brouhaha d’un quartier vivant des 70’s. Si le son permet de passer de 1927 à 1977, l’univers coloré, est aussi pour beaucoup dans le tableau final. Todd Haynes entrelace avec brio les temporalités dans un montage éblouissant.

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Wonderstruck : les merveilles de Mr Todd Haynes

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 2 min
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