Deux ans après avoir sonné l’alarme sur le vaste merdier qu’est devenue notre agriculture, Fabrice Nicolino est de retour avec un essai décapant sur l’industrie agroalimentaire.

« Qui oserait s’en prendre au lait concentré sucré, aux corn-flakes, aux plats cuisinés, aux bouteilles d’eau et de bière, aux bonbons, au chocolat et aux gâteaux ? Qui ? Eh bien moi, pardi ! » : qu’on se le dise, les livres sur les lobbies de l’industrie agroalimentaire sont légions, mais comment refuser à Fabrice Nicolino une lecture de son ouvrage ? Comme à l’accoutumée, le journaliste consolide son argumentaire grâce à de sérieuses études et nous offre donc un essai documenté. Impossible, par exemple, de contester l’intérêt qu’ont les industriels à produire des aliments nocifs pour notre santé : « Le calcul de Meneton est limpide : si l’on réduisant de 30 % la consommation de sel en France – un objectif de santé publique indiscutable -, l’industrie agroalimentaire perdrait aux alentours de 6 milliards d’euros par an ». Même si certaines affaires citées vous seront familières, il est toujours appréciable de prendre du recul sur le sujet. Et puis, Fabrice Nicolino est tout de même une référence dans le domaine. Laissez-vous séduire par ce percutant essai et son ton toujours aussi mordant !

Une alimentation régie par les lobbies industriels

Coca Cola, Danone, General Mills, Kellogg’s, Kraft Foods, Mars, Nestlé, PepsiCo, Unilever : « Une dizaine de groupes se partagent le marché mondial, car ils possèdent des centaines de marques différentes qui donnent l’illusion de la liberté, le mirage du choix ». Si toutefois vous leur prêtiez encore une quelconque moralité, je vous laisse apprécier cet extrait édifiant de Lettre à une petiote sur l’abominable histoire de la bouffe industrielle : « Le sucre aurait sur le foie des effets toxiques similaires à ceux de l’alcool, et induirait des phénomènes d’accoutumance proches de ceux de la drogue. Est-ce si étonnant ? Des armées de techniciens et de « scientifiques » aux ordres planchent depuis des années sur ce que les Américains appellent le « bliss point », le point de félicité, à partir duquel un consommateur ne peut plus rien refuser aux marchands de poisons alimentaires ».

Morale de l’histoire selon Fabrice Nicolino : « Tel le scorpion de la fable, qui pique mortellement la gentille grenouille qui lui fait traverser une rivière, la transnationale fait du fric. Car c’est sa seule nature ».

« Tout n’est pas perdu », Fabrice Nicolino

Lorsque l’auteur choisit de s’adresser à une petite fille de trois ans, il ne le fait certainement pas de façon innocente. Il cherche avant tout à nous mettre face à nos responsabilités : quel avenir souhaitons-nous pour les générations futures ? Car il faut l’avouer, nous sommes en partie responsables de l’état désastreux de l’alimentation industrielle aujourd’hui. En continuant de consommer ces produits, nous cautionnons indirectement la façon dont ils sont fabriqués.

En découdre avec ce problème n’est pourtant pas une mince affaire. Fabrice Nicolino le concède en soulignant que « l’empire de la bouffe est monstrueux. Pour la raison simple que tout le monde mange et qu’il est si facile d’empocher de grandioses bénéfices ». Tous les gouvernements, quels qu’ils soient, n’ont d’ailleurs jamais eu la force de saisir le sujet à bras-le-corps et « se sont constamment couchés devant ce Léviathan ». Si l’industrie agroalimentaire bénéficie de la complicité de nos pouvoirs publics, qui osera donc s’attaquer aux grands groupes ?

Fabrice Nicolino place alors tous ses espoirs dans la jeune génération : « Non, non et encore non, tout n’est pas perdu, et je crois, et j’espère, et je suis sûr au fond de moi, mon amour, que tu remporteras, toi et ceux de ta génération, de magnifiques victoires contre ce que je dois bien appeler des crapules ». Pour les accompagner dans leur combat, il ne manque pas de leur glisser quelques sources d’inspiration, telles que :

  • Nicolaï Vavilov, fondateur de l’Institut Vavilov qui abrite aujourd’hui les graines et semences d’environ 400 000 variétés végétales.
  • Vandana Shiva, fondatrice de Navdanya, qui a reçu le prix Nobel alternatif en 1993, « pour avoir placé les femmes et l’écologie au cœur du discours sur le développement moderne ».
  • Carlo Petrini, fondateur de l’association Slow Food, désigné en 2008 comme l’une des 50 personnes qui peuvent sauver la planète.

Tous les mardis et vendredis, nos rédactrices de la rubrique littérature vous parlent d’un livre qu’elles ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Fabrice Nicolino vent debout contre la bouffe industrielle

par Aude Norguin Temps de lecture : 3 min
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