Hier soir, les quais de Seine à peine parsemés attendaient sagement les beaux jours pour entamer leurs soirées d’été chaudes et endiablées. Au Petit Bain, New Young X, Faar et Judy ont donné le « la » à ces longues nuits qu’on pressent de pied ferme. Ça sentait bon la sueur, la bière et la musique.

New Young X Petit Bain 4

20h – Dans le Petit Bain

Engoncés dans une veste chaude et une grosse écharpe, on se retrouve près du Batofar, la cultissime péniche de nos déboires estivaux. Ça nous est familier, on était là quelques semaines auparavant, sur la péniche du CROUS, pour remettre à Olivier Bourdeaut le Prix France Culture-Télérama.

 » – Tu connais le Petit Bain ?
   – Pas du tout, t’as intérêt de m’emmener dans un endroit canon ce soir ! »

On longe timidement le Quai de la Gare en suivant le GPS, on dépasse deux restaurants fermés, le vent fouette nos visages, on resserre nos vestes un peu trop légères. J’aurais dû mettre mon gros manteau.

On s’aventure en se racontant les derniers potins, en se demandant où est-ce qu’on va ce soir, on regarde le joli pont croisé de Bercy devant nous, on passe le Vagalame, mon resto d’été préféré, et ses lucioles multicolores. Et l’on tombe sur le Petit Bain. Coincé entre le Vagalame et la piscine Joséphine Baker, le Petit Bain est à quai sous la nuit qui commence à tomber. On est en retard, dix minutes à peine, on s’aventure sur les passerelles.

A la billetterie, on donne nos noms, on récolte un tampon rouge sur la main, on a l’impression d’avoir quinze ans. On aime bien.

La péniche n’a pas l’air de grouiller de monde. Un grand panneau annonce la programmation éclectique du mois d’avril. On embarque à bord. Un grand escalier nous entraîne vers une salle sombre. Des panneaux indiquent « Bar » ou « Toilettes » – on prend la direction du bar, on rencontre une petite foule.

Un groupe joue et on se demande lequel c’est, on cherche l’ordre du line up, on ne le trouve pas. On rigole, mais on aime bien les rythmes chaloupés de Judy, électrisants et langoureux. Le chanteur fait l’amour à son micro et il entraîne la petite salle, encore loin d’être comble. Dommage. On reste en retrait, et un peu sur notre faim aussi.

20h30 – En attendant New Young X

La scène est désertée, on attend le prochain groupe sans trop savoir qui va surgir. On s’avance, on prend quelques photos. Des techniciens changent le matériel, on décide de faire un tour dans la salle. On cherche les issues de secours, juste au cas où. On fait comme si, mais des mois après, on est encore marqués par le Bataclan à chaque salle de concert ou de spectacle qu’on visite.

Le bar est très navy, la foule s’épaissit, les New Young X sont partout autour de nous. Ils se préparent en backstage mais on ne le sait pas encore.

New Young X Petit Bain 6Un pan de mur est bardé de posters à l’effigie des New Young X, les néons rouges braqués sur lui le rendent sulfureux. On essaie de jouer les mannequins contre les affiches, la caméra nous le rend bien mal. On laisse tomber.

On reste à l’écart, on papote, on trouverait presque le temps long entre les deux groupes. On aurait dû sortir prendre l’air. L’attachée presse nous rejoint, nous parle un peu des New Young X. ICU Live Music représente aussi Faar, qui jouera un peu plus tard, mais ils veulent mettre le paquet sur les NYX ce soir. On comprendra vite pourquoi.

21h – Plongeon dans le grand bain

Les lumières s’éteignent, on en profite pour s’insérer dans la fosse pas franchement garnie. Ma copine râle un peu, je l’embarque. Je veux vraiment être au cœur du concert, saisir l’ambiance, c’est toujours plus sympa.

Les New Young X montent sur scène. Ils sont quatre, on n’en voit que trois. Que deux, même : Clémence, la chanteuse lascive et sa robe psychédélique crèvent l’écran. L’un des deux garçons un peu fou qui vit sa musique comme s’il avait pris trois LSD fait le show. Il tapote sur son clavier, joue avec ses baguettes et ondule en cœur avec ses tonalités.

L’électro-pop enchante la salle. Les quatre musiciens mettent très vite le feu au bateau. L’ambiance est électrique, on commence à danser, une fille d’une vingtaine d’années grimpe sur les épaules de son compagnon, au tout devant de la scène. Si on avait fait un bingo des trucs qu’on rencontre à tous les concerts, on l’aurait noté. On se jette un regard complice, et notre œil est attiré par le public qui s’agite à notre droite. Ça bouge dans tous les sens, une nana énergique un peu fofolle qui s’amuse. L’homme, à côté d’elle, remue laconiquement la tête. Il bouge à peine mais ses yeux sont happés par la scène. Et pour cause.

Clémence, elle hypnotise. Le timbre lyrique, volubile et nuancé, elle nous embarque partout et on la suit de plein grès. Elle danse en rythme, s’amuse avec le micro. On la regarde autant qu’on l’écoute.

New Young X Petit Bain 1

21h30 – Encore

Les chansons s’enchaînent et ne se ressemblent pas. Tantôt lent et languissant, tantôt punchy et pop, parfois très éléctro, le répertoire des New Young X est au moins aussi diversifié que leur public. Dans la fosse, les spectateurs sont d’âge variable, entre 18 et 50 ans. On se dit qu’on aurait bien emmené nos mamans.

Les New Young X annoncent « Vision » et la salle hurle. Je me retourne, je sonde les cris qui viennent de derrière nous. On hallucine. La salle est pleine à craquer, les gens se pressent contre nous. On n’a vu personne arriver. « Vision », c’est le single issu de leur précédent EP. Tout le monde connaît par cœur, nous pas, on aurait aimé. On a écouté leurs titres, on n’a pas eu le temps de les retenir.

Impossible de ne pas se laisser entraîner par les sonorités pop du groupe. Les New Young X sont sur scène comme on les imagine lorsqu’on les écoute : généreux, énergiques, talentueux. On se dit que dans un an, ils rempliront un Olympia.

On s’amuse des quelques couacs techniques pas très importants, la salle rit, les musiciens enchaînent sur « Savage » et quelques autres. La tension habite leur musique, les paroles sont prenantes, on les retient vite, on a envie de chanter avec eux (et on le fait). Je me rends à peine compte qu’on est techniquement sous la Seine. J’imagine un scénario catastrophe, je me demande comment on sortirait du Petit Bain s’il prenait l’eau. Sûrement par un saut dans le grand bain. C’est pas grave, on est à quai.

Quelque part entre deux chansons, Clémence nous remercie d’être venus à la Release Party du groupe. Elle nous annonce que l’album sort le 20 mai, elle est émue, ça se voit. Lorsqu’elle accorde sa voix à celle de son acolyte, on est émus aussi. Le duo est doux, il nous fait penser à The Xx.

Lorsque les New Young X annoncent « Guhzeng », le titre phare sorti il y a moins d’un mois, on sait d’avance que c’est la dernière. La chanson nous fait bouger, on commence à avoir ce mal de jambes typique des bons concerts.

Ils quittent la scène sur un lâcher de baguettes tout en dramaturgie. La salle clame un « Bis ». Je me dis que c’est curieux, d’habitude on dit « encore ». Sur l’écran, derrière la scène, un film remercie tous ceux qui ont participé à la soirée. Le nom de Kanye West apparaît, on se demande si c’est une blague, s’il est dans la salle, pourquoi nos noms ne sont pas aussi écrits en lettres capitales sur un mur. La foule continue d’acclamer, quelques-uns se reconnaissent, « C’est mon nom ! », et franchement, on est un peu jalouses.

Les New Young X reviennent comme ils sont partis. Je me suis toujours demandé ce qu’ils faisaient, dans ce laps de temps. Est-ce qu’ils restent en coulisses à écouter leur public scander leur nom ? J’imagine que le tonitruant claviste a essuyé la sueur qui perlait sur son front. Clémence ne s’est pas recoiffée, elle a toujours un épi en l’air, mais elle n’en est pas moins belle. Elle doit s’en foutre de cet épi, et nous aussi d’ailleurs. Ce qu’on veut, c’est qu’ils rempilent juste un peu. Et on n’est pas déçus.

22h30 – Pause jusqu’au 20 mai

En attendant Faar, on file prendre l’air, pour sortir de l’étouffante foule qui se presse dans la cale du Petit Bain. Au niveau du quai, il y a une petite salle, et des musiciens. On se demande si c’est Faar qui répète. On grimpe sur le toit, et on découvre une terrasse carrément canon avec une vue imprenable sur Paris, au pied de la Seine, pleine de lumières multicolores. La terrasse se remplit au fur et à mesure, on papote eu surplombant Paris, la Seine, presque le monde. On se dit qu’on reviendra ici, quand il fera un peu plus chaud. L’air de rien, on se gèle. On se rappelle qu’il grêlait hier. On se dit que le concert était vraiment génial, et qu’on a très envie d’écouter leur album. Il faudra attendre le 20 mai. C’est pas grave, le concert de Faar va nous faire patienter.

New Young X Petit Bain 5

New Young X : le groupe élétro-pop que vous devez découvrir

par Lolita Savaroc Temps de lecture : 7 min
0